Caspian Sea EN FR Kazakhstan Part. II

Kazakhstan Part. 2 & la mer Caspienne

09/05/2017

Il est passé minuit lorsque nous quittons l’Ouzbékistan. Quelques camions attendent dans le No Man’s Land que le jour se lève pour les contrôles douaniers. Nous passons entre les camions étroitement garés, quelques effluves donnent une atmosphère dingue à la scène, éclairée par de grands spots à la lumière trop blanche.

Nous arrivons au poste de douanes où l’on nous tamponne négligemment les passeports et nous voilà de nouveau au Kazakhstan, au sud-ouest à présent. Nous n’avons toujours pas mangé et la faim se fait sentir maintenant que le stress de la douane ouzbek est passé. Quelques maisons se trouvent proche du poste de douane, à quelques centaines de mètres. Nous trouvons à l’intérieur quelques hommes affalés “à table”, c’est à dire à même le sol, chantant et buvant de la vodka. Il s’agit d’une sorte de repère de routier et il reste une chambre de libre. Il fait terriblement froid dehors, heureusement que nous ne dormons pas sous tente.

Nos hôtes pour la nuit

Après avoir rangé les motos dans la petite cour à l’après du vent qui souffle fort, nous voilà invité à table, à boire de la vodka et déguster quelques cuisses de poulet. Cette invitation est plus que bienvenue et nous passerons une heure à discuter avec eux, dont un photographe de mariage qui nous montre sa technique fort particulière pour stabiliser une caméra…

Il se fait tard et nous prenons congé de notre hôte pour aller dormir dans une petite pièce de 6m² où nous rentrons à peine tous les trois avec les bagages.

Le lendemain nous négocions un petit déjeuner à base d’œuf chez notre hôte et répondons à ses très nombreuses questions. Il est excessivement bavard et nous devons prendre congé sinon nous y passerons toute la journée. En rangeant mon sac je casse mes écouteurs, plus de musique pendant que l’on roule. C’est une catastrophe, les plaines kazakhs sont immenses et monotone, voilà qui promet de longues heures sur la moto…

La première centaine de kilomètres est très similaire aux paysages ouzbeks, les routes sont par contre en meilleur état. Nous croisons encore des dizaines de chameaux et très peu d’humains. En début d’après-midi nous apercevons enfin la petite ville de Beyneu, située à la croisée du chemin qui mène à la mer Caspienne et de la route qui mène au nord, vers la Russie. La route était bonne jusqu’à maintenant mais les deux derniers kilomètres pour arriver dans la ville sont une véritable catastrophe, la route est dans un état lamentable, les ornières sont de véritables nids d’autruche. Les locaux passent par les dunes dans le bas-côté où des traces sont à suivre, dans le sable. Nous arrivons pour finir au centre de cette petite ville où nous Tentons de retirer d’abord de l’argent, acheter une carte Sim et de faire le plein. Notre routine est bien rodée. Par contre, la pratique n’est pas toujours aussi facile, les banques ne marchent pas, impossible d’expliquer aux locaux qu’on vues une carte Sim pour du Data et les pompes quant à elles, sont toujours là mais il faut du cash.

