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Tadjikistan

09/04/2017

Lorsque nous arrivons au poste frontière, la barrière est fermée. Il est presque 9 heures du soir, la nuit tombe. Peut être nous faudra t’il passer la nuit dans le No Man’s ?

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Cliquez sur l’image pour atteindre la vidéo de notre arrivée au poste frontière

Heureusement, un militaire sort d’un des deux petits abris qui ressemblent à des conserves renversées. Il est très sympathique et nous ouvre la barrière. Nous avançons jusqu’au contrôle de visas qui sont expédiés en quelques minutes et ensuite avançons vers le poste de douane, où il nous faut enregistrer nos motos. Ce processus est un petit peu long, le froid nous envahit. Les douaniers se montrent compréhensifs et nous invitent à l’intérieur. Nous discutons et plaisantons avec eux le temps que tous les papiers soient en ordre et ensuite nous nous remettons en route. Il fait noir à présent et il reste 70 kilomètres avant le prochain village. La route est atroce, incessamment érodée par le vent, des milliers de minuscules rainures de sable, perpendiculaires au sens de la marche, se sont crées. Ces sillons sont très désagréables et nous obligent à rouler lentement dans la nuit. Après deux heures dans l’obscurité, nous arrivons à Karakol, petit village au bord du lac du même nom. Nous nous arrêtons à la première guesthouse, qui heureusement nous accueille. Malgré l’heure tardive, de nombreuses lumières sont encore allumées dans le village. Sans doute s’agit il d’une ruse pour attirer les voyageurs qui n’ont plus le courage de passer la frontière une fois la nuit tombée. Nous n’avons toujours pas mangé et notre hôte nous cuisine rapidement quelques pommes de terre pendant que nous nous allongeons, exténués, dans la chambre aux murs couverts d’épais tapis. Nous en profitons pour ‘monter’  notre lit à l’aide des couvertures entreposées contre le mur.

Le lendemain, nous découvrons le paysage que nous avons traversé la veille, de grandes montagnes aux sommets couverts de neige. De l’autre côté de la route, un long grillage de fil de fer barbelé, que nous avons longé toute la nuit. Il s’agit de la délimitation du No Man’s Land avec la Chine. C’est une zone militaire hautement surveillée mais des bergers ont ouvert le grillage à certains  endroits afin de faire paître leurs troupeaux.

 

Nous sommes à côté du lac Karakol, un lac d’altitude créé il y a des millions d’années suite à l’impact d’une météorite. Les autorités Kyrgyz désirent y installer un ferry qui relierait les deux seuls villages qui bordent le lac afin de briguer le titre de plus haut lac navigable du monde, détenu pour le moment par le Titikaka. Nous passons la matinée autour du lac à faire quelques photos dans ce magnifique décor. La lac offre de multiples nuances de bleu et les montagnes en arrière-plan subliment le spectacle. Malgré le fait que nous soyons encore en été, les conditions sont rudes à de telles altitudes. Le vent est froid… Le lac comprend une presqu’île en son centre où un camp pour des prisonniers de guerre allemands a été installé. La légende veut qu’ils y aient été oubliés plusieurs années après la fin de la guerre et que certains se soient même installés dans la région.

Nous sommes dans la province autonome de l’Oblast, dans le Gorno-Badakhstan, région de hauts plateaux. La vie y est difficile. L’été, durant trois mois, les nomades installent leurs yourtes loin des villages et vivent presque en autarcie avec leur troupeaux de yaks, vaches, moutons… ensuite, ils retournent hiverner dans les quelques rares villages de la région, prenant soin de leurs bêtes et pratiquant un second emploi.

Nous ne sommes que sur le début de la Pamir Highway et nous continuons bientôt vers la plus grande ville de l’est du Tadjikistan, Murghab. La route est en meilleur état que la veille, c’est de l’asphalte et il n’y a plus les multiples petites bosses de sable, extrêmement pénibles… Le paysage est différent du Kyrgyzstan, les tons sont plus jaunes, les montagnes plus arides. De magnifiques nuages annoncent une pluie battante mais offrent un joli spectacle vu de loin.

Nous parcourons à peine 80 kilomètres depuis le village et voilà que Léopold rencontre des problèmes avec sa moto. Soudainement, l’embrayage n’offre plus aucune résistance, impossible de débrayer. Il faut s’arrêter et démonter pour espérer réparer. Nous sommes au milieu de nulle part et il n’y a pas beaucoup de circulation. Du côté droit de la moto, au niveau de la boîte de vitesse, rien à signaler, tout à l’air en ordre. Deux aventuriers allemands en moto passent à ce moment-là et nous donnent quelques conseils, mais doivent repartir pour arriver à Osh avant la nuit. Les jours sont courts et la nuit se fait sentir. Thibault et Donald vont chercher un endroit où loger un petit peu plus loin sur la route pendant que Léopold entreprend de démonter l’embrayage. A peine ouvert, c’est le drame. Le tambour s’est complètement détaché et est venu frotter contre le couvercle. La vis qui sert à maintenir l’embrayage ‘embrayé’ a lâché. Le pas de vis est complètement lisse, impossible donc de la revisser. Un nouveau boulon et c’est reparti, mais le problème est que nous n’en avons pas. Près de 30 kgs de pièces de rechange et c’est un boulon qui nous empêche d’avancer…

Les dégâts ne sont pas importants, il suffit de remplacer le boulon. Donald et Thibault ont trouvé un abri pour la nuit, quelques kilomètres plus loin : une petite maison habitée par un vieux berger solitaire dans les ruines d’un ancien Caravansérail. Le berger solitaire accepte avec enthousiasme de nous héberger  pour la nuit. Nous poussons la moto jusque-là et le berger nous prépare un dîner issu de son quotidien, une soupe de nouilles très bouillie. Nous partageons avec lui nos sardines et le pain emporté de Karakol, mais il n’en prend que très peu.

Nous attendons le lendemain pour trouver une solution au problème du boulon. Nous sommes a 80 kms de Murghab, et Thibault part seul, sans bagages pour aller y chercher un boulon pendant que Léopold et Donald restent avec le berger. Celui-ci nous propose d’aller visiter la montagne adjacente, pour y relever ses pièges à loups et peut être observer des Marco Polo, bien que ce ne soit pas la saison pour les voir. Nous nous mettons en route avec tout notre équipement photographique, la C300, le 5D, 5Gx, fin prêt à filmer un Marco Polo ! Notre guide est fort agile et monte rapidement la montagne, nous tentons de le suivre, fort chargés. Bientôt nous tombons sur le premier piège qui s’est refermé sur un pauvre renard. Le berger à l’air fort content de sa prise, nous sommes bien moins fiers… Nous continuons à la recherche du Marco Polo, le guide observe la montagne avec sa vieille paire de jumelle, et nous sortons les nôtres, des Steindl que Degreef & Partners nous ont offert, parfaites pour la situation. Notre hôte les essaye, et bien vite les garde autour du cou, il les a adoptées !

