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Europe

25/08/2017

La route que nous empruntons en Slovénie peut être qualifiée de petite nationale qui chemine à travers la campagne. Les paysages sont bucoliques, nous traversons de larges plaines et vallées boisées, ainsi que quelques villages. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un petit restaurant au bord de la route pour dévorer une délicieuse pizza, l’influence italienne se fait déjà sentir.

Au fur et à mesure que nous approchons de l’Europe il devient de plus en plus difficile de se procurer de l’huile pour nos motos, nous ne trouvons plus de 20W50 et il faut se rabattre sur de la 10W40, plus chère. Il est loin le temps où le litre d’huile nous coutait près de 50 cents, c’est presque 8 fois le prix à présent.

C’est sans encombre que nous arrivons sur les hauteurs de Trieste. Nous passons la frontière sans nous en rendre compte et tentons de nous orienter pour longer l’autoroute par les nationales car le trafic est bien trop rapide et dangereux pour nos motos. Il devient également de plus en plus difficile de s’orienter. Si précédemment il n’y avait qu’une seule route avec quelques ramifications c’est à présent tout un réseau autoroutier et de national que nous devons emprunter. La densité des habitations augmente également drastiquement, ainsi que la congestion, nous obligeant à jouer de l’embrayage, qui est déjà très mal en point. Le nord-ouest de l’Italie est très peuplé et nous passons de village en village, de ronds-points en ronds-points en suivant à chaque fois la direction des grandes villes qui nous intéressent en essayant toujours d’éviter l’autoroute ou le centre des villages. Nous sommes redescendus des hauteurs de Trieste et à présent roulons dans les plaines au niveau de la mer.

Lors de l’une de nos pauses nous nous arrêterons dans un kebab tenu par quelques pakistanais. Nous leurs racontons nos aventures pakistanaises lorsque l’un d’eux va dans la cuisine et revient avec tout le nécessaire pour faire un authentique chaï que nous boirons tous ensemble le temps de se réchauffer avant de nous remettre en route.

A présent nous roulons dans le noir, le soleil se couche tôt au mois de novembre mais heureusement les routes sont bien éclairées dans les villages. Nous ne sommes pas encore arrivés à notre objectif de la journée et continuons donc à rouler. Bientôt la faim se fait sentir et nous nous arrêtons dans une petite pizzeria qui a l’air d’avoir du succès. Le temps de manger nous rechargeons nos téléphones et je tente de trouver, sans grand espoir, un hôte pour la soirée sur CouchSurfing, nous ne savons toujours pas où nous allons dormir ce soir. Les pizzas prennent un petit peu de temps à arriver mais elles sont rapidement englouties. Une fois que nous nous sommes un petit peu reposés nous prenons notre courage à deux mains et nous remettons en selle, l’objectif est de faire encore une petite cinquantaine de kilomètres avant de chercher un endroit où planter la tente ou alors une porte ouverte.

La fraicheur se fait de plus en plus intense, ainsi que la fatigue. Il est temps de commencer à chercher où loger, mais les maisons sont bien moins accueillantes qu’auparavant. Les volets sont fermés, il n’y a pas ou peu de lumière et c’est bien plus intimidant de toquer à une porte dans une petite ville. Finalement, on décide de sonner à la première porte une fois passés de l’autre côté de la rivière. On s’arrête sur un petit parking, il y a une maison et la lumière est allumée. On toque, quelqu’un nous ouvre et nous demande ce dont on a besoin dans un bon anglais. On lui dit que nous sommes à la recherche d’un endroit où dormir et notre interlocuteur nous indique un hôtel juste en face, il y a des chambres à louer. On lui indique que c’est peut-être un peu cher, nous venons de faire un long voyage et notre budget est limité, est ce qu’on peut peut-être s’invités chez lui ? Il nous propose d’aller voir ensemble combien coute l’hôtel et si c’est trop cher il nous invite chez lui. Génial.

