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Ouzbékistan

17/04/2017

Nous quittons le Tadjikistan et arrivons aux portes de l’Ouzbékistan. Ce sera sans doute la frontière la plus difficile à passer. Les douaniers y sont réputés pour être très pointilleux et de nombreux objets y sont interdits, notamment les drones, les bibles, images à caractères « dénudé » ainsi que la codéine.

Nous avons peur que les formalités soient encore plus sévères suite au décès de Karimov la semaine qui précède. Un leader autoritaire qui est resté au pouvoir pendant 25 ans, soit depuis la chute de l’union soviétique.

Il est déjà presque 20h, il n’y a pas grand monde au poste frontière. Les gardes à la première barrière nous ouvrent avec un grand sourire, ils sont très sympas. On se dirige vers la seconde barrière, autrement plus imposante. Celle-ci est fermé, c’est l’heure de la pause. Ce post frontière est ouvert 24h/24 mais à certains moments les douaniers font des pauses où ils jouent au foot.

Nous parquons les motos dans un équilibre précaire et allons discuter avec un garde qui se trouve près de baraquement. Rapidement les deux militaires de la première grille viennent nous rejoindre ainsi que le médecin du baraquement et d’autres gradés. On discute tant bien que mal dans un mélange d’anglais et de russe, l’atmosphère est joviale. Notre but est de les amadouer, afin de faciliter la fouille des motos plus tard. L’un d’eux me propose du tabac à mâcher que j’essaie, c’était sans doute une mauvaise idée car le tabac me monte directement à la tête, qui commence à tourner. Thibault et Donald ont été plus sages et n’en ont pas pris. Tout le monde rigole bien.

Après 20 minutes la pause est terminée et nous allons récupérer nos motos pour les amener au lieu de contrôle. Malheureusement je fais tomber ma moto et le câble d’accélération se brise. Pendant que Donald et Thibault roulent jusqu’au post, je pousse ma moto et la gare contre le mur, avec la valise de coté en aluminium, où se trouvent la majeure partie de mon drone, adossée au mur, dans l’espoir de ne pas devoir l’ouvrir.

Les gardes sont sympas mais déposent trois grandes couvertures au sol et nous demandent de tout déposer dessus, en commençant par Thibault. J’en profite pour commencer à réparer ma moto, avec beaucoup d’emphase pour tenter d’amadouer les douaniers. Il y a d’abord quelques formulaires à remplir et ensuite ils posent des questions sur tout ce que l’on a. Chaque valise de Thibault et Donald est minutieusement inspectée, il faut tout déballer et expliquer chaque médicament de nos trousses à pharmacie. Les questions sont nombreuses mais pas très approfondies :

  • What is this ?
  • It’s medicine for the stomach
  • Okay… What is this ?
  • Medicine for the head.
  • Okay…

Le matériel vidéo les intrigues beaucoup, ils tombent sur la télécommande du drone mais Donald leur explique habilement que c’est pour le slider motorisé, ce que le douanier accepte. Une autre partie du drone est dans la Pelicase de la C300, en faisant un petit tour de prestigiateurs, leur parlant beaucoup et attirant leur attention nous arrivons à leur cacher la carapace blanche du DJI qui est très reconnaissable.

Cela fait déjà plus d’une heure trente que nous ouvrons tout, quelqu’un vient pour s’occuper de ma moto également. J’essaie de tout ouvrir avec beaucoup d’entrain, tout en négligeant la case de mon drone, qui est caché dans plusieurs couches de caleçons. Pour finir il se lasse et me demande à peine d’ouvrir cette case, jette un coup d’œil par-dessus la moto et décide que c’est bon. Victoire.

On a presque terminé lorsqu’ils décident de regarder nos appareils photos. J’avais totalement oublier qu’il y avait les photos de démontage de mon drone afin de pouvoir les reconstruire une fois sortir d’Ouzbékistan. Il tombe dessus, s’arrête et me demande où est le drone. Je blêmis. Le sol s’effondre sous mes pieds. Je vais perdre mon drone…

J’essaie de garder mes esprits et lui explique que j’ai eu un crash et que le drone a été démonté, d’où les photos, pour être envoyé par la post en Belgique. Il est dubitatif mais pour finir accepte et je peux à nouveau respirer.