Nous continuons notre avancée et après plus d’une heure de marche, notre guide s’accroupit subitement : Il a observé quelque chose. Il nous fait signe de voir la montagne en face, mais nous ne voyons rien de particulier. Grâce aux jumelles, nous arrivons à identifier quelques tâches qui bougent, des Marco Polo ! Quelle chance, Donald installe la C300 Mark II équipée du 100-400 en quelques minutes, et nous voilà à l’affût ! On arrive à stabiliser le plan et voilà les Marco Polo capturés en 4K. L’excitation de Donald est palpable ! Nous voilà en reporters de l’extrême au milieu du Pamir. Nous nous rapprochons petit à petit, sans faire de bruit et accroupis pour ne pas être remarqués. Il y en avait trois au début, mais ils rejoignent le troupeau, et c’est une vingtaine d’animaux qui arpentent la montagne vers le sommet. Nous avons trouvé l’endroit idéal pour installer la caméra et nous suivons leur progression. Bien vite, ils arrivent au sommet et nous observent depuis la crête, leurs silhouettes se détachant du ciel bleu. C’est un moment d’extase, et nous suivons leur progression le long de crête, jusqu’à ce qu’ils disparaissent sur l’autre versant.

Alors que sommes toujours sous le charme de ce qui vient de se passer, notre guide continue son chemin, nous allons inspecter un dernier piège avant de rentrer chez lui. Il fait beau et marcher dans la montagne est bien différant que de passer au travers des défilés à moto. Le terrain est tantôt rocailleux, tantôt herbeux là où se trouvent de petites rivières souterraines. Nous sommes monté fort haut, et nous descendons rapidement. Arrivés en bas, pas de signes de Thibault, nous nous installons donc chez lui. Il y a un petit soucis, notre berger aime beaucoup nos lunettes et refuse de nous les rendre. Il argue que les siennes sont cassées et que les notres sont au top, il peut donc les garder. Qu’il nous a servi de guide, et que tout travail mérite salaire. Nous sommes d’accord, mais pour le remercier, Thibault à pris une liste de courses qu’il va lui ramener de la ville. Difficile de discuter avec lui, il est fort têtu et Donald ne se sent pas bien, le mal d’altitude le gagne et fait une sieste. Difficile pour Léopold de négocier tout seul, d’autant que les lunettes sont déjà rangées quelques part, on ne sait pas où. Nous attendons l’arrivée de Thibault qui a passé la journée en ville à chercher le bon boulon. Vers 17 heures, nous entendons au loin le ronronnement du moteur, il est de retour ! Quelques autres voitures sont passées dans l’après midi, dont quelques équipes du Mongol Rallye, mais aucune n’avait de boulons pour nous dépanner.

Thibault à ramené quelques boulons du bon diamètre, mais malheureusement le pas de vis n’est pas le bon. Dans les anciennes République soviétique, le standard est le pas de vis métrique, alors que l’intérieur de l’embrayage utilise un système impérial, anglaise oblige. Ces nouveaux boulons ne servent donc pas à grand-chose. Thibault arrive à négocier avec le berger pour récupérer les jumelles, ce qu’il fait à contre coeur. Il ne veut plus nous héberger pour la nuit, il est déjà tard et Donald ne se sent pas bien. En rentrant, Thibault à remarqué quelques tentes à 10 kms, il va vite voir si il est possible d’y loger pour la nuit, pendant que Léopold tente de trouver une solution pour son embrayage. Le boulon est usé au 8/10ème, mais il reste encore un petit peu de pas de vis à son extrémité. La solution est alors de visser le boulon à l’envers, en espérant qu’il tienne jusqu’à Murghab. La famille nomade qui habite dans le campement un peu plus loin accepte de nous héberger et nous faisons nos adieux à notre hôte, un petit peu refroidi par l’affaire des jumelles. Donald rassemble toutes les forces qui lui restent pour y arriver, vomissant même juste avant d’enfourcher sa moto, heureusement qu’il ne porte pas un casque intégrale. Les dix kilomètres qui nous séparent de notre prochain logement sont vite parcourus, sur une route exécrable tant il y a de petites bosses qui strient la route. Nous sommes gentiment accueillis par nos nouveaux hôtes, deux belles-sœurs qui prennent soins des bêtes sur les hauteurs  pendant que leurs maris, deux frères, travaillent en tant que charpentiers à Osh. L’est du Tadjikistan est principalement habité par des nomades d’origine Kyrgyz, qui passent la frontière pour passer l’hiver ou pour se marier.

Donald s’endort rapidement au milieu des couvertures de couleurs vives organisées par nos hôtesses pendant que Léopold et Thibault partagent un repas avec la plus jeune d’entre elle, 22 ans et bientôt maman. Elle parle un petit peu anglais et nous explique le mode de vie des nomades : prendre soin des animaux dans les pâturages durant L’été et ensuite pratiquer une seconde occupation durant l’hiver, quand les tentes sont rangées et les plaines trop froides que pour y habiter. Les produits laitiers sont à l’honneur, décliné sous toutes leurs formes. Du yaourt, du lait, du fromage, de beurre plus ou moins consistant…. Le beurre de yaks frais est particulièrement bon et surtout très riche. La nuit est déjà tombée et le froid s’installe. Nous profitons du spectacle qu’offre le ciel étoilé, aucune source de pollution lumineuse à des kilomètres à la ronde…

Thibault s’installe dans son lit préparé au milieu des couvertures tandis que Léopold opté pour son sac de couchage et matelas pneumatique. Mauvais choix… la nuit est froide, très froide et glaçante. Impossible de dormir tant le froid est prenant, le matelas rempli d’air ne se réchauffe pas. La nuit est mauvaise, Léopold ne dort pas, Thibault sort courageusement durant la nuit, de nombreuses fois, car sa digestion est « mauvaise ». Déjà à 5h du matin la petite famille s’affaire autour des bêtes et préparent la journée. N’arrivant pas à dormir, Léopold émerge vers 6h, avant le soleil, et va se réfugier dans la cuisine où un poêle réchauffe la piece. Les motos sont sous une légère couche de verglas, et le thermomètre de la batterie de nos téléphones indique -3°C. Si la nuit fut mauvaise, le petit déjeuner est delicieux, avec du lait de Yak fraîchement trait et du beurre délicieux sur du pain fait maison.

