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Les Balkans

21/08/2017

Nous voilà de l’autre côté de la rivière et nos roues touchent pour la première fois l’Union Européenne. Je ne suis pas sûr que les soldats qui montent la garde comprennent pourquoi j’exulte tant de joie. On arrive un petit peu plus loin au bâtiment de la douane, il y a une petite file de voitures et vient enfin notre tour. On contrôle nos passeports et lorsque l’on montre les papiers indiens de la moto, on nous demande la carte verte pour l’assurance… Celle que l’on montre d’Inde n’est évidemment pas suffisante et la turque a expirée. On peut le faire au bureau de douane mais c’est 100 euros pour un mois. On n’a pas assez de cash pour payer surplace et les ATM’s ne fonctionnent pas aujourd’hui. Heureusement, Robert qui nous accompagne a suffisamment pour nous avancer. Ses papiers d’immatriculation allemands ont été suffisants, pas besoin de montrer d’assurance.

On en profite également pour demander le papier d’import de véhicule en Union Européenne qui nous permettront plus tard de pouvoir immatriculer la moto en Belgique. Malheureusement les grecs n’ont aucune idée de quoi il s’agit, tout comme les douaniers danois qui sont en poste pour quelques mois à la frontière turque. Ils vont même faire des recherches sur le net mais ne peuvent malheureusement nous aider. Qu’à cela ne tienne, nous terminons les papiers pour l’assurance et quittons-le post de douane.

Nous prenons la direction de Thessalonique, longeant la mer Egée. La nuit est déjà tombée et nous avançons au travers des petits villages grecs, quelques maisons sont encore illuminées et nous ne savons pas encore où loger. Arrivés en périphérie d’Alexandroúpolis, une petite ville avec quelques centre commerciaux, nous allons faire nos courses au Lidl pour préparer notre dîner. Un véritable petit supermarché, nous voilà définitivement en Europe. Maintenant il s’agit de trouver où loger. Je vois sur Maps.me qu’il y a des champs juste derrière le Lidl, on va voir ce qui s’y trouve et on remarque une petite plaine à l’abris des regards, près d’un large entrepôt pour camions. On monte les tentes au milieu des hautes herbes, cachons un petit peu les motos et notre camp est prêt. On mange les sardines achetées plus tôt au Lidl et nous allons nous coucher, pour notre première nuit en Europe après cinq mois en orient.

Le réveil est matinal, le bruit du va et viens des camions ainsi que le celui des avions qui atterrissent à l’aéroport juste à côté nous tirent de notre sommeil. On prépare un café avec le peu de gaz qu’il reste dans le réchaud, les tartines sont fraiches et la confiture plutôt bonne, nous voilà prêts pour une belle journée. Robert connait bien Alexandroúpolis car il y est passé à l’aller, il y a parc au centre et un réseau Wi-Fi gratuit y est disponible, de quoi préparer la suite du voyage, comme par exemple notre rencontre avec Alex, le responsable d’une fondation pour l’accueil des réfugiés que nous désirons interviewer dans le cadre de nos interviews. Lorsqu’on voyage au long cours de petits détails comme du WiFi ou des bancs confortables peuvent faire toute la différence.

Le centre de la ville n’est pas très loin et nous nous installons dans le parc, le temps de bien se réveiller et de surfer sur internet. Quelques grecs viennent à notre rencontre ou nous font des signes de loin, mais nous n’avons plus le même contact avec les locaux que lorsque nous voyageons de l’autre côté du Bosphore.

Des témoins de Jéhovah tentent de nous convertir, mais je leur réponds que nous venons de passer un an en Asie Centrale et que nous nous sommes convertis à l’Islam, est ce qu’eux désirent entendre la parole d’Allah ? Ils n’avaient pas l’air très intéressés et sont vite retournés évangéliser de l’autre côté de la route.

Nous nous remettons en route, direction Thessalonique. Les paysages sont similaires à la route que nous avons pris depuis Istanbul mais les habitations sont différentes et cette fois-ci nous longeons la cote, la vue sur la mer Egée est toujours aussi splendide.

Nous ne prenons pas l’autoroute, car elle est payante et nos motos ne sont pas assez rapides que pour y aller. Nous roulons donc sur les routes périphériques qui passent entre des petits villages où nous nous arrêtons de temps en temps pour prendre un café ou un gyros, au porc, cela faisait longtemps. La campagne grecque est jolie, assez plates dans cette région du nord-est et les grecs très sympathiques.

Il y a 340 kilomètres qui nous séparent de Thessalonique, il est préférable de loger en chemin plutôt quand dans la ville car nous essayons de faire des économies sur les hôtels, la fête de la dernière nuit à Istanbul ayant été un petit peu plus onéreuse que prévue.

La nuit commence à tomber et nous nous mettons encore une fois en quête d’un logement. Il y a un petit café sur le bord de la route qui a l’air bondé, il y a de la musique et l’ambiance y est bonne. On s’arrête et nous commandons à boire. On demande s’il y a moyen de dormir dans les environs et ils se renseignent pendant que nous discutons un petit peu, mangeons une pizza. Un grec nous propose de nous montrer un endroit où l’on pourrait loger et emmène Donald en voiture pour lui montrer. A son retour c’était en fait pas si fameux que ça et nous décidons de continuer un petit peu plus loin et trouver un endroit où loger sur une des petites routes périphériques. En partant nous en profitons pour emporter quelques buches, de quoi faire un joli petit feu lorsque nous aurons monté les tentes.

Nous sortons du village et essayons toutes les petites routes perpendiculaires, tentant de voir à l’aide de Maps.me lesquelles mènent vers des champs ou un endroit où nous pouvons planter nos tentes à l’abris de la grande route.

Finalement nous suivons un petit chemin sableux qui nous amène vers quelques maisons, certaines sont allumées d’autres ne le sont pas. Nous décidons de planter nos dans un petit terrain en face d’une maison fermée. Nous parquons les motos le long de la clôture et le bruit a éveillé la curiosité de voisins auxquels nous expliquons la situation et demandons si nous pouvons y loger. Pas de problème, ils reviendront même dix minutes plus tard avec un thermos d’eau chaude, du thé et des pâtisseries typiques grecs. Nous voilà accueillis comme des coqs en pâte. Les tentes montées nous coupons le bois en fine lamelles pour démarrer un feu. On y cuit quelques conserves et notre petit festin du soir prend place.

On reste dehors le temps que les dernières buches soient consumées et nous rejoignons les tentes pour notre dernière nuit en Grèce, demain soir notre objectif est de dormir en Albanie.

Réveil matinal dans la brume, nous rangeons les tentes en préparant le petit déjeuner et nous mettons en route vers Thessalonique. Nous y arrivons en fin de matinée mais pas de nouvelles de notre contact sur place. On attend une heure à une station-service de la périphérie une réponse à notre mail mais sans nouvelles, nous décidons de continuer vers l’ouest, en direction de l’Albanie. Donald a découvert un site web avec l’emplacement de différents camps de réfugiés, l’occasion de directement en interviewer un plutôt qu’un représentant. La route va passer par les montagnes avant d’arriver en Albanie, vu l’état des motos c’est anxieux que nous entamons ces kilomètres qui pourraient être fatales aux motos. La route jusqu’au camps est relativement plane, pas encore de dénivelé à l’horizon. Nous nous arrêtons dans un petit village aux abords du camps de réfugiés pour le déjeuner. Nous prenons de nouveau un gyros, quel plaisir de remanger du porc. Passer le déjeuner nous nous mettons en route pour le camp qui se situe en fait dans une ancienne base militaire grec transformée en camps. Nous arrivons finalement face à l’entrée du camp, qui se trouve près d’un joli lac et au milieu des bois. Les gardes à l’entrée nous empêchent de rentrer, il nous faut un laisser passer. Ils sont gentils mais catégoriques, pas d’entrée sans autorisation. Ce qu’ils nous autorisent à faire cependant c’est d’attendre à l’entrée du camps qu’un réfugié sorte pour pouvoir faire une interview. Nous attendrons vingt minutes avant qu’un jeune sorte avec un grand sac plastique rempli de rations de nourritures. Il nous indique dans un bon anglais qu’il va donner la nourriture aux chiens qui attendent sur le parking car ils n’aiment pas la nourriture qui leur est servie. Il s’agit de pates avec des morceaux de bœuf.