L’aubergiste annonce un prix de 75 euros pour une chambre, c’est en dehors de notre budget et notre ami nous invite alors chez lui. Il s’agit de Gianni, un italien dans la quarantaine qui vit avec son père, il est livreur et adore la moto, il en a eu plusieurs mais pas pour l’instant, à son grand regret. Il nous invite à ranger les motos dans son jardin à l’abri des regards et à rentrer nos affaires, heureusement il n’y en a plus beaucoup et cela va bien plus vite que d’habitude.

Gianni nous reçoit dans son petit salon où se trouve la table à manger. Il propose de nous faire des pâtes, ce que nous acceptons avec plaisir. Nous sommes rapidement touchés par la générosité de notre hôte qui est si content d’avoir des motards chez lui. Il nous raconte ses aventures à moto, son métier de livreur et sa femme qu’il a rencontré lors de vacances à la République Dominicaine et qu’il part rejoindre quelques mois par an. Il nous raconte tout ça tout en cuisinant des pâtes qui ont l’air succulentes. Pendant ce temps son père rentre de la chorale de l’église et s’allonge dans le canapé en face de la télévision pour regarder des émissions de variété. Son père ne parle pas anglais et s’isole donc en face de la télé. La scène transpire de réalisme.

Bientôt les pâtes sont prêtes et nous nous mettons à table, avec une bière Moretti bien évidemment. Johnny écoute aussi nos histoires et différentes aventures, il est subjugué. Les pates sont délicieuses, al-dente comme il faut et le parmesan est sans doute le meilleur fromage que nous avons mangé depuis que nous avons quitté le Belgique. Nous discutons encore un petit peu mais nous avons sommeil et demain est une longue journée, il nous faut arriver à Monza, à 300 kilomètres de là, soit une bonne journée de route. Nous recevons en guise de dessert un verre de rhum dominicain, idéal pour se détendre les muscles après une longue journée.

Notre hôte nous guide jusqu’à notre chambre qui semble tout droit sortie des années 80, il s’agit de sa chambre d’adolescent qu’il n’a jamais vraiment changé, nous offrant un délicieux saut dans le temps. Il fait froid mais heureusement nous recevons suffisamment de couvertures que pour passer une excellente nuit.

Le réveil est matinal, Johnny doit aller travailler et nous avons une longue route. Lorsque nous descendons un copieux petit déjeuner nous attend, du pain frais, de la confiture, du Nutella un vrai café mokka, nous sommes encore une fois gâtes. Nous mangeons tous ensemble cette fois-ci et une fois que nous avons terminé Johnny nous invite à aller prendre un expresso à son café habituel, pour qu’on rencontre ses amis. Nous acceptons avec plaisir et le suivons derrière sa voiture jusqu’au café qui se situe à une station essence. Quelques habitués sont au comptoir et accueillent Johnny qui nous introduit, presque en héros. Nous partageons rapidement un expresso, discutons quelques minutes avant de prendre congé et de partir à l’ouest en remerciant très chaleureusement Johnny pour sa gentillesse et son accueil.

 

Les routes périphériques italiennes se composent de rond points, de très nombreux rond points, reliés par des voies plus ou moins droites. Le paysage défile ainsi que les maisons plus ou moins historiques, plus ou moins belles, ainsi que les zonings industriels. Pour déjeuner nous tentons de trouver les abords du lac de Garde en nous perdant un petit peu. Pour finir nous arrivons au village de Desenzano où nous ignorons un petit peu l’obligation de se parquer en dehors du centre historique pour se garer avec les motos au bord du lac. Le petit village est très joli, quelques restaurants sont ouverts et on s’installe à la terrasse de l’un d’eux pour enfin déjeuner, il est presque 15h. Les pizzas sont encore une fois délicieuses, on est en Italie après tout. On prend quelques photos autour de la place qui vaut véritablement le coup d’œil avant de ré-enfourcher nos motos pour continuer sur Monza où Elisa nous attend.

La seconde partie de la route est moins agréable que lors de la matinée, le trafic vers Milan est plus intense et nous devons soit attendre dans les files soit passer entre les autos, dans tous les cas ma boite de vitesse n’apprécie par l’exercice et le stress que ce soit le dernier rapport que je passe se fait sentir à chaque fois.