Donald ne va toujours pas mieux, il faut tenter de descendre d’altitude pour qu’il se sente mieux. La solution est de continuer vers Murghab. Donald rassemble une nouvelle fois ses forces et nous continuons notre route. Le revêtement est mauvais, voire inexistant, sur les 30 premiers kilomètres, jusqu’au col de Ak-Baital, l’une des plus hautes routes de l’ancienne URSS à 4,655 mètres. Ce sera une rude étape pour Donald et pour le boulon de l’embrayage de Léopold. Ce dernier est moins résistant que Donald et à la première côte avec un petit peu d’amplitude, la moto ralentit jusqu’à s’arrêter. Ce n’est pas bon signe. Après plusieurs tentatives infructueuses, la solution était de démarrer la moto sans être dessus, la soulageant de tout poid non nécessaire. La route se passe sans trop d’encombre au milieu de paysage désolé, quelques ruines bordent la route ainsi que des montagnes arides aux tons jaunes et oranges.

Un moyen comme un autre de faire tenir la moto

A Murghab, nous nous installons dans le Pamir Hotel, un des seuls hôtels de ce petit villages aux maisons brunes et de plein pied, un petit peu triste. Quelques guesthouses font leur apparition pour acceuillir les voyageurs de plus en plus nombreux dans le Pamir. De nombreux étrangers séjournent dans l’hôtel, certains à vélo, d’autres en voiture et quelques-un à moto. Léopold en profite pour trouver une solution pour son embrayage, demandant l’avis de quelques motards et chauffeurs locaux.

Donald est arrivé jusqu’à l’hôtel mais son état ne s’est pas amelioré. Il se reposera pour quelques jours avant de reprendre la route. Nous resterons trois jours à Murghab, le temps de reprendre des forces pour attaquer la Pamir Highway et de réparer les motos. Pour réparer l’embrayage, faute de boulon adéquat, deux américains rencontrés à l’hôtel nous proposent la solution fort peut orthodoxe de souder le boulon à son axe. Solution radicale mais efficace ! Heureusement, un soudeur aux airs de Mad Max régle l’affaire en quelques minutes. C’est presque parfait, il faudra néanmoins corriger l’axe à coups de foreuse, ce qui ne fut pas du meilleur effet pour le cœur de Léopold.

Donald se sent mieux et nous nous apprêtons à entrer pour de bon dans le Pamir. Après avoir fait le plein de provisions, nous prenons la route. La première partie est en bon état et nous arrivons à Alichor, petit village perdu au milieu du Pamir, où les chemins se séparent, la Pamir Highway continue au milieu du Pamir tendant qu’une autre route mène à la vallée du Wakhan, à la frontière avec l’Afghanistan, c’est celle là que nous prendrons. Nous trouvons un petit guesthouse pour passer la nuit à Alichor et nous partons tôt le lendemain pour arriver au prochain village, à 150 kilomètres de là.

Des que l’on sort de la Pamir pour rejoindre le Wakhan corridor, la route se dégrade et nous avançons à présent sur une piste de sable. C’est une route qui est empruntée occasionnellement par de gros camions, qui laissent d’énormes ornières et dont les chauffeurs sont de véritables héros,  vu de l’état de la route. Beaucoup de sable mais en quelques heures nous arrivons au sommet de la passe. La végétation change, et la verdure apparaît autour du petit lac d’altitude qui si trouve le long de la route. Nous suivons le ruisseau pour arriver dans la Wakhan, où nous apercevons les énormes sommets de l’Afghanistan qui se dressent devant nous.

Avant d’arriver dans la vallée nous nous faisons contrôler à l’un des nombreux postes de garde qui jalonnent la route. Cette fois-ci il y a une petite base militaire qui surveille la frontière. Il nous manquait du pain pour déjeuner et lorsque on en demande au poste de contrôle, le jeune militaire appelle le fort au talkie walkie et rapidement une autre recrue arrive en courant pour nous en apporter. On les remercie chaleureusement et nous allons déjeuner un petit peu plus loin dans la vallée, le long de la rivière qui sépare les deux pays. Le courant est fort, presque impossible de traverser à pied mais pour qui a la volonté, ça ne doit pas être difficile de passer d’un côté à l’autre.

Nous continuons à longer la rivière qui devient fleuve au fur et à mesure de notre avancée, de nombreux affluents viennent grossir ses eaux qui deviennent de plus en plus vives. Nous croisons quelques bergers ainsi que des chameaux du côté afghan, qui broutent paisiblement. Le paysage change beaucoup des jours precedent, il y a de l’herbe, des haut sommets enneigés, c’est une vallée fertile et magnifique. Nous voulons essayer d’arriver au premier village pour passer la nuit et nous roulons rapidement sur la route caillouteuse, en très mauvais état. Nos suspensions souffrent fort, mais nos moteurs retrouvent plus de vigueur comme nous sommes redescendus à des altitudes plus raisonnables, environs 2.000 mètres.

Nous arrivons finalement au premier village après la nuit tombée. Il fait noir et rouler au bord de précipices n’est pas une bonne idée. Nous allons voir la première maison avec de la lumière, la famille nous acceuille avec grand plaisir. Nous sommes logés dans une grande salle, une sorte de salon aux murs recouverts de tapis et aux abord surélevés de 30 centimètres, sur une longueur de 2m, pour y dresser des lits rapidement. Il existe une véritable culture de l’accueil dans la vallée et nous sommes sur le point de l’apprendre. Notre hôte nous cuisine un délicieux repas, à base de pommes de terre et pâtes. Il est déjà tard, nous mangeons avec appétit et tombons rapidement dans un profond sommeil.

Au reveil, nous sommes servis avec un copieux petit déjeuner apporté au lit. La pièce offre un très belle lumière avec le soleil levant et nous en profitons pour prendre quelques photos tout en mangeant. Notre prochaine étape est Iskashim, la ville la plus au sud du Tadjikistan.

En route, nous nous arrêtons aux sources de Bibi Fatima. Il s’agit d’une source d’eau chaude dans la montagne. Pour y arriver, nous devons gravir 12 kilomètres de route a flanc de montagne, une véritable ascension sur une route pas toujours en bon état. Heureusement, à l’arrivée, les sources d’eau chaude sont un véritable bonheur. Il y a un petit hôtel/restaurant à l’entrée ainsi qu’un garde et une infirmière à l’entrée. Ces sources sont reconnues pour leur effets thérapeutiques. Il n’y a personne lorsque nous arrivons et nous entrons doucement dans le petit bassin aménagé le long de la falaise. C’est comme entré dans un bain bien chaud, tellement réconfortant après quelques jours sans douches !