Nous lui demandons s’il est prêt à nous donner une interview et c’est avec grand plaisir qu’il accepte, il a de nombreuses choses à dire, sur ce qu’il a vécu lorsqu’il a quitté la Syrie mais aussi sur ses craintes et espoirs maintenant qu’il est dans un camps de réfugiés en Grèce.

Notre ami est originaire de Omsk, a connu les bombardements les plus intenses sur sa ville mais également l’arrivée pernicieuse de Daesh dans sa ville, certains de ses voisins succombant à l’idéologie intégriste par conviction religieuse ou pas attrait pour l’argent, les ressources semblant inépuisables de Daesh permettant d’offrir aux mercenaires rejoignant ses rangs des salaires indécents pour la région. Petit à petit il a vu sa ville autrefois florissante sombrer dans la haine et finalement l’idéologie intégriste de Daesh a pris le dessus. Les dénonciations et exactions sont devenues monnaies courantes jusqu’à ce que la guerre déchire ce qu’il restait d’humanité. Il était trop tard, il a dû arrêter ses études de droits à l’université pour tenter de survivre et de rassembler l’argent nécessaire pour fuir la ville et rejoindre des territoires plus surs.

Déménageant à chaque fois plus au nord, fuyant les combats à chaque fois plus intenses sa famille et lui se sont retrouvés à la frontière turque qu’ils ont dû traverser, illégalement. Il a perdu sa sœur lors de la fuite, des cousins, cousines, oncles, tantes, amis…. Ce qui m’a le plus touché et impressionné c’est le détachement avec lequel il explique les horreurs qu’il a vécu et les proches qu’il a perdu en cours de route. Arrivés en Turquies ils furent la proie de différentes bandes organisées qui profitent de la détresse des réfugiés pour les extorquer, les dépouiller de toutes leurs possessions en échange d’un ticket pour l’Europe. Le voici en Grèce, avec ce qu’il reste de famille, parquer dans un camp avec d’autres syriens qu’ils ne connaissent pas et avec lesquels ils sont obligés de rester pour une durée indéterminée.

Voilà ce qui est sans doute l’élément le plus frustrant pour notre ami, l’incertitude. Il ne sait rien de son futur, de son sort qui est entre les mains de quelques entités européennes ou commissaires qui ne connaissent rien de son histoire, de sa motivation et de ses aspirations.

Le voilà ici en Grèce, pris en charge, nourri, logé et blanchi mais totalement dépendant du bon vouloir d’une administration qui laisse notre ami totalement déposséder de son sort. C’est déjà le deuxième camp dans lequel il vit, le premier était à la frontière de la Macédoine et lorsque les premières tensions sont arrivées dans le camps il a été évacué vers celui-ci.

Il n’y a rien à faire, ils sont autorisés à quitter le camp mais doivent y retourner le soirs pour l’appel, sinon ils risquent d’être déportés. Certains pêchent, se promènent ou organisent la vie du camp comme un petit village. Un village avec des gens qui ne se connaissent pas. Issus peut être du même pays, mais d’ethnies, villages, cultures différentes. Imaginez que vous l’on demande de passer les prochaines années entourées des 300 personnes de votre pays qui sont issus de régions totalement différentes, avec des motivations différentes mais peut être tous marqués par les mêmes horreurs et atrocités vécues.

L’un de ses plus grands rêves est de retourner dans une Syrie pacifiée, retourner chez lui pour reconstruire le pays et terminer ses études, panser ses blessures avec les proches qui lui restent.

Et le voici ici, en Grèce, sans mots à dire sur son propre avenir, engrené dans une administration kafkaïenne, à la recherche d’une solution mais qui ne viendra qu’un jour, sans qu’ils n’aient leur mot à dire.

L’interview terminée, nous restons encore une heure à parler avec d’autres habitants du camp, plus âgés, qui nous apportent du thé, du café ou des gâteaux. Nous retrouvons la générosité orientale parmi les habitants du camp.

Malheureusement il est temps de nous quitter, nous avons rendez-vous en Albanie à Kroace où les sœurs du Christ Berger nous attendent. Il s’agit de sœur Lalini, qui a vécu quelques années en Belgique et à travailler avec la fondation Samilia qui nous soutenons. Les sœurs nous attendent et la route devient réellement vallonée, voir montagneuse, jusqu’à la frontière albanaise.

Nous avons le choix, soit de prendre l’autoroute, moins sinueuses et au dénivelles plus doux ou alors de prendre l’ancienne route qui passe par de nombreux cols avec le relief attenant. L’autoroute est payante mais ce sont des broutilles, moins de cinq euros par personne.  Pour finir nous choisirons l’autoroute pour le temps que cela nous permet de gagner et le stress que nous pouvons épargner à nos motos. La routes est belle, nous grimpons le long de la montagne, prenant à chaque fois plus de hauteur par rapport à la vallée, notre regard portant à chaque fois plus loin vers l’horizon. Les nombreux tunnels rajoutent quelques sympathiques échos où nous pouvons mieux entendre le doux ronronnement de notre moteur. Bientôt nous arrivons au sommet du premier col et la vallée suivante apparait devant nous, aux plateaux bien plus hauts et nous voilà à rouler à nouveau en altitude. Comme tout au long de notre parcours, depuis l’Inde, la route emprunte les vallées et passes les plus basses, les chemins les plus droits, surement utilisés depuis des milliers d’années par les voyageurs et qui sont à présent bétonnés.

La fin de l’autoroute est encore en construction et il nous faut passer par l’ancienne route pour les derniers kilomètres. On profite de la dernière pompe sur la route pour récupérer suffisamment d’essence pour arriver en Albanie, Thibault et Donald n’en n’ont pas besoin, j’y vais donc seul avec Robert mais celui-ci n’arrive plus à redémarrer sa moto une fois le plein fait. Quelques coups de marteau sur le carburateur et voilà que sa moto s’allume, si c’était aussi simple sur les Endfields…

Nous approchons de l’Albanie mais le soleil est déjà couché, nous passons au travers d’une magnifique vallée, légèrement éclairée par le reflet de la lune et les étoiles mais ses plus beaux atouts sont surement cachés par l’obscurité, il nous faudra revenir ici une prochaine fois pour réellement profiter de la vue. La route est étroite et nous pourrons nous croire encore en Asie Centrale, le décors et l’état de la route ne différent pas tant que ça. Il fait terriblement noir et les deux de Donald ne fonctionnent toujours pas, difficile de le voir pour les gros camions qui passent et nous devons rouler en formation pour qu’il y ait de la lumière à chaque fois près de lui. Finalement nous voilà en au poste frontière grec, en quelques minutes nous arrivons dans le No-Man’s Land et arrivons à la frontière albanaise. Il faut à nouveau payer pour une nouvelle assurance, Robert attend gentiment que nous mettions nos papiers en ordre, cela nous prendra près de 40 minutes alors que trois minutes auraient été nécessaires si nous avions une assurance valide.