La piste laisse place à du macadam, mais la joie est de courte durée

Pour finir nous trouvons une banque qui accepte les cartes européennes (UnionPay, le système chinois, est lui accepté partout). Ensuite nous trouvons un restaurant à l’ombre où Donald peut se reposer. Ses genoux sont toujours douloureux et la matinée à moto fut un supplice. Nous mangeons quelques shashlicks, des brochettes Après 1h30 de pause nous reprenons la route pour Aktau, le principal port de la région. D’ici au port il n’y a plus de village, nous faisons les réserves nécessaires à la supérette du coin et entamons la longue ligne droite de 350 kms jusqu’au port. Il nous faudra entre deux et trois jours pour y arriver, dépendant des arrêts que l’on fait. La longue ligne droite commence et chacun roule à son rythme. Les motos ont des boîtes de vitesse différentes et sans doute que chacun a sa plage “de croisière” différentes. Ma moto a quatre vitesses, celles de Donald et Thibault cinq. Ils préfèrent croiser à 65kms, je suis plutôt aux alentours de 75. Pas de soucis, on s’attend à intervalle régulier pour récupérer le dernier. Nous avons les rails du train au loin pour celle témoin de présence humaine. Pour le reste, ce sont quelques chevaux sauvages et la route, en travaux à certains endroits. D’ailleurs, à la sortie d’une longue zone de travaux à la nombreuse ornière nous ne trouvons plus Donald, cela fait 30 minutes que Thibault et moi attendons et aucune nouvelle. Nous arrêtons les voitures qui passent pour savoir si Donald va bien et l’un d’eux nous dit qu’il est bloqué quelques kilomètres plus loin je m’y colle et vais le rechercher. Donald est resté bloqué douze kilomètres plus loin, le châssis a de nouveau plié et le voilà bloqué, le garde boue freinant la roue. Nous sommes rompus à l’exercice à présent et rapidement tout est maintenu à l’aide des sangles que nous avons. On peut continuer jusqu’à ce que le soleil se couche.

Toutes ces aventures nous ont fort ralenties et ce n’est même pas 70 kms que nous avons fait sur l’après midi. Nous ne roulerons pas de nuit cette fois et montons la tente un petit peu à l’écart de la route, caché par un monticule de terre, éclairés par les derniers rayons du soleil. Nous cuisinons des pâtes sur le réchaud et profitons du spectacle des étoiles avant d’aller nous coucher, bercer par le passage occasionnel d’un gros camion bruyant sur la route.

Il nous reste encore une longue distance à parcourir, le soleil nous tire tôt de notre sommeil et nous continuons la route, très droite qui me fait rêver d’avoir une BMW GS1200 pour arriver en fin de matinée à Aktau plutôt que tard dans la nuit ou demain matin. Les longues routes monotones ne sont pas mes préférées, au contraire de Donald qui se laisse porter par ses pensées et adorent ce genre de paysages. Il y a quelques canyons qui bordent la route, ainsi qu’une très belle descente à un moment qui mène d’un plateau à un autre. Les falaises sont abruptes et une route à été taillée entre elles pour adoucir la descente. Nous tenterons de filmer une scène dans ce décors magnifique mais le balai incessant des camions et la météo en décideront autrement.

Petit soucis une fois arrivés en bas, la moto de Thibault fuite de l’huile à un endroit fort curieux, au niveau du capuchon de la pompe à huile. Ce n’est pas normal mais heureusement nous avons de quoi remplacer le joint qui fuite. C’est l’affaire d’une bonne heure et nous voilà reparti pour voir si cela fonctionne. Quinze kilomètres plus loin voilà que cela coule de plus belle et un bruit singulier se fait entendre. C’est est trop et Thibault décide de ne plus rouler et de trouver un lift jusqu’à Aktau pour y faire réparer sa moto.

De nombreux camions passent sur la route, un toutes les dix minutes au moins, nous devrions sûrement en avoir un qui veut bien nous aider. Malheureusement ils sont tous pleins et ne s’arrêtent pas. Après 30 minutes Donald et moi décidons de retourner à l’air de repos où nous avons réparé la moto, peut-être qu’en parlant aux chauffeurs arrêtés nous seront plus convaincants. On laisse Thibault seul avec sa moto et pendant les deux heures qui suivent nous cherchons un camion qui peut nous aider. Nous avons heureusement quelqu’un pour nous aider, deux hommes attendant dans un 4×4 avec un pneu crevé qu’une dépanneuse vienne les aider. Ils nous aident à convaincre les chauffeurs qui sont pour la plupart très réticent, même avec un gros camion vide. On en profite pour discuter comme ils se débrouillent plutôt bien en anglais, ils nous invitent même à manger un restant de pâtes à la tomate qu’ils ont dans un sac, c’est plus que bienvenue. Nous visitons ensemble un petit mausolée païen ou animiste qui se trouve au bord de l’air de repos, où tous les musulmans qui passent vont se recueillir.

Finalement, une camionnette s’arrête et son chauffeur veux bien nous venir en aide, elle est vide et bâchée, idéal. Nous y mettons nos motos et rejoignons Thibault qui se languit de désespoir, cela fait 3 heures qu’il essaie lui aussi d’arrêter tous les camions.