Thibault et Donald s’expliquent de leur côté, il s’agit de démontrer comment le 5D s’est enclenché tout seul en mode vidéo alors que c’est strictement interdit de prendre des photos ou d’enregistrer aux frontières. Ils veulent confisquer l’appareil, pour finir Thibault et Donald arrivent à s’en sortir en supprimant la vidéo prise par inadvertance et nous pouvons enfin quitter le poste de douane.

Il est déjà 11h du soir, il fait nuit noire et le prochain village avec un hôtel est loin. Ce ne sont que des gens autour de la grande route et des petits villages. Nous essayons soit de trouver un endroit où planter nos tentes ou une maison avec de la lumière afin de demander l’hospitalité pour la nuit.

Nous roulons une vingtaine de minutes lorsqu’enfin un petit village avec quelques maisons illuminées apparait. La route n’est pas éclairée et les maisons ont l’air inaccessibles, nous n’arrivons pas à trouver les routes qui y mènent. Finalement il y a un peu de lumière derrière une lourde porte en fer le long de la route. Je frappe à la porte et quelques instants plus tard une tête endormie passe dans l’entrebâillement. Un homme dans la 40aine nous demande si nous cherchons du pétrole, nous demandons si nous pouvons passer la nuit. En une fois un grand sourire illumine son visage, il ouvre la porte en grand et nous invite chez lui. Il était en fait endormi, ainsi que sa famille mais à présent tout le monde est réveillé. La maman nous prépare un petit repas, du pain avec des confitures, nous sortons nos sardines. Une énorme pastèque est préparée également. Le repas est très bienvenu après les longues heures passées au poste frontière. Nous sommes également fatigués et après une longue discussion avec notre hôte il est temps de nous endormir. La nappe du repas est repliée et de grosses couvertures sont dépliées devant la maison. Nous dormirons à la belle étoile dans la petite cour intérieure. Il fait très bon et le ciel est illuminé de milliers d’étoiles. Le spectacle est magique mais il ne faut pas longtemps avant que nous nous endormions.

Le lendemain nous tentons de faire une grasse matinée dans la cour mais tous nos hôtes sont déjà debout dès 6 heure du matin, vaquant aux différentes taches du ménage. Lorsque nous sommes réveillés notre hôte nous invite pour le petit déjeuner, à l’intérieur. Il s’agit d’une petite maison, avec un salon et une salle à manger qui est également l’endroit où ils dorment. Nous rencontrons une cycliste suisse qui a également passé la nuit au même endroit, chez les cousins de notre hôte qui habitent une autre maison dans ce petit lotissement. Nous racontons notre voyage, qui passionne nos interlocuteurs. Thibault lui montre les cornes d’ibex qu’il a ramené du Tadjikistan. Il nous montre alors les cornes d’un Ibex qu’il a chassé il y a bien longtemps, lorsque l’Union Soviétique était encore intacte.

 

 

 

Il est malheureusement temps de prendre congé de notre hôte, le chemin jusqu’à Bukhara est encore long et nos visas pour l’Ouzbékistan arrivent bientôt à expiration. Il s’agit plutôt du miens, commandé encore en Chine selon les premières prévisions du voyage. Cela n’a pas pris en compte les deux semaines passées à Dushanbe.

La route jusqu’à Boukkhara est aride et désertique. Quelques villages se trouvent le long du chemin, souvent lorsqu’il y a un puits ou un peu de verdure.

Nous n’avons toujours pas réussi à changer de l’argent Uzbek. L’inflation dans le pays est un véritable fléau et il est bien plus intéressant d’échanger l’argent sur le « marché noir » qu’au cours officiel en retirant l’argent d’un distributeur. Ainsi, le cours officiel du sum uzbek est à 2600 SUM pour 1€, nous en avons près de 6000 au marché noir, par euro. Nous nous arrêtons dans un petit village pour la pause du déjeuner et pour changer de l’argent. Nous trouvons un adorable petit restaurant avec des « lits-tables » très agréables à Londres. Quelques locaux discutent avec nous, demandent d’où nous venons et où nous allons, les questions très habituelles. Nous commandons quelques spécialités de la région et changeons de l’argent sur place. Le plus gros billet est une coupure de 5000 SUM, soit moins d’un euro… Autant dire que la liasse de billets que nous avons reçu en échange de nos 100$ était plus qu’épaisse.