Nous voilà en Albanie, heureusement la ville de Korce n’est pas très loin et Sister Lalini nous attend sur la place principale, nous sommes en contact régulier par téléphone. Rentrer dans Korce s’avère plus difficile que prévu, nous faisons un petit tour de la ville avant de finalement arriver sur la place centrale. Le comité d’accueil nous reconnait immédiatement et trois sœurs en tuniques courent vers nous, accompagnées de trois autres femmes qu’elles aident dans leurs œuvres de charité. Quel plaisir de revoir Sister Lalini après 15 ans, lorsqu’elle travaillait avec la fondation Samilia en Belgique. Nous sommes invités dans leurs bureaux et appartements, elles nous ont préparé un endroit où dormir dans un petit espace qu’elles utilisent pour recevoir des enfants à la situation familiale précaire pour les accompagner dans leurs études et leur développement personnel. Les sœurs font un travail remarquable, de nombreux jeunes sont inscris dans l’école et elles les accompagnent parfois durant plusieurs années.  Le temps de nous installer dans le petit local au rez-de-chaussée et nous sommes invités à monter dans l’autre partie des bureaux, ou plutôt les deux derniers étages d’un petit immeuble à appartements où un somptueux repas nous attend. Les sœurs ont mis les petits plats dans les grands et nous sommes accueillis comme des rois, nous avons toutes sortes de spécialités locales qui nous sont servies, en quantités. On raconte un petit peu notre voyage, les aventures que nous avons vécues et la rencontre avec le pape François un mois plus tôt. Les sœurs sont fascinées et enthousiastes, un véritable bon publique qui se réjouit à chaque rebondissement dans les histoires. Nous restons plus d’une heure à table, entre les différents plats qui s’enchainent et les tranches de rire lors de nos conversations avec les sœurs.

Nous prenons congé des sœurs une fois que la fatigue se fait trop sentir, et nous descendons rejoindre nos matelas pour une nuit bien fraiche dans la ville d’altitude de Korce.

Le lendemain c’est un nouveau festin qui nous attend pour le petit déjeuner, les sœurs sont déjà debout depuis longtemps lorsque nous émergeons de notre sommeil et quelques enfants sont déjà assis à la table juste à côté de nos “chambres”, pour commencer leurs devoirs, dessiner ou seulement être dans un milieu stable quand ce n’est pas le cas chez eux à la maison. Nous prenons des forces avec le petit déjeuner et recevons même un doggy bag pour la route.

Sister Lalini nous indique une connaissance qui gère un centre d’accueil pour enfants et femmes victimes de la traite des êtres humains, elle se situe à Elbassan, une petite ville sur la route de Tirana, elle sera parfaite pour faire une interview et transmettre son message au monde. Nous prenons congé des sœurs non sans faire une photo souvenir dans la rue avec nos motos et nous remettons en route pour descendre vers Tirana et rejoindre la côte Dalmate. L’Albanie est un magnifique pays aux paysages encore marqués par la guerre des Balkans, de nombreux bunkers jalonnent la route, plus ou moins cachés, parfois solitaire, parfois en essaim. Cela ne défigure toutefois pas le décor, nous descendons des montagnes petit à petit pour arriver près d’un grand lac qui à la frontière avec la Macédoine que nous longeons pendant plusieurs dizaines de kilomètres. La vue est imprenable sur les falaises de l’autre côté et nous nous arrêtons pour déjeuner. Il y a quelques complexes touristiques, campings et hôtels qui apparaissent doucement le long de la côte. Le boom du tourisme n’est pas encore arrivé mais on remarque que le pays entre en mutation, les grandes usines à l’aspect soviétiques délaissées au profit de modernes hôtels. La route par contre est en train d’être réparée et c’est sans doute le pire tronçon que nous avons eu depuis un moment, un mélange de rocaille et de sable très instable. Nous voilà presque au bout du lac et nous devons remonter un petit col pour arriver vers le versant qui donne sur Tirana. A ce stade-ci du voyage chaque montée, chaque col un petit peu soutenu pourrait être le dernier. Les motos sont fatiguées et nous entamons chaque ascension lentement, mais surement. Robert, lui, sur sa moto d’un autre millénaire gambade joyeusement dans les montées.

Nous voilà au sommet et à présent ce n’est plus que de la descente vers Elbassan, la petite vallée que l’on dévale est jolie, quelques maisons traditionnelles jalonnent la route qui est fort sinueuse, un vrai plaisir à descendre à moto. Quelques embouteillages sont formés à cause de camions plus lents, que nous n’arrivons pas à passer en moto, mais ce n’est pas grave, nous avons plus ou moins le temps. Nous sommes déjà en novembre et les jours se font de plus en plus courts, la nuit tombe petit à petit et nous arrivons à Elbassan à la nuit tombée. Notre contact nous a donné rendez-vous sur une petite place et de là nous allons dans un café afin de lui expliquer notre projet et de voir si une interview est possible. Il ne sera malheureusement pas possible de faire l’interview ce soir-là, il faudra attendre le lendemain car le bar est trop bruyant et ce sera plus parlant dans son bureau. Il nous faut alors trouver un endroit où loger, des orages sont annoncés pour la nuit, camper aux abords de la ville n’est pas une option et malheureusement il est un peu tard pour demander un logement sur CouchSurfing, malgré le nombre important d’hôtes disponibles, peu ont la place pour loger un groupe de quatre motards. Finalement nous nous rabattons sur un Bed & Breakfast près du centre. Il commence à pleuvoir, nous trouvons l’endroit de l’auberge et tentons de sonner, pas sûr qu’ils aient lu leurs mails concernant notre demande, autant faire le max. Pas de réponses malheureusement et pas de WiFi accessibles à cet endroit de la ville, je tente de trouver du Wifi quelque part pour joindre les hôtes mais aucune réponse. Le temps de voir où en sont les autres et la portes est ouverte, il s’agit d’une chambre mise à disposition par un couple de retraités, la femme était professeur de français et le monsieur menuisier, il a fait lui-même les différents meubles qui sont dans leur maison. Nous nous installons, cela veut dire encore une fois vider tout ce qui se trouve sur les motos, les parquer pour la nuit et tout transporter à l’intérieur. Une fois cela fait, nous sommes invités à boire un délicieux raki maison à l’orange, tout en recevant quelques explications sur Elbassan et les environs dans le français correcte mais un petit peu rouillé de notre hôte. Avec toutes ces aventures nous n’avons toujours pas diné et nous nous dirigeons vers le centre de la ville qui regorge de café, kebabs et autres petits commerces encore ouverts à cette heure-ci. La pluie a cessé et l’artère regorge de jeunes gens qui se promènent et profitent de la soirée, comme dans n’importe quelle grande ville européenne. L’Albanie a une moyenne d’âge de population très jeune, cela se ressent lorsque nous traversons les terrasses, grouillantes de vie, même les quartiers animés de Bruxelles ne sont pas aussi vivant un mardi soir.

Nous trouvons quelques bons kebabs que nous accompagnons d’une petite bouteille de bière avant de rentrer au B&B pour être prêts pour l’interview tôt le lendemain. C’est à regret que nous rentrons si tôt car l’ambiance à Elbassan semble plus que sympathique. En rentrant à l’hôtel deux de nous prennent leur douche le soir même, deux autres le lendemain. Le ballon d’eau chaude n’est pas assez grand pour que nous nous l’avions tous d’affilé, c’est encore un des charmes des pays moins bien lotis qu’en Europe et un petit luxe que nous ne mesurons pas toujours à sa juste valeur une fois acquis.