Nous arrivons tant bien que mal à rassembler les trois motos dans la camionnette et Thibault s’installe entre elles, il n’y a pas suffisamment de place dans la cabine.

La nuit est déjà tombée mais nous sommes surs d’arriver à Aktau, il reste encore 200 kilomètres. Nous discutons sommairement avec notre chauffeur, on s’arrête dans une sorte de petit relais avec quelques bâtiments pour nous restaurer. Il faudra réveiller Thibault qui est arrivé à s’endormir sur les bagages, malgré les bosses.

Finalement nous arrivons vers 1 heure du matin à Aktau, dans une sorte de Club hôtel désert le long de la Caspienne. Ce n’est plus la saison, les touristes sont partis. Nous discutons âprement le prix de la chambre à la baisse, ainsi que le surplus que demande le chauffeur du camion, pour arriver à un tarif très raisonnable. Peu de discussions, nous sommes tous épuisés après avoir chargé et déchargé les motos du camion, on s’effondre rapidement.

Le lendemain il nous faut repérer les lieux et passer aux agences qui vendent des billets pour les ferries afin de savoir quand part le prochain. Nous avons entendu de nombreuses histoires sur Aktau et certains disent qu’il y a un ferry tous les quelques jours, d’autres une fois par mois. Nous ne savons pas combien de temps nous resterons bloqués. Après une grasse matinée méritée suite aux aventures de la veille, nous allons faire un tour en ville, qui est bien plus moderne que ce à quoi nous étions habitués depuis notre entrée en Ouzbékistan. Les routes ici n’ont pas de noms mais les îlots de bâtiment ont un numéro, c’est de cette façon que l’on s’y retrouve.

On va prendre un brunch dans un café de la ville, presque un Starbucks mais pas tout à fait. Il s’agit sans doute du meilleur réseau internet que nous avons eu depuis le Sheraton, on en profite pour envoyer quelques photos pendant que l’on mange un délicieux porridge. Je vais ensuite dans le bureau d’une agence pendant que Thibault et Donald restent au café. Nous sommes vendredi, l’agence ferme les week-ends et j’espère que nous ne pourrons rapidement prendre le bateau pour aller en Azerbaïdjan. Il s’agit de trouver un mécanicien pour réparer la moto de Thibault. Le trade off est assez simple, soit trouver un mécano ici, dans un pays où il n’y a pas beaucoup de moto mais où la main d’œuvre est peu chère ou bien en Azerbaïdjan, plus moderne mais alors plus cher. De toute façon ce seront les horaires du ferry qui décideront de notre sort.

Dans le bureau il y a trois employées qui sont occupées sur leur ordinateurs, l’une d’elle parte heureusement anglais mais ne connaît pas très bien les horaires du ferry, elle fera office d’interprète pour sa collègue. Nous avons de la chance, il y a un ferry qui part le soir même, le prochain est dans quelques jours, il faudra se décider rapidement. Je retourne faire part de cette bonne nouvelle à Thibault et Donald et nous décidons de prendre ce ferry-là. De retour au bureau pour faire les réservations j’entends de l’anglais à l’intérieur. Il s’agit de Robert, jeune allemand qui parle anglais avec un accent australien marqué qui prend également ses tickets pour le ferry de la soirée. Nous réservons nos tickets, pour les motos et nous-même et ensuite retournons à deux voir Thibault et Donald. Nous faisons connaissances et ensuite décidons de nous mettre rapidement en route vers l’hôtel pour préparer nos affaires, il faut tout ranger et voir si la moto de Thibault peut arriver jusqu’au ferry ou alors s’il faut trouver une autre solution jusque-là. Heureusement, ce n’est que deux kilomètres. Pendant que Thibault et Donald s’occupent des vidéos à l’appart je vais avec Robert au port pour enregistrer les motos sur le bateau.