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Les sources d’eau chaud de Bibi Fatima, un vrai plaisir

Nous restons une vingtaine de minutes dans l’eau avant de nous rhabiller et d’aller visiter les ruines d’une forteresse qui se trouve à côté. Posté sur un promontoire, difficile d’accès, elle offrait un refuge aux habitants contre les hordes nomades qui pillaient la région. La vue depuis les ruines est époustouflante, nous en profitons pour dejeuner. La descente vers la route principale est hasardeuse, tant la pente est raide. Nous continuons le long du fleuve, traversant quelques villages qui se ressemblent fort. Quelques maisons aux larges jardins, avec quelques petits magasins d’alimentation au centre qui vendent tous des conserves, pâtes, riz et autres féculents dans de grands sacs ainsi que des poudres à lessives et autres produits ménagers. Lorsque les enfants entendent nos motos arriver ils se précipitent le long de la route pour nous saluer ou tenter un high five ! Ils crient « Hello ! Good bye ! », preuve sans doute que les étrangers ne font que passer dans le village ?

Passer au travers des champs donne beaucoup de charme à la balade, nous croisons les fermiers qui s’occupent de leur champ et les plus jeunes qui gardent les moutons ou les chèvres. Si la veille nous n’avons pas vu une seule personne du côté afghan, les villages commencent à apparaître et nous saluons avec de grands signes les habitants de l’autre côté du fleuve. La vie est simple dans cette région. Il existe bien une ligne électrique que nous suivons depuis Murghab mais elle est cassée en de nombreux endroits, c’est un vestige du communisme qui n’a pas été entretenu. Les locaux s’éclaircit avec des lampes à LED branchées sur des batteries rechargées à l’énergie solaire durant la journée.

Nous n’atteindrons pas notre objectif de la journée, l’arrêt aux sources et les nombreuses pauses photos ont pris plus de temps que prévu et nous nous arrêtons lorsque nous nous sentons fatigués dans le premier village venu. Il ne se trouve pas le long de la route mais un petit peu en retrait, une longue allée de 2 kms y mène et nous demandons à la première maison si il est possible d’y passer la nuit. Nous essayons de nous faire comprendre dans un mix de langage des signes et d’anglais. Cela fonctionne et nous sommes les bienvenus, accueillis encore une fois très chaleureusement.

Nous commençons à défaire nos affaires lorsque nous entendons de l’anglais, la fille du couple qui nous accueille est rentrée plus tôt de la mosquée lorsqu’elle a appris que des touristes frappaient à sa porte. Elle est charmante et nous explique que nous sommes les bienvenus. On doit insister pour qu’elle ne nous aide pas à rentrer nos lourds bagages ! Une fois installés, nous sommes invités dans le salon, du même style que la veille, une sorte amphithéâtre avec un trou au milieu et l’on peut s’asseoir tout autour.

La famille nous prépare un excellent repas, varié avec de la viande, des légumes, du riz,… un vrai repas de fête dans cette région ! Nous discutons beaucoup avec Bibi qui nous raconte dans un très bon anglais l’histoire et les particularités de la région. Nous sommes dans le pamir, peuplé principalement pas des Ismaéliens qui ont comme leader l’Aga Khan. Avec plus de 15 millions de fidèles à travers le monde, mais surtout en Asie Centrale, l’Aga Khan s’attelle à améliorer les conditions de vie de ses fidèles, notamment par la construction d’écoles, d’infrastructures et le maintien du patrimoine, comme les sources de Bibi Fatima. L’anglais est parlé par de nombreux habitants du Pamir, surtout les plus jeunes, grâce à une université à vocation internationale construite par l’Aga Khan. Il y finance des échanges avec des étudiants des Etats-Unis qui viennent dispenser des cours d’anglais dans cette région du monde. Le résultat est très bon.

Nous discutons durant tout la soirée, le village est en fait une grande famille, tous les habitants ayant des liens de parenté entre eux. L’ambiance dans la maison est à la fête, avec de nombreux cousins qui rentrent dans le salon pour venir discuter avec nous ou juste nous voir timidement. Pas besoin de toquer, tout le monde entre comme dans un moulin à vent. Lorsque les parents partent se coucher aux environs de minuit, nous allons faire un tour dans le village avec Bibi et son frère, qui ne parle pas anglais. C’est la pleine lune et il fait très clair. Nous passons au travers de maisons centenaires et des vergers, cueillant quelques fruits au passage, jusqu’à une petite clairière au mieux des falaises. Moment mémorable passé au clair de lune à discuter.

Le lendemain, un copieux petit déjeuner nous attend. Nous nous sommes levés vers 9h, bien plus tard que tout le village qui est déjà afféré aux champs, à rassembler le blé. Nous allons leur donner un bref coups de main avant de faire nos adieux et nous diriger vers Korogh, la « capitale » du Pamir. En route nous devons penser à nous ravitailler en essence, il y a peu de stations sur le chemin. De rares camions citerne datant de l’ère soviétique se trouvent à la sortie des villages pour fournir de l’essence.

La route jusqu’à Korogh est en toujours en mauvais état et nos racks souffrent, certaines soudures ont lâché et nous devons utiliser les sangles pour faire tenir l’ensemble. Heureusement la route s’améliore quelque peu lorsque nous arrivons près de Korogh et nous pouvons accélérer le rythme. En route, il y a eu quelques accidents, Thibault à souffert d’une pierre mal placée dans un tournant, ce qui a entraîné sa chute. Heureusement sans gravité pour lui, car le ravin était à quelques mètres. Par contre, sa moto à pris un coups dans le guidon, qui n’est plus droit à présent. Léopold quant à lui a eu un accident avec son drone, qui en utilisant la fonction « suivez moi » à heurté une paroi et s’est perdu dans la nature… Après plus de 30 minutes de recherches frénétiques, c’est Thibault qui l’a retrouvé en suivant les coordonnées GPS transmises à la télécommande jusqu’au moment du crash. Quelques pales cassées, ça n’a pas l’air d’être bien grave. Les villages sur la côte Afghane sont de plus en plus gros et sont magnifiques, composés de maisons traditionnelles ombragées par de vieux oliviers.

A Korogh nous nous installons dans le Pamir Lodge, un hostel aménagé sur les hauteurs de la ville et véritable repaire de voyageurs. Des voitures du Mongol rallye, des motos, des 4×4 suréquipés, seul ou en famille, il y a toute sorte de voyageurs.