Au petit déjeuner notre hôte nous a préparés un bon café mais surtout de délicieux petites boules creuses de pates qui gonflent dans l’huile. C’est une sorte de croustillons mais creux et bien plus léger. Soupoudré de sucre en poudre c’est un délice.

Donald, Robert et moi irons filmés l’interview tandis que Thibault a besoin d’un petit peu plus de temps pour se lever et s’occupera d’avancer dans l’édition des vidéos et photos.

Les bureaux de l’association sont à côté du B&B et nous tournerons dans le bureau de Maria.

J’ai préparé quelques questions, l’objectif étant d’apprendre plus sur le fonctionnement de son refuge mais aussi d’avoir des informations venant du terrain du parcours des filles qui émergent sur les trottoirs d’Europe. Notre objectif étant d’informer notre audience des conditions de vie des victimes du trafic d’êtres humains, ici de la prostitution.

Une fois l’interview terminée et il nous faut nous dépêcher, le ciel devient menaçant et nous devons prendre la route. Arrivés au B&B nous apprenons à la radio qu’il y a des inondations à Tirana, c’est le déluge et certaines routes sont fermées. Qu’à cela ne tienne, il faut que nous avancions vers le Monténégro et la météo annonce des accalmies pour l’après-midi, soit le temps que nous y arrivions.

On remballe le matériel et nous mettons en route avec nos affaires de pluie sous la main. Il n’y a pas beaucoup de problèmes car nous sommes encore sur les hauteurs mais Tirana est dans la vallée, c’est là que les choses se corsent. Traverser Tirana ne fut pas aisé, il y a de nombreux travaux et la route indiquée par le GPS n’est plus la bonne, il faut contourner la ville par les petites rues ce que nous arrivons à faire après 45 minutes à se perdre dans des petites rues. Il y a déjà du trafic, certaines grandes artères sont fermées dans la ville et nous devons prendre les voies périphériques pour rejoindre l’autoroute qui mène au Monténégro.

Il y a de longues files qui restent statiques ou avance de façon sporadique. Certaines parties de la route sont sous eau complètement et nous prenons un malin plaisir à remonter les files soit sur les trottoir, soit entre les voitures en créant de larges sillons dans l’eau qui recouvre la route et ses nids de poules, surprises à la clé donc.

Une fois sortis de Tirana cela se dégage et nous roulons normalement, on profite d’un arrêt à une pompe à essence pour manger dans le restaurant attenant. Difficile de se faire comprendre avec le serveur mais Thibault nous sauve car ils parlent tous les deux italiens. Nous commandons des pizzas le temps que nos affaires sèchent. Le temps avance et il faut idéalement arriver au Monténégro le soir même pour rester dans notre horaire, on se remet donc en route pour rejoindre la grande autoroute qui était bloquée. Dans la bretelle d’accès les voitures sont complétement à l’arrêt, nous arrivons à nous faufiler malgré le chaos ambiant et une fois sur l’autoroute la file de voiture est à l’arrêt aussi loin que le regard porte. Nous avançons au milieu de la route dans un paysage désolé, les maisons inondées bordant la route, seules quelques-unes bâties sur un monticule ne sont pas concernées.

Nous arrivons après de nombreux kilomètres de voitures à l’arrêt à l’endroit où ça coince. Une rivière est sortie de son lit et passe littéralement au-dessus de la route, inondant tout sur prêt d’un kilomètre avec une profondeur de plus de 30 cm au centre, où le courant est le plus fort. Nous tentons témérairement de passer avec nos motos mais les quelques voitures qui se sont aventurées dans le sens contraire nous klaxonnent et nous font de grands signes de ne pas passer, ils montrent plus d’un mètre d’eau avec leurs bras, nous ne passerons pas selon eux.

Dès lors on se gare dans le parking a moitié sous eau d’un hôtel à proximité, pour discuter d’un nouveau plan. Bien entendu nous filmons la scène, presque surréaliste. Certaines voitures arrivent à passer mais d’autres restent bloquer au milieu du cours d’eau et doivent se faire remorquer par les camions qui passent. Nous tentons de trouver un camion pour passer à gué mais aucun n’a de place pour nous. Il faut trouver une autre solution. Je vais donc traverser à pied pour sonder le passage. Avec les bottes Sidi étanches et le pantalon de pluie Columbia étanche lui aussi au-dessus des bottes, le tout bien serré, il n’y a pas d’eau qui rentre. Je marche entre les voitures qui roulent au pas alors qu’elles traversent. Le courant est fort par certains endroits mais la profondeur reste toujours raisonnable. Il faut faire attention de ne pas glisser, car si je tombe le courant m’emporte dans la rivière qui passe au-dessous (et au-dessus !) et ce sera une bête façon de terminer le trip. Arriver de l’autre côté il y a une petite bande de badauds qui est étonnée de voir quelque traverser à pied, mais surtout de retourner à pied dans le torrent pour aller récupérer sa moto.

Je fais mon rapport aux trois autres et on se décide de se mettre en route. Il faut garder les gaz en permanence pour éviter que de l’eau ne rentre dans le pot d’échappement, je suis le premier et on avance lentement mais surement à travers du courant, les pieds de part et d’autre de la moto pour la stabiliser, les caisses en aluminium sur le côté se prenant dans le courant.

Pour finir nous passons sans trop d’encombre et nous pouvons continuer, exultant notre joie, vers le Monténégro. Nous avons perdu du temps avec la rivière et il commence à faire noir, on ne sait pas encore très bien de quel côté de la frontière nous dormirons. Voilà qu’il faut tout noir et que nous continuons à rouler, chacun à son rythme. Mais bientôt je me retrouve seul devant et décide de faire demi-tour. Je retrouve les autres arrêtés sur le bas-côté, il fait déjà noir. La moto de Robert s’est arrêtée et il l’examine pour identifier la source du problème. Cela fait maintenant 6 mois qu’il l’utilise dans son trip et ce n’est pas la première fois que ce problème arrive. Après quelques manipulations et petits coups de marteau bien placés la moto redémarre, nous sommes sauvés. On continue sur la longue route droite pour arriver à Shkoder, la dernière grande ville avant la frontière. Bien qu’il fasse noir il n’est pas très tard, nous décidons de continuer et de dormir dans un autre pays ce soir. La route jusqu’au poste frontière est beaucoup plus petite et serpente le long de la petite colline. Nous arrivons au poste frontière qui n’est qu’une simple formalité, il n’y a même pas de No Man’s Land, c’est dire.

Nous voilà à présent au Monténégro, il nous faut trouver un endroit où dormir. Il n’y pas d’hôtels sur la route et nous demandons à quelques maisons s’il y a un endroit où loger, nous ne sommes pas reçus avec un enthousiasme débordant. Nous continuons donc jusqu’au premier village, Vladimir, où nous nous garons sur le petit parking en face du petit supermarché et du café du coin pour soit trouver un petit hôtel, soit un endroit où planter la tente. Je m’occupe de faire les courses pour les jours suivant, quelques sardines, pâtes à tartiner et pain pour les déjeuners. Il y a des chambres à louer mais à 20 euros par personne cela nous semble hors de prix.

Les autres ont trouvé une petite maison en construction et à l’air abandonné tout près, c’est là que nous passerons la nuit, sous tentes au rez-de-chaussée de la maison ouverte aux quatre vents. Il faudra nettoyer les nombreux clous et déchets qui se trouvent au sol pour faire un espace pour nos tentes. Il y a un petit restaurant à côté où nous allons diner, ils servent des hamburgers qui feront parfaitement l’affaire. On discute un petit peu du voyage et du ressentis qu’on en a, tentant parfois de mieux comprendre le comportement de l’un l’autre dans les différentes situations que nous avons connues.