Elisa nous a donné rendez-vous au centre de la ville et viendra nous chercher après ses cours à Politecnico de Milano. Trouver le centre avec le trafic et en devant s’arrêter régulièrement pour consulter la carte sur le téléphone. Finalement nous y voilà, nous arrivons au plus proche du centre qui est interdit aux voitures lorsqu’un homme à la large stature sort d’un café, ouvre les bras et nous dit « We were waiting for you ». Pareille invitation ne se refuse pas et nous rangeons promptement nos motos avant de saluer notre nouvel ami. Il s’agit de Lenry qui a récemment ouvert son bar et nous arrivons juste à l’heure des « Aperitivo ». Il nous invite à l’intérieur, nous offre deux grandes bières et nous dit de nous servir des différents plats qui sont offerts pour l’apéritif. Décidément l’Italie s’occupe bien de nous. Un petit message rapide à Elisa pour la prévenir d’où nous sommes et nous pouvons commencer sereinement à nous imbiber tout en racontant notre aventure. Notre hôte veille bien à ce que notre verre soit toujours rempli, si ce n’est pas de la bière c’est du Campari ou un gin tonic. Lenry travaillait dans le textile précédemment et connaît bien le Pakistan. Nous passons près d’une heure à discuter et nous enivrer lorsque Elisa arrive avec son copain. Nous prenons encore un verre tous ensemble avant de repartir vers chez elle.

Elisa est une bonne amie de Chine, nous avons passé un an ensemble à Pékin et c’est une véritable joie de la retrouver ici à Monza sur mon trajet du retour. Nous arrivons lentement chez elle, nos reflexes ne sont plus au top et ce n’est pas le moment de se faire remarquer.

Arrivés chez Elisa nous rangeons les motos dans son garage et passons à table. Sa maman, excellente cuisinière, a préparé des pizzocheris, une sorte de délicieuse pate de montagne avec du fromage, c’est très riche et nourrissant, c’est exactement ce qu’il nous faut. Elisa nous gâte avec un excellent vin sorti de la cave de son père, le repas est un véritable régal. Nous nous rappelons quelques bons moments de Pékin et prenons des nouvelles de nos aventures respectives. Toutefois nous ne tardons pas à aller nous coucher, il est déjà tard et fatigue se fait sentir. Le lendemain Elisa doit faire une course tôt mais reviendra vers 10 heure, nous allons donc faire une petite grasse matinée, parfait.

Nous dormons dans la chambre d’amis aménagée au grenier de la maison d’Elisa, qui est une superbe demeure récemment rénovée avec beaucoup de goût dans un style classique. Le lendemain matin nous profitons de la course d’Elisa pour prendre une bonne douche et un bon café dans la cuisine. Nos sacs sont faits et un petit déjeuner nous attend, la journée commence bien.

Lorsqu’Elisa est de retour nous discutons encore quelques minutes avant qu’elle ne nous guide vers la sortie de la ville sur sa Vespa. Nous traversons à trois le grand parc de Monza et nous nous disons au revoir à l’entrée de la grande route qui va vers le nord. Notre objectif est d’arriver à Lucerne à 280 kilomètres où nous rejoindrons Thibault et Teddy dans la soirée. On a eu des nouvelles de Rijeka et ils se sont bien retrouvés, après une longue route pour Teddy qui est venu avec son frère Tommy. Nous serons donc cinq pour la fin du voyage. J’ai heureusement trouvé Yara sur CouchSurfing qui accepte de loger autant de monde dans sa colocation au centre de Lucerne.

Nous nous dirigeons vers Côme sans problèmes, on s’arrête peu et bien vite nous arrivons au lac ainsi qu’à la frontière suisse que nous passons sans encombre, les douaniers nous font même un sourire. Nous longerons le lac de Lugano en évitant l’autoroute, comme nous n’avons pas de vignettes, ce qui me rend un petit peu anxieux pour le tunnel du Gothard, le col étant fermé. Ce seront des problèmes pour plus tard dans la journée.