Si le climat est frais dans le Pamir, il est bien plus agréable à Korogh et l’hostel propose de dormir dehors, sur une structure en bois tapissée pour quelques dollars. Les nuits sont agréables et nous choisissons cette option. Nous sommes de retour aux 21ème siecle, Internet fonctionne, il y a du courant, nous n’étions plus habitué à tant de fastes depuis le Kyrgyzstan. La ville est petite mais bien équipée, nous nous répartissons les tâches pour être efficaces. Thibault et Donald vont échanger des dollars, car les Mastercards ne fonctionnent pas dans cette partie du monde, c’est VISA qui est présent partout. Ils iront ensuite trouver un soudeur pour réparer les racks et guidon. C’est devenu une habitude pour nous de passer du temps chez des soudeurs… Quant à Léopold, il se charge d’essayer d’uploader une des vidéos sur internet, ce qui n’est pas une mince affaire. Nous sommes restés trois nuit à Khorog. Nous avons entre autres visité le marché Afghan, qui se tient un jour par semaine dans le poste frontiere. Les afghans viennent y vendre leurs fruits, légumes ainsi que des produits de première nécessités chinois ou made in Afghanistan.

Nous passons une soirée avec Virginie et Benjamin, deux français que nous avons déjà rencontrés à Murghab, très sympas. Nous dînons ensemble le dernier soir, et avec leur chauffeur Ali et son frère, deux anciens agents du KGB reconvertis en guide. Discuter avec eux fut très intéressant pour comprendre l’évolution de la région, la conservation de sa faune et sa flore ainsi que l’industrie touristique grandissante.

Il est temps de se mettre en route vers Dushanbe, nous continuons vers le nord, nous longeons toujours l’Afghanistan et la route n’est pas bien meilleure, le paysage est quant à lui toujours sublime. Nous nous arrêtons souvent pour prendre des photos et nous continuons à rouler tant qu’il fait jour. En fin d’après-midi nous croisons le long du chemin les deux américains qui nous avaient conseillé de souder le boulon sur l’écrou. Ils prenaient un thé dans un petit restaurant le long de la route et ont entendu nos motos arriver, ils ont directement reconnu le bruit caractéristique des Royal Enfield et nous ont invité pour un thé. C’était chouette de les retrouver si loin de Murghab. Nous reprenons la route et tentons de trouver un lieux un dormir pour la nuit, après quelques tentatives infructueuses nous tombons sur une maison tenue par un couple un peu plus âgé qui nous accueille et nous propose de dormir sur les tables aménagées dehors. C’est parfait, les nuits sont bonnes. Nous garons nos motos dans un verger, parmis les vaches et déchargeons nos affaires.

Nous n’avons pas encore dîné et demandons si nous pouvons utiliser la cuisine pour cuisiner les pâtes achetées il y a quelques jours déjà, avec des tomates concentrées. Léopold investi alors la cuisine, qui se résume à un rechaud posé sur une étagère avec quelques casseroles alentours, dans une pièce qui pourrait servir de dépôt. Notre hôtesse insiste pour nous aider et prépare une eau pour les pâtes avec un fond d’oignons, qui se révélera très bonne ! Nous discutons avec la famille en mangeant, ils ont un jeune fils, et des enfants plus âgés, déjà mariés. Nous tentons de communiquer malgré la barrière de la langue et ensuite allons nous coucher après le thé. La famille chez qui nous longeons dort également à l’extérieur, sur la terrasse où nous avons mangé, tous l’un à côté de l’autre.

Encore une fois, nous nous réveillons bien plus tard que les locaux qui sont déjà debout à 6 heures. Vers 8h, leur jeune fils d’une dizaine d’années vient nous réveiller. Il est d’abord timide mais fini par nous sauter dessus pour nous réveiller, scènes de jeux accompagnées d’éclats de rire. Nous prenons le petit déjeuner tous ensemble, en discutant encore un petit peu avant de reprendre la route, de bon matin. Juste avant de nous quitter, notre hôtesse nous fait cadeau d’une poule, qu’elle vient de tuer pour nous. Dans sa bassine gît le corps sans tête de la poule qui courrait encore devant nous il y a trois minutes. Elle l’a plumée en quelques minutes et nous offre la poule dans un sac plastique. Pour une fois, nous savons ce que nous aurons pour dîner.

 

La rivière qui nous séparait de l’Afghanistan est à présent un large fleuve, des poteaux électriques modernes sont en cours d’installation et la route est meilleure par endroit. Mais toujours loin d’être idéale.

Nous arrivons à Qalai Qum en fin d’après midi, c’est là que nous allons quitter la grande route pour prendre la « route nord », à travers un col pour rejoindre Dushanbe. La route sud est plus rapide, mais 200 kilomètres plus longue. Nous passerons la fin d’après-midi chez un soudeur pour réparer nos racks qui ont encore souffert du trajet, cette fois-ci nous espérons qu’ils tiendront pour de bon ! Le système imaginé par le soudeur indien repose sur le garde-boue. C’est un système ingénieux mais une partie de l’acier à plié sous le poids des bagages, entraînant la rupture d’autres parties du rack ce qui fait frotter le garde-boue sur la roue et empêche la moto d’avancer.

Tout à l’air en ordre et bien solide, nous commençons le chemin « nord » et cherchons un endroit où loger avant que la nuit ne tombe. Nous traversons quelques villages avant de tomber sur un groupe d’hommes à qui nous demandons où loger et l’un d’eux, très enthousiaste, nous guide jusque chez lui et nous acceuille les bras ouverts. Il nous installe sur une petite terrasse couverte en hauteur, où sèchent près de 6m² de baies de Goji. Comme beaucoup de gens de la région, notre hôte tente de diversifier ses revenus. Bien vite il arrive avec des grosses couvertures pour créer un carré où nous dinerons. Il apporte du pain, du beurre et du thé. Nous lui présentons notre poulet que sa femme se charge de cuire. Nous discutons autour d’un thé jusqu’à ce que le poulet arrive. Il est assez maigre, mais très bon. Nous nous endormons après le diner, en reconfigurant les matelas pour en faire trois lits. Nous profitons du spectacle des étoiles en tentant de nous endormir.