Nous roulons et nous arrêtons pour prendre des photos jusqu’à ce que la nuit tombe, l’objectif est d’arriver à Karchi pour y passer la nuit.

Les paysages du sud de l’Ouzbékistan sont différents des précédents, beaucoup plus sableux et d’immenses rochers aux couleurs sables.

Nous roulons sur de longues lignes droites, écrasés par un soleil de plomb.

Heureusement, nous sortons bientôt de ces plateaux désertiques pour arriver plus au nord, où l’Amu Daria, le fleuve qui a donné naissance aux grandes cité de Bukhara, Samarkand ou Khiva, rend le sol fertile.

 

Le soleil se couche et nous ne sommes toujours pas arrivés. Heureusement la ville n’est plus très loin. Alors que nous sommes bientôt arrivés nous entendons des tambours et de la musique. Une grande fête est donnée dans une salle de fête en pleine air sur le bord de la route. Curieux, nous nous approchons et observons la scène. Nous sommes bien vites repérés et invités à participer aux festivités. On nous désigne une table où on nous installe prestement. Nous sommes accueillis à coups de shots de vodka. Un jeune ouzbek de 14 ans qui parle plus ou moins anglais vient à notre table et joue l’interprète. Nous parlons beaucoup avec nos convives grâce à lui, racontant notre histoire et écoutant la leur. Nous sommes également invités à danser et chanter avec tous les autres convives. C’est un moment d’une rare intimité que nous avons vécu dans ce petit village. Nous avons également porté un toast au micro et nous sommes remis en route peu avant minuit, pour rejoindre Karchi.

La ville est grande, il y a de larges allées éclairer et de nombreux magasins longent la route, dans un style très propre à l’Asie Centrale. Malheureusement nous ne trouvons pas d’hostels et les seuls hôtels sont assez chers. Nous continuons jusqu’aux abords de la ville où nous trouvons à loger dans un restaurant qui est sur le point de fermé ses portes. Il s’agit d’un restaurant typique ouzbek, une grande cour couverte où des tables locales sont installées. Nous nous installons dans les traverses et sommes encore une fois invité à un petit diner par nos hôtes du moment.

Le lendemain nous sommes réveillés par le levé du soleil. Boukhara n’est plus très loin et nous espérons pouvoir y passer l’après-midi pour visiter la ville qui regorge de magnifiques bâtiments anciens et pour travailler sur les vidéos ainsi que terminer le site internet. On déjeune avec le pain qu’il nous reste et nous mettons en route. A peine sortis de la ville que la catastrophe arrive. Donald n’a pas vu un trou dans la route et chute en plein milieu de la grande route. Le choc est violent et Donald est projeté par terre. Sa moto cogne violement le sol et nous sommes tous abasourdis. Rapidement les locaux qui ont vu la scène se précipitent à se rescousse, l’aident à se relever et rangent sa moto sur le côté. La circulation n’est pas dense, heureusement. Donald a le visage tout blanc, il est encore sous le choc. Quelques-unes de ses affaires ont volées dans tous les sens et nous commençons à les chercher pendant que Donald récupère ses esprits allongés à l’ombre des maisons du village voisin.

Les genoux de Donald deviennent de plus en plus douloureux et les thés et biscuits apportés par les locaux n’aident pas à apaiser la douleur. Ils contactent alors un médecin qui vient voir Donald et conclut qu’il n’y a rien de très grave mais qu’il faudra un petit peu de repos. Thibault s’en vas à la rencontre d’une famille locale qui l’invite chez eux tandis que Donald va se reposer dans une petite pièce à l’ombre, dans une cour de maison. J’en profite pour continuer à écrire le blog dans un petit magasin où il y a une table, plus pratique pour poser la tablette pour écrire.

Nous resterons quelques heures dans ce petit village jusqu’à ce que Donald se sente un petit peu mieux et nous reprenons alors la route, direction Boukhara. La route n’est pas très longue, une centaine de kilomètres, mais chacun d’eux est un véritable calvaire pour Donald. Le reste du chemin est dans un bon état relatif, quelques raffineries de gaz ou pétrole sont sur le chemin et les torches toujours allumées restent très impressionnantes. Nous arrivons à Boukhara en fin de journée. Un petit colis nous y attend, des disques dur Silicon Power en plus ainsi que des nouvelles lunettes de soleils Karün, nous avons malheureusement égaré deux paires… Afin d’avoir un endroit où envoyer le paquet, un hotel plus confortable que d’habitude a été réservé par mon père. Il tombait à pic pour Donald qui avait besoin de confort pour se remettre d’aplomb après sa chute. Nous célébrons avec quelques bières ce soir-là et Thibault et moi allons visiter la ville pendant que Donald dort, il est épuisé suite aux efforts fournis.