La Suisse italienne est très jolie, la ville de Lugano arbore sa gloire passée et nous retrouvons à présent les dénivelés que nous avions laissés en Croatie.

Retourner en Europe nous permet de profiter de déjeuner plus frais, nous nous arrêtons dans les supermarchés que nous croisons pour acheter notre prochain repas, dès lors on fait la part belle aux fromages et charcuteries. Faire les courses demande aussi un petit peu plus de logistique, l’un va dans le magasin tandis que l’autre surveille les motos, nous avons moins confiance ici qu’en plein Asie Centrale.

Nous arrivons dans la vallée de Locarno et devons descendre au travers des villages comme nous prenons les petites routes, il y a du trafic jusqu’à ce que nous arrivions à l’entrée de la vallée du Gothard. Il reste 50 kilomètres de petites routes jusqu’au tunnel que nous comptons emprunter en espérant que personne ne nous arrête.

L’hiver commence à arriver dans la vallée et les montagnes sont couvertes de neige, quelques plaques sont également présentes dans la vallée. L’envie d’arriver à la maison se fait de plus en plus pressante, rouler dans les paysages suisses sur les petites routes est joli, mais nous somme si près du but, on se dit que l’on pourra revenir pour profiter du paysage une autre fois, de façon plus confortable…

Cette vallée paraît terriblement longue et finalement nous arrivons à la tombée de la nuit au petit village de Airolo où se situe l’entrée du tunnel. On s’arrête dans un café pour se réchauffer, il commence de nouveau à faire froid, ainsi que pour se reposer un petit peu, cela fait trois heures que nous roulons sans pause. Il faut également trouver une solution pour le phare avant de Donald, rouler dans le tunnel sans phare ne fera qu’attirer l’attention d’une éventuelle patrouille de police. Nous arrivons tant bien que mal à fixer une lampe torche LED au niveau du phare, ça devrait le faire.

On emprunte la bretelle d’autoroute et arrivons dans le tunnel, heureusement il n’y a pas de trafic et la vitesse est limitée à 80km/h. Le moteur de Donald est encore en bon état et peut maintenir une telle vitesse sans trop de problèmes, ce n’est pas le cas du miens qui continue son inquiétant cliquetis. A fond dans le tunnel nous devons arriver à près de 70 km/h, heureusement le camionneur derrière nous a l’air de comprendre notre situation et ne nous presse pas, nous voilà partis pour 17 kilomètres de tunnel. C’est très agréable, il fait bon dans le tunnel, c’est bien éclairé et on entend le bruit de l’échappement des Enfields, qui nous rappelle un petit peu pourquoi nous avons commencé ce voyage.

Le tunnel paraît long, très long, j’espère que mon moteur tiendra jusqu’au bout à ce rythme élevé. Finalement voilà le bout du tunnel et plutôt que la lumière, c’est la pénombre. La route n’est pas éclairée et il faut à nouveau se concentrer pour distinguer les abords de la roue. Finalement nous sortons à la seconde sortie, sans feu arrière c’est dangereux pour Donald et nous reprenons les petites routes qui descendent de façon escarpée le long de la montagne. Nous traversons quelques petits villages sous la pluie, en formation serrée pour que personne ne renverse Donald faute de l’avoir vu.

Nous arrivons au lac des quatre cantons, réputé pour son charme mais de nuit nous ne distinguons pas grand-chose. Nous prenons la route nord qui longe le lac et qu’il faudra définitivement refaire de jours, la route monte, descend, passe par de nombreux petits tunnels et ponts qui adoucissent le relief de la paroi sur laquelle la route passe. Finalement nous arrivons à Lucerne, il est 21 heure et nous sommes fatigués, nous traversons la ville pour arriver dans le quartier résidentiel où habite Yara. Elle nous accueille avec enthousiasme.

Yara a déjà accueilli de nombreux couchsurfeurs et sur son mur se trouve une murale où chacun peut signer pour immortaliser son passage. Donald se chargera d’y laisser un joli dessin. Il y a une lasagne fait maison au four qui nous attend, nous tous car il est temps de prendre des nouvelles de Thibault, Teddy et Tommy qui ne sont pas encore arrivés.