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Le lendemain nous entamons l’ascension par de petites routes de terre, on nous avait prévenu que la route était en mauvais état et on ne nous a pas trompés. Nous avons quitté la frontière afghane et le cours d’eau, nous sommes à présent au cœur du massif montagneux. Nous retrouvons de nouveau avec plaisir les lacets qui nous amènent de plus en plus haut et nous offrent à chaque fois des vues plus impressionnantes à l’horizon. Nous croisons quelques troupeaux de chevaux sauvages mais très peu d’habitations, si ce n’est un petit campement de 4 tentes le long de la route. Arrivé au sommet, à XXX mètres nous exultons! A présent nous descendons jusqu’à Dushanbe, peut être que ce soir nous dormirons dans un bon lit ! Nous restons une dizaine de minutes au sommet pour profiter de la vue epoustouflante avant d’entamer la descente. Après seulement quelques kilometres, nous remarquons que le rack de Donald est vraiment en mauvais état, la base des fixations s’est décrochée lors de la montée et à présent tout le poids des bagages repose dangereusement sur les pneus. Nous nous arrêterons plus d’une heure pour fixer le problème avec les moyens de bord. Une sangle passant par la selle et gardant le rack surélevé ferra l’affaire, après quelques tests c’est une affaire qui roule. Malheureusement le chemin est tout aussi accidenté dans la descente et nous devrons rouler très lentement. Nous profitons d’autant plus du paysage !

Vers 16h, nous nous arrêtons aux premières maisons que nous trouvons pour sortir notre dejeuner, avec tous ces soucis de rack, nous n’avons pas eu le temps auparavant. Un homme vient nous voir et nous propose de prendre le thé chez lui, nous acceptons avec grand plaisir, la route etait tellement poussiéreuse qu’un thé nous fera le plus grand bien. C’est à cet instant que nous découvrons qu’il n’existe pas de simple thé dans le Pamir. Nous sommes à peine installés qu’il arrive chargé de plateaux pleins de nourriture. De la soupe, du pain, du fromage, du yaourt… Nous sommes gâtés et profitons de la générosité de notre hôte. II reste avec nous mais ne parle pas beaucoup, par contre il s’assure que jamais nos tasses de thé ne soient vide.

Nous prenons congé de notre hôte, qui nous donne quelques pommes du jardin pour la route, et continuons vers Dushanbe. Il faudra encore rectifier quelques fois les racks de la moto de Donald en route et continuons jusqu’à ce que la nuit tombe. Nous tentons de trouver un logement dans un village mais les gens ne se montrent pas très receptifs et nous disent d’aller voir plus loin. C’est un petit peu compliqué car le rack de la moto de Léopold montre également des signes de faiblesse. Nous continuons tant bien que mal jusqu’à arriver au prochain village, là, quelques jeunes nous amènent à la mosquée où l’imam nous accueille gentiment. Il nous installe dans une des salles derrière la salle de prière et nous prépare du thé. Nous sortons le rechaud et cuisinons du riz avec de la sauce tomate aux sardines, une sorte de mix de ce qu’il restait dans notre sac à nourriture.

Nous n’avions pas prévu autant d’arrêts chez des soudeurs ni de prendre autant de temps pour arriver à Dushanbe, il ne nous reste plus de sums, la devise locale et nous devrons nous débrouiller pour réparer les motos et manger jusqu’à Dushanbe, où nous pourrons à nouveau retirer de l’argent. En cas d’extrême nécessité, nous avons toujours des euros et des dollars avec nous. Il y a un petit garage à côté de la mosquée et nous nous y rendons dès le lendemain avec la moto de Donald. Là ; nous faisons connaissance avec un des clients, conducteur de bulldozer qui nous prend sous son aile et nous aide à réparer la moto de Donald. Cette fois, il faut faire des travaux plus importants, la vis qui soutenait tout le poids du porte bagage à disparu et il faut en insérer une nouvelle. Malheureusement les pas de vis sont indiens, impossible de trouver une vis adéquate, nous allons alors souder une barre de métal, ce qui fera l’affaire. Nous passerons toute la matinée et le début d’après-midi à souder, ajuster, scier, marteler la moto de Donald jusqu’à ce que le résultat soit parfait. Nous devons une fière chandelle à notre conducteur de bulldozer ainsi qu’au garagiste qui ont accepté de faire tout ce travail gratuitement. Nous reprenons enfin la route, avec des motos qui ne tombent plus en ruine. Les dernières kilomètres de piste sont avalés à un rythme plus soutenu et nous arrivons enfin sur la grand route, avec de l’asphalte !

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Il nous reste encore 150 kilomètres avant d’arriver à Dushanbe et il est déjà 17h. Nous décidons d’y arriver le soir même et nous mettons en route sur l’asphalte, ça devrait aller vite avec un tel revêtement ! Notre joie fut de courte durée, il n’y a de l’asphalte que par tronçon, en une fois la route redevient du gravier, ce qui nous oblige à être constamment sur nos gardes. De plus, la route est étroite et des camions l’empruntent, il faut faire attention à ne pas se faire renverser car la nuit est venue. La  route longe le flanc de la montagne, le long d’une grande vallée. Parfois, nous sommes au niveau de la vallée, parfois la route est à flanc de montagne avec un énorme précipice.  Nous roulons plein ouest, et au fur et à mesure de notre progression la route devient meilleure, ce n’est bientôt plus que du macadam et nous pouvons augmenter le rythme. La fatigue commence aussi à se faire sentir…

Nous arrivons à quelques dizaines de kilometres de la capitale et la route est éclairée ! Il y a trois bandes de circulation et des feux tricolores ! Tant d’attributs de grande villes que nous n’avons plus vu depuis si longtemps ! Quel plaisir de rouler en voyant à plus de 10 mètres ! Nous continuons avec un grand sourire aux lèvres jusqu’à Dushanbe où nous nous installons au Green Hostel, un autre repaire de voyageurs. Le tourisme n’est pas encore très developpé au Tadjikistan et les bonnes adresses sont rares mais de qualité et souvent les voyageurs se retrouvent aux mêmes enseignes. Là, nous garons nos motos dans la cour de l’hostel et nous effondrons dans les canapés de la cuisine où le propriétaire nous offre du thé ainsi que du café, bienvenu après notre longue route. Nous nous installons dans un dormitory  et prenons une bonne douche. La dernière date de Korogh et l’eau qui s’écoule dans la douche est brune, remplie de poussière.

Nous espérons pouvoir repartir de Dushanbe d’ici quelques jours, avec le visa iranien de Léopold, les visas ouzbeks de Thibault et Donald ainsi que nos applications pour le visa turkmène.

Le lendemain Léopold se présente à l’ambassade d’Iran pour récupérer son visa commandé à l’avance. Malheureusement, malgré une confirmation par mail, le visa n’est pas encore arrivé. Nous sommes mercredi et l’ambassade ne le recevra que lundi, le week-end en Iran est du jeudi au vendredi et à Dushanbe du samedi au dimanche… Quatre jours de de perdus et cela retarde aussi notre demande de visa turkmène qui a besoin de la copie du visa Iranien pour être demandé. Ce n’est pas très grave, nous avons de quoi nous occuper à Dushanbe, notamment terminer le site internet et éditer les vidéos, un travail très chronophage.