Boukhara est une très jolie ville avec un magnifique centre historique, d’imposantes medressas parsèment la ville tandis que des petits marchés couverts lient les différents bâtiments entre eux. La nuit il fait très frais et se promener le long du bassin central est très agréable, tandis qu’en journée la chaleur est accablante et les petits marchés couverts apportent une fraicheur salvatrice. Nous ne restons pas dehors bien longtemps et allons nous coucher à notre tour rapidement.

Un petit déjeuner très sympathique nous attend le lendemain matin. Il y a une vraie salle à manger, nous n’avons plus l’habitude de tant de fastes. Nous discutons avec Komil, le manager, afin de rester une nuit de plus à moindre frais, afin que Donald puisse encore un petit peu récupérer avant d’être transporté, ses genoux ont encore gonflés durant la nuit. Il y a un petit dispensaire près de l’hôtel où Donald se rend afin d’avoir un second avis médical. Quelques médicaments lui sont prescrit mais de nouveau, le diagnostic n’est pas alarmant. Pendant la journée, Donald et Thibault s’occuperont de monter les vidéos et je me promène dans la ville afin de trouver une carte SIM et faire l’expérience de l’étrange atmosphère qui y règne. Il n’y a pas beaucoup de touristes et les rues semblent un petit peu désertes. J’en profite pour me faire une coupe de cheveux chez un petit barbier, où j’étais déjà passé un an auparavant lors d’un premier voyage en Ouzbékistan. L’après-midi Thibault et moi allons filmer dans les différents marchés couverts ainsi que les médressas. Nous avons également cherché toute la journée à trouver un camion qui puisse nous amener à Nukus, notre prochaine destination, car Donald n’est pas apte à conduire.

Le lendemain Komil nous arrange un transport pour Nukus, malheureusement il nous ne pouvons être que deux dans la cabine du camion, je vais donc prendre un taxi qui m’amènera jusqu’à Urgench, sur la route de Nukus où on se retrouvera et d’où je sortirai ma moto du camion pour continuer en moto jusqu’à Nukus. Un petit peu compliqué mais le chauffeur refuse catégoriquement que nous soyons quatre dans la cabine.

Le taxi partagé que je prends avec une famille Uzbek est surchauffé, il n’y a pas de ventilation et la chaleur est suffocante. Il n’y a pas beaucoup de place non plus. Après quelques heures de routes qui paraissent interminable mon chauffeur de taxi me dépose dans une station-service près d’Urgench où il a fixé rendez-vous au chauffeur du camion. Nous attendons ensemble une dizaine de minutes jusqu’à ce qu’il décide de s’en aller et me garantis que le chauffeur devra arriver et qu’il connait le lieu où l’on se trouve. Je suis un petit peu inquiet, mais après tout j’ai le numéro du chauffeur. 45 minutes plus tard les voilà qui arrivent. Nous sortons à la hâte ma moto car le chauffeur doit encore rentrer le soir même à Bukkahra. Je suis le camion qui file sur la route, sans le poids des bagages qui sont restés dans le coffre du camion. Quel plaisir de rouler si léger ! Malheureusement un petit bruit de tige de culbuteur mal réglées m’embête depuis quelques jours et je profite de l’arrêt que nous faisons pour diner, une fois la nuit tombée, pour tenter de les régler. Impossible d’arriver à fixer correctement les écrous, ceux-ci se dévissent sans arrêts tant et si bien que la vis qui sert à faire les réglages se brise, me laissant sur le carreau. La tige est dans une position très désagréable à regarder, pliée en angle droit sur son axe. C’est de très mauvais augure mais il est trop tard que pour analyser la chose de façon plus approfondie, surtout que le poisson pané que nous avons commandé est arrivé et qu’il est temps de passer à table. Le repas est très bon et nous cherchons à trouver une solution pour arriver tous ensemble à Nukus. Heureusement, deux gros camions se sont arrêtés sur le parking et leurs occupants viennent s’asseoir à côté de nous. Nous discutions un petit peu avec eux et ils acceptent bien vite de me déposer à Nukus. On redépose la moto dans la camionnette avec Thibault et Donald qui continuent tandis que j’attends avec les jeunes camionneurs qu’ils dinent. Ils partagent leur repas avec moi, encore plus de bon poisson, excellente nouvelle. Ensuite nous rentrons dans leurs énormes camions modernes, les mêmes que nous voyons sur les routes européennes. Ils sont très jeunes, entre 22 et 24 ans et roulent depuis Tachkent jusqu’en Russie pour y livrer des couvertures uzbkes. Ils roulent très vite sur ces petites routes, ayant l’air de connaitre par cœur toutes les ornières. C’est la première fois depuis le début du voyage que je suis dans un moyen de transport moderne et j’avais oublié le confort que procure de véritables suspensions. En 30 minutes nous arrivons aux abords de Nukus où ils me déposent, impossible de rentrer avec cet énorme semi-remorque dans la ville. Ils m’aident à trouver un taxi pour me conduire à l’hôtel, négociant un excellent prix. Nous nous sommes donné rendez-vous au Jipek Joli Hotel et Thibault et Donald ont négocié une petite chambre à trois lits. La journée fut longue et nous nous endormons presque aussi tôt.