 

Nous n’arrivons pas à les joindre et commenceront sans eux, en partageant nos anecdotes et aventures avec notre hôte, comme à notre habitude. Finalement le téléphone sonne et nous recevons un message, ils sont en train de passer le tunnel du Gothard, ils ont tenté de passer par le col mais celui-ci est fermé, ils font donc demi-tour. Pendant ce temps nous discutons avec Yara, ses colloques rentrent d’un afterwork et nous discutons tous ensemble jusqu’à ce qu’il se fasse tard, sans grandes nouvelles des trois autres. Finalement ils resteront dormir sur une aire d’autoroute quelque part à la sortie du Gothard et on se retrouvera demain en Allemagne.

Nous nous endormons dans les canapés du salon une fois que Yara est partie se coucher.

Yara travaille tot le lendemain et nous n’avons plus que quelques jours avant de rentrer à Bruxelles, le 19 novembre comme prévu. Nous prenons le petit déjeuner ensemble avant de nous quitter. Nous prenons pleins nord, toujours pas les petites routes pour éviter de payer la vignette. Cela nous permet d’être bien plus au courant du relief de la Suisse, je tente d’éviter les dénivelés pour économiser mon moteur mais sans vignette, peut le choix, il faut prendre les petites routes qui montent au-dessus des collines plutôt que de prendre les tunnels bien droits, sur tous les plans.

Au moins à présent il fait jour et nous pouvons apprécier les paysages de la Suisse alémanique. Bientôt nous arrivons à la frontière allemande, un seul pays nous sépare de la frontière belge. Nous avons donné rendez-vous au trois autres au nord de Bâle, en Allemagne, ils y sont déjà et nous nous dépêchons d’arriver. Nous traversons la frontière et le Rhin à Bad Sackingen, encore quelques kilomètres d’autoroute avant de retrouver les autres, 40 kilomètres qui nous semblent bien longs dans la campagne allemande. Finalement, nous nous retrouvons dans la petite ville de Lörrach, cela faisait trois jours que nous roulions séparément.

Chacun raconte les anecdotes qui se sont passées durant ces quelques jours, l’adieu avec Robert qui est parti de son côté ainsi que la longue route de Teddy et Tommy pour arriver jusqu’à Rijeka d’une traite. La moto de Thibault est dans la remorque et le reste des affaires dans la voiture qui est presque pleine. Nous faisons une petite pause autour d’un kebab avant de rouler de nouveau à trois mais cette fois-ci avec une voiture.

J’en profite pour déposer les affaires qu’il reste dans la remorque ou dans le coffre, là où il y a de la place et nous prenons la route cette fois-ci guidés par le GPS de Teddy. Celui-ci nous amène par la France, on repasse la frontière Suisse pour quelques kilomètres avant d’arriver en France, le dernier passage de frontière avant d’arriver en Belgique. Nous passons sans problème avec nos motos mais les douaniers demandant à vérifier la remorque.

Rouler derrière la voiture sans devoir se soucier du chemin à prendre est relaxant mais un petit peu contre nature après les milliers de kilomètres faits en inspectant la carte fréquemment. Le GPS nous mène par l’est des Vosges et nous prenons les nationales françaises pendant de nombreux kilomètres. La campagne française a beaucoup de charme si ce n’est pour les camions que nous croisons, qui à chaque fois nous mettent une claque dans le visage à cause du déplacement d’air.

Nous roulons toute l’après-midi, cette fois-ci étant tributaire des embouteillages mais heureusement ils ne sont pas nombreux. Le soleil se couche tôt et nous roulons de nuit, éclairés par les phares de Teddy, ce qui est bien plus sécurisant.