Finalement il est tard et nous allons nous coucher, demain il faudrait idéalement être à Dubrovnik. Les élections américaines commencent au moment où nous allons nous coucher, nous aurons les résultats demain matin.

Le réveil est matinal et machinalement nous commençons à ranger les tentes, les élections nous semblent bien loin. Finalement c’est Thibault qui annonce que D. Trump les a remportées, nous sommes un petit éberlués et pensons à tous nos amis d’Asie Centrale que nous avons rencontrés. Si plus d’américains avaient fait le même voyage que nous peut être que le résultat aurait été différent.

Le Monténégro est un petit pays et nous nous dirigeons vers la côte que nous ne quitterons plus jusqu’à la Slovénie. Bientôt nous apercevons la mer Adriatique, superbe dans ses couleurs bleu azur et avec les ombres des nuages pour donner encore plus de relief. Voilà que nous longeons la côte jusqu’à Kotor, une petite ville qui se trouve dans une baie abritée par de hautes montagnes. Nous passons par le tunnel creusé sous la montagne pour ne pas fatiguer inutilement nos mécaniques. La baie est splendide, la vieille ville de Kotor est classée au patrimoine de l’UNESCO et nous déjeunons devant les remparts de la ville en utilisant un banc public comme table. Quelques sardines sur du pain frais fait notre bonheur et nous visitions rapidement la ville avant de faire le tour de la baie. Un large paquebot est à quai et de nombreux cars de touristes débarquent, nous arrivons bien en Europe.

En chemin il y a de nouveau un souci avec la moto de Robert, son câble d’accélérateur a lâché et il faut le remplacer. Heureusement il en a un de rechange et si l’opération est aisée, elle prend du temps. Nous voilà repartis une heure plus tard et longeons la baie. Quel que soit l’angle sous lequel nous observons celle-ci elle est à chaque fois magnifique. Nous arrivons en début de soirée au poste frontière croate. Donald reçoit un avertissement sur ses phares qui ne fonctionnent pas, nous expliquons aux douaniers qui c’est tout récent et que nous allons chercher un garagiste à Dubrovnik pour effectuer les réparations nécessaires. Nous pouvons continuer sans plus de problèmes. La nuit tombe doucement et la pénombre s’installe, accentuant le problème des phares. Quelques voitures nous dépassent et nous font signe pour les phares. Nous sommes au courant, oui.

La route qui mène à Dubrovnik monte le long de la cote et surplombe la ville qui s’offre en spectacle brillant de mille feux. D’autres feux sont derrière nous, une voiture de police active son gyrophare et nous fait signe de nous arrêter sur le côté. Nous venons d’Asie Centrale et notre conduite n’est plus très adaptée à l’Europe, je ne sais pas pourquoi ils nous arrêtent mais ils ont surement une bonne raison.

Il s’agit en fait de nos phares qui ne fonctionnent pas, ça ne fait pas très propre et ils auraient reçu des appels pour les prévenir du danger que nous représentons. Ils ont raison, ils sont jeunes et on commence à discuter. On reconnaît nos torts et expliquons tout notre périple et pourquoi nos phares ne fonctionnent pas, accentuant un petit peu le côté tragique. Ils comprennent et décide de ne pas nous donner d’amende et de nous escorter jusqu’à Dubrovnik où les routes sont suffisamment éclairées pour que nous ne soyons plus en danger. On l’a encore une fois échappée belle et nous arrivons sous bonne escorte jusqu’à Dubrovnik, il reste à présent à rejoindre notre hôte CouchSurfing que j’ai trouvé la veille. Il s’agit d’un garage mis à disposition mais comme nous sommes quatre et que la ville est une destination touristique prisée, c’est notre seule solution. En utilisant le WiFi d’un bar j’arrive à obtenir la réponse de notre hôte qui nous donne rendez-vous chez lui, un petit peu à l’écart du centre historique. Nous passons avec les motos le long des remparts de la veille ville, faisant résonner nos échappements le long des murs centenaires.

Bientôt nous arrivons chez Basti qui nous attendait. Il nous invite dans le garage, couvert et sec. Il possède une petite cour où nous pouvons ranger les motos et les réparer demain.

Le garage est plus qu’il ne nous faut et nous allons acheter de quoi diner dans la petite superette du coin qui reste ouverte tard. Nous mangeons autour d’une petite table dans le garage et continuons la soirée autour de deux grandes bouteilles de bières en plastique, qui n’est pas vraiment bonne mais c’est l’esprit qui compte. On ne fait pas grand-chose ce soir-là, la journée a été longue et demain il faudra s’attaquer à quelques réparations.

Il est encore tôt mais il faut s’atteler à refaire fonctionner l’électricité sur nos motos. La moto de Donald est celle sur laquelle il y a le plus de travail, plus aucun feu ne fonctionne et sa roue ne tourne pas très droit non plus, il faudra tenter de remédier à cela. Celle de Thibault a quelques soucis électriques également, pour la mienne, c’est le phare arrière qui ne s’allume plus et bien évidemment de nombreux petits points à régler. Le plan est de réparer les motos dans la matinée et de visiter Dubrovnik dans l’après-midi.

Donald et Thibault s’attellent à sortir tout leur faisceau électrique du garde boue arrière, car à chaque bosse la roue touche et en frottant contre le câblage crée des courts circuits. Mon ampoule arrière était simplement cassée, une nouvelle mise dessus et c’est reparti. En début d’après-midi la plupart des travaux sont finis, il est presque temps d’aller visiter la vieille ville. Comme on m’a dit que j’étais parfois un petit peu trop solo durant le voyage j’attends que Donald ait fini de réparer sa moto et que Thibault ait fini de minutieusement nettoyer son moteur. Pour finir je perds un petit peu patience et propose mon aide de façon un petit peu trop insistante, visiter la ville n’intéresse pas tellement les autres en fait. La meilleure solution est donc de se séparer, je vais visiter Dubrovnik pendant que les autres vaquent à leurs occupations.

Visiter la Croatie hors saison a de nombreux avantages, si le temps est maussade et les averses intermittentes, les rues habituellement grouillantes de touristes sont vides, la ville est calme et c’est un véritable plaisir de se promener, seul, dans le dédale des rues. Une petite averse m’oblige à me réfugier sous la tante d’un café de la grande rue où je prends un café à 3.5 euros, c’est presque du vol ! Mais quel plaisir d’avoir un bon café sous la pluie. Je reçois un message des autres qui vont venir me rejoindre, je les attends encore un peu. Jusqu’à ce que le soleil ne se couche, je ne veux pas rater la vue au coucher du soleil et remonte donc sur les hauteurs de Dubrovnik pour essayer d’immortaliser ce moment.

Le coucher de soleil sur les remparts est incroyable et la nuit est à présent tomber, je reste encore quelques heures seul avant de rentrer au garage, sans nouvel des autres je me disais bien qu’ils y étaient restés. Les motos sont prêtes, on peut partir demain matin pour Split, j’ai trouvé un autre CouchSurfing pour nous accueillir.