Donald et Thibault vont chercher leur visa ouzbek l’après midi et font face à un dilemme, comme la fête nationale approche, la frontiere sera fermée à partir de dimanche, et ne rouvre que dix jours plus tard. Le retard du visa Iranien pèse dans leur décision et nous ne rentrerons en Ouzbékistan que dans dix jours.

Nous avons préparé notre voyage jusque dans les moindres détails, mais nous ne pouvons rien contre les fonctionnement administratifs aléatoires, malheureusement nombreux en Asie Centrale lorsqu’il est question de visas…

Nous nous résignons donc à passer un petit bout de temps au Green House hostel. Nous restons quelques jours à nous reposer, faisant de petits tours dans la ville et en profitant pour prendre soin de nos motos. Il est temps de faire les vidanges et quelques petites réparations suite aux dégâts causés par la Pamir. Heureusement, il y a pas loin un club de motards qui nous aident en nous donnant des conseils nous prêtant leurs outils spécifiques. Donald doit refaire ses connections électriques à l’arrière de la moto et Thibault répare son guidon qui n’est toujours pas très droit ni fixe. Léopold, tentant de changer son câble de valve de décompression a laissé tomber une pièce dans la chambre du cylindre, il faudra démonter la tête du cylindre pour y accèder. Nous faisons cette opération à l’hôtel nous-mêmes et apprenons beaucoup sur le fonctionnement de la moto. Le sentiments de plaisir que l’on ressent lorsqu’on répare sa moto et qu’elle redémarre est presque jouissif. On a au moins un sourire jusqu’aux oreilles.

Fort de L’expérience acquise, Donald décide d’ouvrir également son moteur pour résoudre une  fois pour toutes son problème d’huile qui coule. Il faut cependant enlever également le fût du cylindre, opération plus délicate car le piston est alors à nu. Après avoir changé le joint incriminé les choses se sont corsées, en tentant de remettre le fût du piston nous avons cassé les piston rings qui se trouvent autour du piston, dont de petites pièces sont tombées dans le carter. C’est un problème car ces pièces peuvent se retrouver dans les trous d’arrivée d’huile du moteur et les bloquer. Donald passera toute la journée du lendemain à «pêcher » ces minuscules morceaux à l’aide d’un petit aimant, mais sans grand succès. Après avoir consulté quelques garagistes, Donald décide de tout même refermer le moteur en laissant les petits bouts de fer, espérant qu’ils restent au fond du carter. Malheureusement, faute d’expérience nécessaire, nous cassons à nouveau les pistons rings de remplacement que nous avions…. C’est une partie capitale du moteur et il faut trouver une solution. Envoyer les pièces depuis l’Inde par courrier prend plus d’une semaine sans compter les délais des douanes, ce n’est pas une solution. Donald s’est rendu à l’aéroport pour tenter de négocier avec la compagnie aérienne nationale qui vole une fois par semaine sur Delhi. Après quelques heures de négociations et être passé par de nombreux bureaux, ils acceptent d’apporter la pièce depuis Delhi ! Nous téléphones à Rana pour qu’elle arrange un rendez vous avec l’employé de la compagnie à Delhi afin de lui fournir les pièces que nous  réceptionnerons à Dushanbe ! Après quatre jours passés le moteur ouvert, la moto de Donald reçoit ses nouveaux pistons rings par avion direct de Delhi, gratuitement ! C’est un grand soulagement pour nous et nous devons une fière chandelle à Air Tadjikistan. Cette fois ci Donald fera appel à des mécaniciens expérimenté pour refermer son moteur.

Pendant ce temps, Léopold est retourné plusieurs fois à l’ambassade d’Iran pour son visa, toujours pas de nouvelle lundi, mardi non plus… Devant son insistance, le consul a accepté de lui fournir un visa sans avoir reçu confirmation de la part de Téhéran, à se demander pourquoi nous avons perdu une semaine… Mais c’est très aimable de se part et voilà la question du visa Iranien réglée, il reste encore celle du visa Turkmène, bien plus délicate.

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Les visas nécessaires à Dushanbe.

Le visa turkmène est une vraie loterie, beaucoup d’application sont rejetées sans raison, le taux de rejet est estimé à 40%…Heureusement l’ambassade de Dushanbe est réputée pour être plus « facile ». Nous rentrons la procédure et auront la réponse dans les cinq jours, ce qui tombe bien, cela correspond à la veille de l’entrée en Uzbekistan pour Thibault et Donald. Pour parer à toute eventualité, nous faisons également une demande pour un visa de transit Azeri, ce qui nous permettra de prendre un bateau au travers de la mer Caspienne en cas de refus Turkmène. Le consul de l’Azerbaïdjan est très sympathique et nous donne rendez vous trois jours plus tard pour récupérer nos visas.

Nous avons également profité de Dushanbe pour rencontrer le groupe de musique « Red Planet », quatre jeunes Tadjik qui font du métal ! C’est le seul groupe de métal du pays car ce n’est pas un style de musique qui sied à ce pays plutôt traditionnel. Le groupe a connu de nombreuses reformations, avec des départs et arrivées multiples. Il n’y a pour l’instant pas de chanteur, le groupe enregistre ses morceaux en instrumental et envoie les paroles à des chanteurs en Russie ou Azerbaidjan qui enregistrent de leur côté. Ils sont très sympas et nous les rencontrons pour la première fois autour d’un bon repas et de quelques bières dans une brasserie. Nous assisterons à leur répétition dans une cave sous un cinema. Le local est insonorisé avec des emballages d’œufs et de gros tapis, un véritable endroit « underground ». Leurs mélodies sont très entraînantes et nous passons une soirée à filmer leur répétition. Nous les reverrons encore plusieurs fois durant notre séjour, pour manger des spécialités locales et boire des bières.

Les journées sont longues et se ressemblent, l’envie de continuer à rouler se fait de plus en plus pressante, il nous faut malheureusement atteindre la décision du visa Turkmène et la date d’entrée des visas Uzbeks. Le Green Hostel est confortable, il y a du café au lait et du thé à volonté, deux points très positifs dont nous abusons, la cuisine est équipée ce qui nous permet de cuisiner certains soir, mais le prix est relativement élevé, à 7 dollars la nuit par personne, cela fait près de dix jours que nous sommes là, un sérieux trou dans notre budget. De plus, il nous faut uploaded une quantité de photos et le Wi-Fi de l’hostel n’est pas très rapide. Nous décidons de passer l’après midi au Sheraton pour profiter de leur connection, la plus stable de la ville.