Vers 19h nous nous arrêtons à une pompe à essence près de Luxeuil-Les-Bains pour faire le plein d’huile, roule à vitesse soutenue sur les nationales en augmente la consommation. C’est la première fois depuis le début du voyage que je peux rentrer dans un commerce et m’adresser au tenancier en français, je m’en donne à cœur joie. « Bonjour Madame comment allez-vous ?! ». Un petit peu décontenancé par tant de bonne humeur elle me demande ce qui se passe et je lui explique en quelques mots notre périple et surtout que nous sommes bientôt arrivés. Elle nous demande si on sait où dormir ce soir et je lui dis, avec un air un petit peu aventurier, que nous irons surement dormir derrière des ballots de paille, sous tente, d’ici une centaine de kilomètres, ou deux heures de route. Elle nous propose de nous héberger dans un petit bungalow dont elle dispose dans son jardin, qui est équipé avec une chambre et SDB. C’est vraiment gentil de sa part, on ne sait pas très bien si on peut s’imposer à cinq chez elle. Elle en parle à son mari et revient vers nous. Pendant ce temps-là nous remplissons nos motos d’huile, elles en avaient bien besoin, et attendons. Enfin elle arrive avec la bonne nouvelle, elle ferme bientôt le magasin de la station et nous donne dès lors rendez-vous chez elle, le temps qu’elle ferme boutique.

Quelle gentillesse et sens de l’accueil, nous pensions que la générosité des gens s’arrêterait une fois en Europe mais ce n’est pas le cas. C’est peut-être notre histoire qui touche les gens et nous ouvre leur porte.

Nous voilà dans une petite cour à attendre notre hôte qui arrive bien vite et nous montre le chalet, très confortable avec un grand salon, une chambre et une salle de bain, à la vue de la pluie annoncée pour la nuit cette rencontre fut providentielle.

Elle nous apporte du thé bien chaud, des biscuits ainsi que des serviettes pour la douche, nous ne nous faisons pas prier pour prendre chacun une bonne douche avant d’un petit peu manger, boire quelques Jupilers judicieusement amenées par Teddy avant de sombrer dans le sommeil, demain il nous reste 380 kilomètres pour l’avant dernière étape, arriver jusqu’à Ossogne près de Namur.

La nuit fut bonne, certains dans le lit, d’autre sur un matelas par terre et moi sur le canapé pliable. Nous nous levons avec le soleil, notre hôte part tôt pour la station essence et nous ne voulons pas trop la faire attendre. Lorsqu’elle voit que nous sommes réveillés nous recevons un incroyable petit déjeuner avec un excellent café, des tartines, du choco, des biscuits et de la confiture, nous avons été reçus comme des rois.

Nous entamons à présent notre dernière journée complète de route, si tout va bien demain après-midi nous arrivons à Bruxelles pour rejoindre nos amis et nos familles qui nous attendront au Belga. C’est avec un mélange d’excitation et de de détermination que nous conduisons aujourd’hui. Le temps n’est pas particulièrement clément et nous créons des embouteillages sur les nationales, notre vitesse de 70km/h déteint par rapport au trafic ambiant. Nous roulons parfois l’un derrière l’autre, parfois côte à côte, jusqu’à ce que l’on remarque que Donald ne suit pas. On s’arrête sur le bord de la route à hauteur d’un petit café de campagne le temps de le voir arriver mais dix minutes plus tard toujours pas de Donald en vue. Teddy retourne avec la voiture et les autres voir ce qui arrive, je reste sur le bord de la route pour éviter de fatiguer inutilement la moto, le sentiment de voir le moteur s’arrêter à tout instant me prend de plus en plus les tripes. Cela fait près de 30 minutes que j’attends et à présent la pluie se met à tomber, une véritable averse passe et je cours me réfugier dans le café. Il est 10h du matin et il y a quelques habitués qui discutent avec la tenancière, deux énormes bergers allemands font également partie des meubles. Je discute et attend avec eux le temps que la pluie cesse, ils ne sont pas très intéressés par mon périple, bien plus par ce qui se passe dans la gazette du coin. Une fois que la pluie est finie je remonte sur la moto pour partir à la rencontre des autres, cela commence à faire longtemps. Donald se trouve en fait quelques kilomètres plus loin, son câble d’accélérateur a cédé et il est en train de la remplacer, rien de grave heureusement. Il est déjà occupé à la remplacer et nous attendons qu’il termine, lui donnant un coup de main quand il en a besoin. La patrouille de surveillance de la nationale est venue nous prêter main forte, se mettant sur le bas-côté en amont pour que l’on soit plus visible, c’est bien gentil à eux.