Le lendemain nous faisons l’état des lieux, il faut réparer la moto de Donald ainsi que la mienne, ce que nous faisons dans la petite cour de l’hôtel. Nous en profitons également pour faire quelques lessives et Donald pour se reposer. Les dégâts ont l’air moins grave que prévu, la tête de la vis est bloquée dans la tige de culbuteur mais heureusement il est possible de l’enlever avec quelques petits coups de tête de couteau et la vis bouge légèrement, juste assez que pour pouvoir la déloger. Nous avons les pièces de rechange nécessaire et la voilà replacée en un tour de main. Donald chipote un petit peu à son embrayage, des bruits étranges en sorte depuis un petit moment déjà et impossible de mettre le doigt sur le problème. Malheureusement tout à l’air normal. J’en profite également pour passer chez un soudeur pour faire réparer mon pied central, qui a flanché sous le poids des bagages.

Il n’y a rien à visiter à Nukus qui est une ville construite de toute pièce sous l’ère soviétique. Seul un musée très intéressant s’y trouve, le Savitsky, abritant de très nombreuse œuvre d’art d’avant-garde russe. Nous passons la journée à l’hôtel et ses alentours. Un groupe d’allemand en vieille Mercedes est également dans notre hôtel et nous discutons avec eux, notamment l’organisateur qui est un mécanicien de compétition pour VW et nous donne quelques conseils et nous prêtes quelques-uns de ses bons outils pour réparer les motos. Donald commence à se sentir un petit peu mieux, et nous n’avons malheureusement pas le choix, il faut quitter Nukus car mon visa ouzbèk arrive à expiration dans deux jours. Nous n’avons toujours pas de nouvelles pour le visa turkmène et nous résignons de plus en plus à prendre l’option du ferry sur la mer noire, en repassant par le Kazakhstan.

Le lendemain nous nous décidons de nous mettre en route, d’avancer vers le poste de frontière turkmène afin de voir s’il y a une façon de vérifier l’état de nos visas et dans le cas contraire de continuer sur Kungrad, près de la mer d’Aral, pour y passer la nuit et nous rapprocher du Kazakhstan.