Au Sheraton, nous retrouvons le plaisir d’avoir une table haute, des sièges confortables et un petit peu de calme ! Nous y travaillons toute l’après midi. Thibault esquisse l’idée de réaliser une petite vidéo pour l’hôtel en échange de quelques nuitées. Il part contacter un manager et revient une dizaine de minutes plus tard accompagné d’Elena, en charge de l’organisation. Elle nous indique que le lendemain une petite soirée sera organisée en l’honneur des sportifs olympiques du Tadjikistan et que si nous réalisons une petite vidéo de l’événement, nous pourrons rester à l’hôtel pour le week end ! Nous sommes enchantés et très motivés. Elle doit toutefois en parler au directeur. Le deal sera conclu le lendemain matin et nous sommes prêt à quitter le Green House pour un logement meilleur marché et bien plus confortable !

Nous avons rencontré beaucoup de monde au Green Hostel, notamment Milena qui vient d’arriver par avion de Baku et qui a reçu une invitation à assister à un mariage le soir même, il s’agit de l’oncle du marié qui était assis à côté d’elle dans l’avion. S’inviter à un mariage est toujours une chouette expérience pour vivre la culture locale au plus près. Elle téléphone à l’oncle du marié qui dit qu’il n’y aucun soucis à venir à plusieurs. Seul soucis, c’est le même jour que la soirée au Sheraton, nous nous séparons donc, Thibault et Donald partent filmer, Léopold s’en va documenter le mariage.

Nous arrivons pour le dîner, première partie d’un mariage Tadjik qui dure près de trois jours. L’entrée des mariés se fait en fanfare, d’énorme trompettes et tambours célèbrent les mariés. Les tables sont déjà dressées, de chaque côté de la salle, avec la piste de danse au milieu. Les mariés sont assis à une table en hauteur, faisant face à la piste de danse. La famille de la mariée est d’un coté, celle du marié de l’autre. Nous prenons place à la table avec un des oncle du marié. L’ambiance est joviale, les invités discutent, de nombreux verres de vodkas sont servis et vidés aussi secs.

Les plats, très variés, sont placés sur la table en abondance. D’autres plats viennent encore en plus, du poulet farcis, des escalopes… Nous sommes comme des coqs en pâte. Les danses rythment le repas, au son d’un orchestre très (trop ?) fort, il est difficile de parler plus loin que son voisin tant le volume est élevé. D’abord une danseuse professionnelle fait le show, ensuite les jeunes se joignent à elle pour danser ensemble. Nous sommes invités à danser, difficile de refuser. Les filles d’un côté, les garçons de l’autre, nous dansons avec les autre convives, qui nous apprennent leurs pas. Les mariés ne dansent pas et ont  l’air très sérieux à la table qui préside la piste de danse. Vient le moment des discours, assez long, jusqu’à ce que l’on nous demande de porter un toast également. Nous voilà au micro, entourés des parents des mariés. C’était très inattendu.

Voilà qu’après les discours, les mariés descendent sur la piste de danse. Le marié danse avec ses amis pendant que la mariée, la mine très solennelle, reste de marbre et se penche pour saluer à intervalles réguliers. Le tradition le veut, nous dansons autour d’elle tout joyeux, pendant qu’elle se concentre pour garder son serieux.

Vers 10h vient la fin de la cérémonie, les mariés sont accompagnés vers la sortie et tout le monde s’en va. Il est temps de rejoindre Thibault et Donald au Sheraton.

Là-bas, la fête bat son plein. Le « Soho bar » se situe dans les sous-sols de l’hôtel. La piste de danse est comble, de nombreux locaux mélangés à quelques expats s’amusent, aux platines, un DJ start du Tadjikistan qui mix des tubes internationaux à des morceaux au style plus oriental, plutôt sympa. Elena, qui est en charge de l’événement est ravie du succès de la soirée et nous invite au restaurant de l’hôtel pour dîner. Impossible pour Léopold d’encore avaler quelques chose mais Thibault et Donald n’ont pas encore mangé. Nous passons une heure à discuter avec Elena, de notre voyage et de son parcours, elle est ukrainienne et à étudié en Suisse avant d’être envoyée ici. Lorsque nous retournons à la fête, tout le monde est presque parti. Ce n’est pas dans les mœurs de sortir tard, la réputation joue un rôle important, même si la situation évolue.

Nous rentrons pour une dernière nuit au Green Hostel.

Le lendemain nous rangeons nos affaires en vitesse, réglons la douloureuse et nous présentons à midi dix au Sheraton pour prendre possession de nos chambres ! On a une double avec des lits jumeaux et une simple avec une énorme double lit ! Tout est propre, confortable, il y a même un bureau digne de ce nom dans la chambre. Quel plaisir ! Nous nous mettons immédiatement au travail, sur blog, les videos, le site Web qui est presque finit. Il faut traduire le site en français, trouver les photos pour l’illustrer, c’est un travail de titan. C’est un travail fait de concert avec Derek Malou, qui a codé tout le site et s’est occupé des aspects pratique du design. Beaucoup d’allers et retours on été faits pour que le site aboutisse.

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Nous ne perdons pas toutes nos habitudes, ça reste sardines dans la chambre!

Il faut également savoir se relaxer et nous profitons du centre de spa, hammam, saune, piscine,… Nous profitons de tous les équipements. Nous ne sortons de l’hôtel que pour nous restaurer. Vient la fin du week-end et moyennant quelques photos supplémentaires nous pouvons rester deux nuits de plus, les dernières à Dushanbe avant de pouvoir entrer en Ouzbekistan.

Nous allons récupérer notre visa de transit Azeri ainsi que le visa turkmene, mais celui-ci n’est toujours pas arrivé, nous parvenons à négocier de recevoir la décision par mail d’ici quelques jours. Le temps passe vite au Sheraton, entre piscine et travail, voilà déjà le moment de partir. La moto de Donald refonctionne mais le soucis d’huile n’est pas réparé, c’est même pire qu’avant… Au moins, elle roule.

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Un dernier problème mécanique en quittant Dushanbe.

Nous plions bagages et repartons enfin sur la route, direction l’Ouzbekistan. La frontière est à 80 kilomètres de Dushanbe, nous partons en début d’après-midi pour arriver vers 17h au poste frontière tadjik. Nos papiers sont rapidement inspectés et une légère fouille des bagages est effectuée . Les douaniers nous disent que c’est la règle et nous demandent de nous mettre devant la caméra de surveillance et de faire semblant de leur expliquer ce que sont les bagages…

Encore un dernier point de contrôle avant d’entrer dans le No Man’s Land, direction l’Ouzbekistan.

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