Rien n’est facile en Asie Centrale et traverser la mer Caspienne signifie passer une frontière. C’est donc au milieu de routiers turcs et russes que nous remplissons les papiers nécessaires pour nos motos. Le processus n’est pas très fastidieux mais long. Voilà que tout est en ordre. Nous retournons à l’hôtel et décidons de nous y retrouver tous les 4 une heure plus tard pour aller tous ensemble vers le port. Robert va rassembler ses affaires tandis que je vais faire les courses, on ne sait pas très bien si nous aurons à manger sur le bateau. Thibault et Donald continuent à monter les vidéos pendant ce temps.L’heure du départ est arrivée, heureusement la moto de Thibault démarre et nous allons lentement vers le port. Il y a déjà une grande file de camions, dont un transportant un énorme char russe qui est très impressionnant. On ne sait pas très bien où il faut aller avec tous les papiers que nous avons reçus pour la traversée. On se déplace de bureaux en bureaux, recevant à chaque fois des tampons supplémentaires jusqu’à ce qu’un dernier douanier nous indique que c’est bon et que l’on peut passer le portique avec les motos. Le garde fait semblant d’inspecter nos motos et nous laisse passer. Nous allons nous garer avec les autres camions et commence alors la longue attente. Personne ne sait quand on embarque, alors nous attendons près de nos motos et ensuite avec les autres camionneurs près du bureau des douanes. Nous aurons attendu près de 5 heures lorsque finalement tout le monde se met en branle et que l’embarquement commence. Nous serons les derniers à embarquer, garant modestement nos petites motos à côté des énormes camions qui remplissent la cale. Le capitaine prend la masse de papiers que nous avons fait tamponner ainsi que nos passeports, parait-il que c’est la norme pour les voyages en bateau.

Les camions sont solidement attachés avec de grosses sangles et nous tentons tant bien que mal d’attacher nos deux roues avec des cordes bien trop larges pour nos frêles brêles. Nous allons ensuite prendre possession de nos quartiers. Les chambres sont très étroites, il y a 4 lits superposés, nous prenons possession de l’une d’elles avec Robert, nous voilà à 4 dans cette cabine, avec à peine la place pour poser toutes nos affaires. Le bateau ne bouge toujours pas, on décide donc d’en faire le tour et d’explorer les différents ponts. Le bateau a des vieux relents communistes, on se croirait tout droit sorti d’un film sur la guerre froide. Les indications sont en cyrillique et beaucoup de tuyaux sont apparents. Une odeur d’huile et d’essence émane des escaliers. Il est bientôt minuit et nous sommes toujours à quai. Thibault profitait de l’occasion pour filmer les alentours avec la C300 mais cela ne fut pas du goût des autorités portuaires qui sont montées à bord pour faire effacer les vidéos enregistrées. Bientôt le bateau se met finalement en branle et nous commençons à voguer sur la mer Caspienne, les lumières du port d’Aktau disparaissent à l’horizon et les étoiles se font de plus en plus nombreuses dans le ciel. Bientôt nous rejoignons notre cabine, passant dans le quartier commun où les routiers turcs regardent des téléfilms mal doublés aux scène d’actions grotesques. Heureusement, le bruit du moteur et des vagues couvre celui du film et nous endormons paisiblement bercés par les vagues.

Le lendemain la journée est calme, nous sommes pour au moins 24h sur le bateau, la bonne surprise c’est qu’il y a en fait une cantine, avec des horaires très précis, mais nous serons au moins bien nourris pendant la traversée. On en profite pour continuer à travailler sur les vidéos, filmer, jouer un petit peu sur le tank russe et faire la vidange de nos motos. On discute un petit peu avec les routiers. En début de soirée nous dînons et allons-nous coucher, car l’arrivée se fait aux alentours de minuit et nous ne savons pas vraiment ce qui nous attend.

Le réveil est un petit peu brutal, tout le monde court dans tous les sens pour retourner à son camion et préparer l’arrivée au port de Baku. C’est un petit peu précipité car le bateau vogue encore longtemps le long de la côte jusqu’à ce que finalement nous dépassions Baku et arrivons dans un petit port à 80 kms de la capitale. Pour commencer ce sont tous les camions qui quittent le navire et ensuite nous, les derniers. La moto de Thibault ne démarre plus, il l’a poussé sur un bon kilomètre jusqu’au poste frontière où il y a déjà une petite file de routier qui attend son tour patiemment.

 

 

 

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