Un peu plus de 200 kilomètres le long de côte, ça devrait être une belle journée. Le temps n’est pas au beau fixe mais on débute la journée au sec. Longer la côte est toujours aussi beau, quelques dénivelés négatifs ou positifs donnent du relief à la route qui est en excellent état. Lorsque la pluie commence à tomber nous nous arrêtons pour une petite pause dans un café aux allures de caverne, la roche faite de papier mâché est d’un gout assez particulier. Le tout est très sombre mais au moins nous somme au chaud et au sec. Après 20 minutes la pluie se calme et nous pouvons continuer, non sans emporter quelques mandarines, produit de la région. Et quel produit de la région, quelques kilomètres plus loin nous contournons une gigantesque vallée aux champs rigoureusement délimités par des murets de pierre que les agriculteurs ont patiemment extrait de la terre pour pouvoir cultiver leurs arbres sur une terre devenue arable. Les terrains sont ainsi délimités de façon géométrique.

Nous arrivons à la frontière de la Bosnie, 9 kilomètres d’accès à la mer qui coupent la Croatie en deux. Thibault, Donald et Robert passent chez le douanier dans la cabine de droite sans encombre, je passe chez celui de gauche qui est plus méticuleux et me demande mon assurance. Celle acheté en Grèce n’est pas valide pour les 9 kms qui nous séparent de l’autre côté de la Croatie et il me dit qu’il faut aller en acheter une à la frontière avec le Monténégro, soit presque une journée complète de moto aller/retour. Je proteste un petit peu, m’insurge mais le douanier n’a pas l’air de vouloir m’aider. Je fais signe que je vais en parler à mes coéquipiers qui attendent sur le côté. On attend un petit peu jusqu’à ce que le douanier me rappelle et me dise que c’est bon, on peut y aller. Même après des dizaines de postes de douane, leur logique m’échappera toujours si ce n’est qu’il ne faut jamais s’énerver et leur montrer qu’on a plus de temps qu’eux.

Je m’exécute sans demander mon reste, avant qu’il ne prévienne des collègues qui iraient me contrôler sans assurance en Serbie… Il faut traverser le petit village de Neum où il y a quelques policiers qui sont stationnés mais heureusement aucun d’eux ne nous interpellent, Donald et moi qui sommes partis avant Thibault et Robert. Nous arrivons bien vite à la frontière avec la Croatie que l’on s’empresse de franchir en attendant les deux autres. Nous voilà hors d’atteinte, mais Robert et Thibault mettent un certain temps à arriver.

Cela fait 15 minutes que nous attendons à la frontière et aucune nouvelle, nous arrêtons les voitures qui passent pour avoir des informations, on nous explique qu’ils sont en train de discuter avec la police. Au moins pas d’accidents, mais continuons à attendre. Cela fait plus de 30 minutes, il est temps d’aller voir. Pour éviter d’avoir des problèmes avec ma moto je me décide d’y aller à pied, Donald surveillera les motos. C’est alors qu’on les voit arriver au loin. Ils passent la frontière sans encombre et s’étaient fait arrêter pour avoir passé une ligne blanche. La police voulait leur donner une amende, ils ont discuté longuement et finalement donné l’adresse indiquée sur nos papiers indiens, autrement dit, peu de chance de voir l’amende arrivée un de ces jours.

Le reste de la route jusqu’à Split se passe sans encombre, nous nous perdons un petit peu une fois arrivés à Split pour trouver l’hostel où nous avons fait livrer nos affaires Columbia pour l’hiver. Nous avions jusqu’ici des affaires toutes saisons qui remplissaient très bien leur rôle mais on est mi-novembre et le temps devient de plus en plus froid et Columbia nous a proposé de nous envoyer un colis remplis d’affaires pour l’hiver. Nous nous perdons dans un petit marché où la circulation est normalement interdite avant de trouver la sortie et par la même occasion l’hostel. Il y a quatre grosses caisses de carton qui nous attendent, remplies de vêtements neufs, chaud et sans odeurs, un vrai plaisir après quatre mois sur la route ! On remercie l’aubergiste et allons attendre notre hôte CouchSurfing dans un petit café derrière le coin, on arrive à poser nos mots et attendons en prenant notre déjeuner et quelques bières.

Jure notre hôte vient nous chercher après son travail en fin d’après-midi, il roule sur une jolie moto custom, lui aussi est fan de moto, c’est sans doute pour ça qu’il nous invite chez lui à nous quatre. On le suit quelques minutes jusqu’à arriver au pied de son immeuble où de nouveau, on décharge toutes nos affaires pour les monter dans l’ascenseur jusqu’au 8ème étage. Sa femme nous accueille avec son jeune fils de 3 ans. Nous dormirons dans la chambre de celui-ci et moi dans la cuisine, car il n’y a pas beaucoup de place. Thibault a de nouveau un problème sur sa moto, le frein à pied ne fonctionne plus car il est tellement abimé que l’acier s’est plié. Jure emmène Thibault chez son garagiste qui restera ouvert spécialement pour lui. Pendant ce temps nous discutons avec Maja, la femme de Jure, qui nous raconte quelques histoires sur la Croatie, Split ainsi que la situation actuelle du pays. Nous racontons bien évidemment quelques-unes de nos aventures. Thibault et Jure rentrent après plus d’une heure, le garagiste a fait un travail d’orfèvre pour réparer le frein qui fonctionne parfaitement à présent. Nos hôtes ont un diner prévu le soir même et nous laisse l’appartement avec les clés, on se reverra au petit déjeuner. Nous allons diner à une petite aubette qu’ils nous recommandent un petit peu plus loin, des sortes de boulettes allongées de viandes qui sont effectivement très bonnes.

Le lendemain je me réveille dans la cuisine sur mon matelas avec Maja qui tente de faire le moins de bruit possible pour ne pas me réveiller. Peine perdue, après quatre mois en pleine nature, le sommeil n’est pas si profond car il faut être continuellement alerte. J’en profite pour me lever et partager le petit déjeuner avec Maja et Jure en attendant que les autres se réveillent. Le plan de la matinée est d’aller visiter la vieille ville de Split avec nos hôtes et des amis à eux avant de reprendre la route pour Rijeka. Je vais réveiller mes coéquipiers et nous partons pour la visite. Jure travaille dans le tourisme, il connaît donc par cœur la vieille ville et nous avons droit à une visite guidée de grande qualité. Split est une vieille ville qui fut occupée par de nombreuses puissances, dont Napoléon qui dira « Split me ruinera » car un de ses généraux y était établit et demandait continuellement de l’argent pour améliorer l’aspect de la ville qui avait une valeur bien plus esthétique que stratégique. Nous terminons par un café sur une des grandes places de Split, c’est un véritable plaisir de siroter un bon café au soleil en agréable compagnie.

Nous rentrons en fin de matinée pour l’appartement, pendant que les autres font leurs valises je vais acheter des vivres à la superette du coin, encore principalement des sardines et quelques charcuteries, avant de tout redescendre, faire nos adieux et prendre la route pour le nord. Nous espérons arriver au nord de Zadar, que nous allons éviter, pour arriver en Italie le surlendemain. Le début de la route se passe bien mais le moteur de Thibault recommence à faire des siennes depuis quelques jours, il reste moins d’une semaine pour arriver à Bruxelles, espérons qu’il tienne jusque-là. Nous rejoindrons l’autoroute d’ici une centaine de kilomètres, d’une part pour éviter les péages, d’autre part parce que nous ne roulons pas suffisamment vite. Nous quittons petit à petit la route qui longe la côte et rentrons dans les terres, il y a de larges plaines et de grandes montagnes au loin qui scellent l’horizon. La nuit commence à tomber et nos espoirs d’arriver à notre objectif également, le moteur de Thibault recommence à faire un bruit métallique. Nous arrivons tout de même jusqu’à l’autoroute mais nous arrêtons à la première station essence pour faire le point. La moto de Thibault ne redémarrera plus. Les bruits du moteur sont à nouveau aussi métalliques qu’en Iran, nous allons devoir trouver une solution pour arriver à la prochaine grande ville. Nous étions parés à cet éventualité et Teddy, un ami de Thibault viendra chercher sa moto avec une remorque à Rijeka, la ville la plus au nord de la côte croate. Il faut encore arriver à amener la moto jusque-là bas.