Nous prenons le petit déjeuner à l’hôtel, y passons la matinée à terminer de remonter les motos et à commander de l’essence au marché noir. Comme l’Ouzbekistan a d’important gisements de gaz la plupart des voitures y roulent au gaz. Les stations essence sont rares et pratiquement inexistante au nord de Nukus, où il n’y a pas grand-chose. Nous commandons chacun 10 litres supplémentaires que nous attachons tant bien que mal à nos motos déjà surchargées. Nous déjeunons dans une sorte de self-service très glauque où notre seule joie fut un petit chiot qui était très intéressé par nos motos. Nous nous rendons à la frontière Turkmène, toujours sans nouvelles officielles, un mail était censé nous être envoyé. Malheureusement les gards ouzbeks n’ont que très peu de contacts avec les turkmènes et ne peuvent pas nous laisser passer le no man’s land sans nous faire sortir officiellement du pays et comme nos visas ne nous autorisent qu’une seule sortie, pas possible de réentrer en Uzbekistan si nos visas turkmènes ne sont pas près. Nous serions dès lors obligés de rester dans le no man’s land de quelques mètres jusqu’à ce que la situation se débloque. Pour finir nous décidons de nous rendre à Kungrad et d’y passer notre dernière nuit en Uzbekistan avant d’être chassé par la date de péremption de mon visa. La route est plutôt triste, très plane, peu de reliefs et super droite. Ma moto refait un bruit un petit peu bizarre, je règle avec beaucoup de précaution mes tiges de culbuteur et voilà qu’elle roule enfin bien, plus de bruit bizarre.

Nous arrivons en début de soirée à Kungrad, la ville n’est pas très belle, quelques maisons de plein pied en bois ou torchis. Nous arrivons après quelques demandes à trouver un endroit où loger pour la nuit, il s’agit d’une sorte de petit hôtel qui nous offre la nuitée car il y a une fête religieuse spéciale ce soir-là. Un des clients nous invite lui à manger, nous dégustons un plat traditionnel avec des morceaux de pains trempés dans de la sauce, ce n’est pas mauvais et comme il parle un petit peu anglais nous discutons avec lui. Le lendemain nous arrivons finalement à avoir l’ambassade turkmène au téléphone et une mauvaise nouvelle nous attend, le visa de Donald est autorisé mais celui de Thibault et le miens sont refusés. Il faudra dès lors continuer vers le Kazakhstan, ce qui fait une bonne et longue journée de route. Nous n’avons pas le temps de passer par Munyak pour voir ce qu’il reste de la mer d’Aral et les bateaux qui y sont échoués, c’est dommage.

La nouvelle étant tombée nous nous dépêchons de nous mettre en route pour arriver à la frontière Kazakh avant minuit. Malheureusement la moto de Thibault ne démarre pas, c’est un petit coup de stress mais après l’avoir poussée sur quelques centaines de mètre elle finit heureusement pas démarrer.

La route est bonne pour les premiers cents kilomètres, nous nous arrêtons pour photographier le paysage, un aigle qui est sur le bas-côté mais le stress monte pour moi, je dois être sorti du pays avant minuit. Le paysage est très beau, Thibault et Donald en profitent pour multiplier les plans, cela me stress à cause de mon visa… La pause du déjeuner est un petit peu longue, nous faisons quelques plans, mangeons de bonnes conserves avec du pain frais et faisons-le plein de motos avec les bouteilles de 5L que nous transportons depuis Nukus. La route commence à devenir plus étroite et moins entretenue, tandis que le soleil se couche, les conditions deviendront plus difficiles. Encore une fois Thibault et Donald mettent 45 minutes à filmer des chameaux qui sont sur le bord de la route. Ce n’était pas la meilleure chose à faire à ce moment selon moi et cela à mener à une des premières fois où nous avons élevé la voie durant le voyage.

Après cet incident nous continuons sur la route qui se dégrade de plus en plus et bientôt la nuit est tombée. Les heures qui suivent sont une course contre la montre, devant trouver un équilibre entre le manque de luminosité et les trous dans la route. Nous perdons quelques pièces sur quelques bosses, il faudra les retrouver et les refixer mais pour finir nous arrivons au poste frontière vers 11PM, sans avoir manger depuis notre déjeuner. Nous avons de nouveau séparé le drone et les différents éléments sensibles en cas de fouilles mais les gardes sont bien moins regardant à cette frontière-là, un chien vient renifler nos affaires, nous devons ouvrir quelques sacs accessibles et trouver notre chemin pour compléter les papiers de douane. Finalement toutes les formalités sont accomplies peu avant minuit et nous voilà dans le no man’s land, en route vers le Kazakhstan, sans amende et sans problèmes.

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2 Comments

  • Reply Pasha 17/04/2017 at 11:56 am

    great but publish it in English as well

    • Reply The Royal Silk Road Team 18/04/2017 at 12:20 pm

      Hi Pasha!
      Yes, this is in the plans but it takes a lot of time to translate everything, we will do it when everything is published and that we have more time to work on it!

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