Une fois le tout réparé nous repartons, escortés sur quelques kilomètres par le camion patrouilleur.

La suite de la matinée n’est pas meilleure, il pleut des cordes et les goutes nous lacèrent le visage sur la nationale, les camions qui passent dans le sens opposé manquent de nous pousser dans le fossé avec les éclaboussures et notre visibilité est au plus bas, on s’arrête sous un pont quelques minutes pour faire le point sur la situation et décidons de quitter la route pour trouver un abri. Heureusement en début d’après-midi la pluie cesse et nous pouvons profiter de la magnifique campagne Lorraine. Plus je me rapproche de la Belgique et au plus mes pensées sont focalisées sur l’arrivée prévu au Belga, le point final de cette aventure démarrée dans les faubourgs de New-Delhi.

C’est à la tombée de la nuit que nous arrivons à la frontière, c’est un grand moment de joie, nous arrivons enfin en Belgique ! Nous prenons évidemment de nombreuses photos avec le panneau indiquant la frontière et rentrons, pleins de joie, à la maison.

Il reste encore au moins deux heures de route avant d’arriver à Ossogne ou maman m’attend avec Bernard, notre sponsor IP-Store qui tenait à être là pour notre arrivée. L’arrivée à Ossogne fut un moment émouvant, revoir maman après plus de six mois et ce long voyage qui s’achève déjà un petit peu ce soir. Maman nous a préparé de bon steaks et Bernard a apporté une bouteille de champagne pour célébrer l’arrivée ! Nous dinons tous ensemble autour de la table, racontant quelques aventures et anecdotes. Plus tard c’est Marco de Locotrans qui arrive avec deux amis pour nous féliciter également, il a suivi nos aventures mécaniques de près et sans ses conseils avisés nous serions toujours quelque part en chemin. Il apporté quelques bières spéciales, qui nous ont bien manquées durant le trajet.

L’arrivée au Belga est prévue à 16h le lendemain, nous pouvons nous permettre de rester tard à discuter et un petit peu nous enivrer. Finalement la fatigue de la longue journée se fait sentir et nous nous coucher dans de bons matelas qu’on avait plus eu depuis Douchanbé et le Hilton.

Le lendemain matin c’est croissant et couque du village, un bon café pour attaquer le dernier jour de route. Le réveil est tardif et nous prenons le temps de préparer notre arrivée en ville. Nous prenons la route juste après le déjeuner, vers 13 heure, en espérant arriver à 16 heure au Belga. Bien évidemment ce sera difficile de respecter ce timing, il faut faire deux aller retours à Ossogne pour des affaires oubliées et ensuite seulement se diriger par les petites routes jusqu’à Bruxelles.

La pression monte et l’envie d’arriver se fait de plus en plus pressante, je ne pense plus qu’à arriver, chaque mètre nous rapprochant un petit peu plus du but et nous reconnaissons aussi de plus en plus le paysage, le décor dévient familier et nous retrouvons des routes que nous avons déjà prisent des dizaines de fois.

Il est 16h quand nous nous arrêtons juste en dehors de Bruxelles pour remettre toutes les affaires sur les motos, pour simuler une arrivée chargée comme nous l’étions pendant pratiquement tout le trajet, un drapeau belge fixé sur les bagages. Nous remontons les embouteillages pour finalement arriver autour des étangs d’Ixelles, plus que quelques centaines de mètre et une joie indescriptible m’envahit, si proche du but ! Nous avons prévenu que l’arrivée était imminente et tous nos amis qui nous attendaient étaient dehors pour nous accueillir, nous voilà devant le Belga, les motos tiennent de façon incertaine sur leur pied central et le moteur est coupé pour la dernière fois du voyage The Royal Silk Road.

C’est le moment de tomber dans les bras de notre famille, amis et de célébrer !

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