Nous tenterons pendant une bonne partie de la soirée d’arrêter tous les camions qui passent sur l’aire d’autoroute pour tenter d’y mettre la moto de Thibault, afin d’avancer un peu plus vers le nord. Nous n’aurons pas de succès et le vent se lève, il vient des montagnes à l’est, il est glacial. Bien que la station reste ouverte toute la nuit il n’est pas possible de dormir dedans, nous installons nos tentes dans l’air de jeux de la station qui se trouve à l’abris du vent grâce au bâtiment. Nous arrivons tout juste à caser nos trois tentes et passerons la nuit dans le froid, tenu éveillé par le bruit des drapeaux qui claquent au vent.

Le lendemain je suis tiré du sommeil par quelques croates qui passent à côté de notre tente en rigolant et disant : « Some more refugees ?! ». Le même spectacle recommence dans la matinée, nous continuons à chercher un véhicule qui puisse amener Thibault et sa moto jusqu’à Rijeka. Finalement, en fin de matinée nous nous résignons à abandonner l’idée de trouver un camion après que de nombreux se soient arrêtés mais qu’aucun ne puisse nous prendre, ou s’en aillent après qu’ils aient été plus ou moins d’accord comme ça nous était déjà arrivé en Iran.

Robert propose d’attacher la moto de Thibault a la sienne, comme lui-même avait été tracté sur le Pamir Highway lorsqu’il a eu son crash. Cela fonctionne et nous arrivons une trentaine de kilomètres plus loin à la sortie de l’autoroute. Là, nous étudions nos possibilités et nous décidons de retourner sur la grande route, cette fois ci pour arrêter les voitures de façon plus agressive. Nous faisons de grands signes sur le bord de la route et une camionnette s’arrête, elle est vide et accepte de prendre Thibault et sa moto. Génial. Après plus de 10h à essayer à la station essence et voilà que de premiers coups on a de la chance. Le temps que nous embarquions tous les bagages de Thibault et sa moto dans la camionnette une patrouille de maintenance arrive et observe ce qui se passe. Une fois que Thibault part avec la camionnette nous voulons faire demi-tour pour ressortir par l’entrée d’autoroute qui est à 50 mètres derrière nous mais la patrouille nous en empêche. On ne peut pas faire marche arrière et la prochaine sortie est à 50 kilomètres, cela veut dire que nous devrons rater la route qui longe la côte pour prendre la grande route qui se trouve dans l’arrière-pays, bien moins agréable.

Il nous faudra une bonne dizaine de minutes pour convaincre la patrouille de bien vouloir fermer les yeux sur petite marche arrière de 50 mètres. Nous voilà sortis de l’autoroute, de retour sur la petite route qui longe l’Adriatique.

Nous n’avons toujours pas mangé et le premier objectif est de trouver une supérette pour acheter un morceau de pain et de quoi le garnir. C’est une route moins fréquentée, il y a de nombreux restaurants destinés aux touristes mais aucun d’eux n’est ouvert, ce n’est plus la saison. Finalement après une dizaine de kilomètres nous trouvons un magasin d’ouvert. On se fait plaisir avec un petit peu de fromage, du jambon et un pain frais, nous mangerons autour de nos motos sous un arbre juste à la sortie du magasin. A la pompe à essence de l’autre côté de la route une moto fait le plein.  De nombreux bagages y sont accrochés et je vais à la rencontre du motard, pensant que lui aussi est peut-être un grand voyageur qui revient de quelques régions d’Asie vers l’Europe. Il n’en est rien, il s’agit d’un croate qui va à sa maison de vacance quelques part plus au nord sur l’une des nombreuses iles ou presqu’ile qui compose la côte dalmate. On se salue et je retourne terminer le déjeuner.

Nous entamons à présent notre dernier tronçons de côte et c’est sans doute le plus beau. La route est déserte et longe la mer, les nombreuses courbes épousant le relief, fort accidenté. Il fait bon et à chaque virage nous tentons de nous pencher un petit peu plus, jusqu’à ce que nos caisses de côté ne heurtent le bitume, nous rappelant à la règle. Pendant une heure nous roulons dans ce paysage magnifique jusqu’à ce nous voyons dans un tournant au loin notre ami motard de tout à l’heure qui nous fait de grands signes pour nous arrêter. Il s’agit d’Igor qui nous propose de faire une petite pause ensemble, il a dans ses bagages quelques bières, sodas et joint qu’il propose de partager tous ensemble face à la mer, sur un petit rocher qu’il connaît bien.

Nous restons une vingtaine de minutes à discuter et partager ce moment. Igor est un touche-à-tout, il travaille dans l’industrie du tourisme et est tour à tour parachutiste, skipper, plongeur… mais surtout un grand épicurien qui sait prendre le temps d’apprécier les bonnes choses.

Nous continuons cette fois ci la route ensemble, à quatre, Igor est impressionné par nos aventures et voudrait partager un moment de route avec nous. Il roule tantôt en tête, tantôt il ferme la marche ou alors remonte nos motos une main sur le guidon, une main sur son téléphone en train de faire un live sur Facebook. La route est toujours aussi belle, le soleil commence doucement à se coucher et nous profitons du coucher du soleil pour clore cette magnifique après-midi au bord de l’eau. Bientôt Igor nous laisse avancer à notre rythme et continue de son côté, bien plus vite que notre rythme flirtant avec les 60km/h.

Il fait noir et nous arrivons à Senj, une petite ville à 60 kilomètres de Rijeka. Maintenant que le soleil est tombé il fait plus frais et nous rentrons dans le café d’une petite station-service pour nous réchauffer mais également pour prendre des nouvelles de Thibault. Il se trouve à présent sur une station-service sur la grande route qui mène vers Zagreb, ceux qui l’emmenaient n’allaient pas vers Rijeka et l’ont déposé à la dernière station-service avant que la route ne se scinde, l’une allant vers l’est et Zagreb, l’autre à l’ouest et Rijeka. Cela fait quelques heures qu’il tente de trouver un lift dans le froid, sans succès. De notre côté à Senj nous étudions les différentes possibilités, soit rejoindre Thibault et le tracter avec la moto de Robert jusqu’à Rijeka mais cela inclus de passer deux fois la chaine de montagnes qui longe la cote, rajouter 100 kilomètres de détour alors qu’il est déjà passé 20h et que nous pouvons potentiellement abimer nos moteurs et ne pas terminer la route non plus, laissant encore plus de motos à ramener en voiture jusqu’à Bruxelles. L’autre solution est de continuer le long de la côte jusqu’à Rijeka et de trouver là-bas un transport le lendemain pour aller chercher Thibault.  Devant les messages de Thibault qui perd espoir Donald décide d’aller à se rencontre, quitte à passer la nuit là-bas ensemble dans le froid et trouver une solution sur place. J’envoie le message à Thibault que nous venons le chercher, on range nos téléphones, nous apprêtons à affronter le froid de l’autre côté de la montagne, allons faire le pleins et nous mettons en route, décidés.

Il fait nuit noir et Donald a toujours les mêmes problèmes de phare, il faut rouler en formation serrées dans la vallée que nous empruntons. Bientôt le dénivelé augmente et nous nous dirigeons vers la passe, les virages sont serrés et l’inclinaison augmente. A chaque reprise j’ai l’impression que ma moto donne ses dernières forces, les bruits suspects du moteur sonnant comme des râles. Lentement mais surement nous arrivons au sommet et à présent nous dévalons la pente de l’autre côté de la montagne et la fraicheur se fait de plus en plus sentir. Les premières plaques de neige apparaissent et alors que nous montons sur l’autoroute, le décor devient blanc et la température chute. Il y a 50 kilomètres d’autoroute pour arriver jusqu’à la pompe à essence où se trouve Thibault et chaque minute passée est un véritable calvaire. Les panneaux au-dessus de l’autoroute indiquent des températures négatives, le vent accentue encore cette impression et les averses de neige occasionnelles sont les touches les plus cruelles à notre supplice. Chaque tunnel sur notre route nous permettra de gagner un petit peu de répits et de nous réchauffer en attendant de retourner à l’air libre. Si Donald et moi avons nos vêtements Columbia qui nous sont d’un certain secours, Robert n’était pas équipé pour le froid et il grelote sur sa moto, il devra s’arrêter à plusieurs reprises sur le bord de la route pour contrôler les spasmes qui menacent de le faire tomber.

Le verglas, la mauvaise visibilité et le froid nous empêchent d’aller vite et c’est passé minuit que nous arrivons, transis de froid, à la station-service où se trouve Thibault. Notre premier réflexe est de rentrent pour nous réchauffer à l’intérieur, ensuite nous faisons rapidement le tour de la station, allant voir jusqu’à la sortie pour tenter de trouver Thibault. Aucun signe de lui ni de sa moto, c’est inquiétant car il s’agit de la bonne station. Une fois que mes doigts ne sont plus engourdis par le froid je parviens à prendre mon téléphone et le manipuler, avec énormément de difficulté, pour lire le message de Thibault nous indiquant qu’il venait de trouver un camion acceptant de l’amener à Rijeka. C’était le dernier message que j’ai reçu encore à Senj, lorsque le téléphone était dans mon poche, juste avant d’enfourcher ma moto.

Thibault est déjà à Rijeka, dans une station-service et nous y attend, voilà ce qui rend ce détour bien inutile.

Nous sommes à présent dans la cafétéria de la station où petit à petit nous réchauffons nos différents membres. Les derniers kilomètres ont été atteints par la force de l’esprit, imposant notre volonté à nos doigts qui gelaient, nos bras qui tremblaient et nos jambes qui se raidissaient. Nous voilà en train de nous réchauffer mais il nous reste encore 100 kilomètres avant d’arriver à Rijeka, et encore un col à passer. C’est le moment de chercher les petites chaufferettes que nous avions prisent de chez Lecompte et pas encore utiliser, après tout ce temps, mais malheureusement elles ont été écrasées dans la caisse et ne sont plus utilisables. Nous resterons une heure à trouver le courage de remonter sur nos motos. Finalement il est temps et nous continuons à rouler. Il fait toujours aussi blanc autour de nous et la pleine lune se reflète dans la neige, apportant un petit peu de visibilité. Le vent est tombé et nous nous arrêtons à toutes les stations-services, la première à 40 kilomètres, la seconde trente plus loin et nous voilà déjà presque à Rijeka.

Le second col est plus impressionnant que le premier, tout d’abord il s’agit d’une belle et large autoroute, les chasse neiges sont passés et la route est dégagé, il y a des tas de plus d’un mètre de neige de part et d’autre. Il faut moins se concentrer pour rester sur la route. Ensuite, la pleine lune nous offre suffisamment de clarté pour voir les alentours, nous roulons dans une atmosphère presque surréelle avec les vallées alentours faiblement éclairées et les silhouettes des sapins enneigés de part et d’autre de la route. Nous nous concentrons sur n’importe quoi pour éviter de penser au froid qui à nouveau nous ronge. Les deux arrêts dans les pompes à essence nous ont à chaque fois permis de nous revigorer autour d’un thé ou d’un verre d’eau chaude pour faire les prochains kilomètres. Finalement après avoir passé le sommet nous redescendons un petit peu plus rapidement vers la côte, en passant par quelques ponts où le vent, aussi soudain que violent, manque de nous renverser. Finalement nous arrivons au dernier péage de l’autoroute et la température devient à nouveau supportable. Petit à petit nous descendons vers Rijeka et l’hostel où nous avons donné rendez-vous à Thibault.

Trouvé l’hostel ne fut pas sans difficulté, la ville est bâtie sur différents niveaux et des ponts et tunnels permettent de rejoindre les différentes hauteurs. Nous ratons une sortie ce qui nous oblige à refaire un grand tour avant d’arriver finalement à l’hostel. Thibault nous y attend, il a poussé sa moto jusque-là et n’est pas de bonne humeur. Nous sommes contents d’être enfin arrivés mais aurions appréciés d’éviter cet exercice. Il n’y a pas de parking, il faut vider toutes les motos pour monter toutes nos affaires dans la chambre que nous occupons. Il s’agit d’une grande auberge dont nous sommes les seuls occupants, on est vraiment hors saison.

Il est 2h30 et la réceptionniste a un caractère haut en couleur, elle est sortie du coma il y a quelques mois et est complètement délurée, rigoler de bon cœur c’est peut-être ce qu’il nous faut après cette journée épuisante.

C’était notre dernière journée à rouler tous ensemble et elle fut haute en couleur et en contraste, entre la côte où il faisait presque chaud et les températures négatives dans la vallée. Demain Donald et mois continuerons vers la Slovénie et l’Italie tandis que Thibault attendra Teddy qui est sensé partir demain matin de Bruxelles et arriver tard dans la nuit. Robert quant à lui prendra la direction de l’Allemagne pour rentrer chez lui après plus de six mois de voyage. Nous nous étions promis de célébrer notre séparation, on se met alors en quête d’un magasin de nuit pour acheter une bouteille d’alcool et quelque chose à manger. Nous trouvons finalement une sorte de breuvage locale peut entrainement et quelques biscuits à grignoter. Nous rentrons dans la chambre pour faire quelques shots mais bien vite je me mets au lit, la journée fut suffisamment fatigante et m’endors-en quelques secondes.

Réveil matinal pour moi, aujourd’hui il faut prendre la grande décision de se séparer, laisser derrière les bagages les moins utiles et continuer avec le strict minimum jusqu’en Suisse là où Teddy et Thibault devraient nous rattraper en voiture. Il y a aussi le petit déjeuner inclus jusqu’à 9h30 que je n’ai pas envie de rater, les autres ont continué à boire jusqu’à un peu plus tard et dorment à point fermés.

Le petit déjeuner n’est pas fameux mais il y a du café et du WiFi, c’est tout ce que je demande à cet instant-là. Comme presque tous les matins j’observe la route que nous allons emprunter aujourd’hui ainsi que l’objectif de la journée, quelque part autour de Trévise, soit à 230 kilomètres d’ici. Une fois que tout le monde est réveillé il est temps de trier les affaires et se dire au revoir. Donald et moi partons en fin de matinée.

Après tant de temps à rouler à trois, puis à quatre et finalement à deux nous ressentons un étrange sentiment. Les motos sont légères car la plupart des affaires sont restées à Rijeka, nous attaquons paisiblement la longue ascension qui mène vers la frontière Slovène. Le décor n’a plus rien à voir avec le désert blanc de la veille, nous sommes de nouveau en plein automne. Bientôt nous arrivons sur la petite route qui nous permettra de traverser la Slovénie sur une trentaine de kilomètres avant d’arriver à Trieste, en Italie. Nous approchons du poste de douane qui est vide à notre grand étonnement et c’est sans nous arrêter que nous pénétrons tous les deux en Slovénie.

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