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Azerbaïdjan

11/06/2017

Nous faisons la file devant un container abritant le poste de douane pour les passeports. L’officier de garde inspecte minutieusement chaque passeport, cela prend du temps et les nôtres sont scrutés avec encore plus d’attention. Tout est en règle et nous sommes invités à décharger nos motos.

Nous sortons les derniers du bateau, la priorité a été donnée aux camions qui vont faire la file devant l’entrepôt des douanes. La moto de Thibault ne démarre plus et il l’a poussé jusqu’au la seconde cabine de douane, un kilomètre plus loin, qui délivre les autorisations pour nos motos. Malgré l’heure tardive nos motos sont rapidement passées en douane et nous devons à présent nous acquitter du prix de la traversée et des droits portuaires, pour avoir utilisé leur ponton.

Les bureaux sont ouverts mais certains papiers ne peuvent nous être fournis que le lendemain, nous dormons donc sur le parking de la douane, dans nos tentes, en attendant le lendemain.

Une fois les différents tickets payés, nous cherchons à joindre Baku, la capitale, afin de réparer la moto de Thibault. L’autoroute n’est pas loin et l’objectif est d’y faire du stop, en espérant y trouver un camion vide qui puisse emporter Thibault et sa moto. Cela ne sera pas nécessaire, quelques taxis attendent devant l’entrée du port et proposent de prendre la moto, ainsi que Thibault, dans une Lada break. Etonnant la moto rentre à l’horizontale dans la voiture, avec les bagages. Thibault se met en route pour Baku pendant que Donald, Robert et moi allons explorer quelques volcans de boue dans les environs. Le premier sera à une pompe à essence où pour la première fois depuis longtemps nous pouvons régler la note par carte bancaire, signe que nous nous rapprochons de l’Europe ?

Les volcans de boue sont une particularité de la région, l’accès en est délicat car les chemins sont défoncés et excessivement boueux, fameuse prémisse de ce qui nous attend. Les volcans se trouvent sur une sorte de monticule de terre, quelques cheminées culminent au-dessus de ce large plateau situé à une cinquantaine de mètre de hauteur. Nous en faisons presque le tour, longeant les côtes de la Caspienne jusqu’à ce que nous trouvions un chemin d’accès menant sur les hauteurs. Nous laissons les motos tel quel sur le bord du chemin, toute équipées, et nous nous élançons tous les trois vers le sommet munis du matériel vidéo et d’un piquenique. Au sommet c’est un paysage presque lunaire, fait de coulée de boue séchées et de cheminées desquelles s’écoule de temps en temps une rivière brunâtre.

Nous commençons par déjeuner au sommet, quelques boites de sardine avec du pain que nous avons acheté au Kazakhstan. De là-haut la vue sur les immenses champs pétroliers, le port et Baku est très sympathique. Vient ensuite le moment documentaire, nous escaladons les cheminées de boue pour filmer au plus près. A l’intérieur du cratère se trouve une flaque de boue, où de temps en temps des bulles émergent à la surface. Il y a 6 ou 7, de taille différente, certain étant très impressionnants. A des fins d’effet cinématographique je tente de provoquer une coulée de boue avec ma botte, mais ce n’est pas suffisant au gout de Donald, qui me demande plus de boue, j’y vais alors franchement, enfonçant mon pied plus en avant dans la flaque… qui était en réalité très profonde. Je manque de tomber tout habillé dans un bain de boue, heureusement ce ne sera qu’à mi- genou, avec tout de même de la boue qui a envahi ma botte par le dessus… La boue est bien plus liquide qu’il n’y parait et ne sent pas la rose.

Nous continuons tout de même notre expédition cinématographique et croisons un groupe de jeunes azéris en maillot qui vont se baigner dans les cratères, faisant couler la boue pour en faire des toboggans et s’amusent à dévaler les pentes en glissant. Une fois que nous avons filmé tout ce que nous désirons nous partons pour Baku, rejoindre Thibault qui doit déjà être arrivé. Nous passons d’abord rincer nos bottes et mes chaussettes dans la Caspienne, j’en profite pour me changer par la même occasion. La route jusqu’à Baku est en bon état et longe la côte, nous croisons d’imposantes maisons comme des cités à appartements. La richesse pétrolière du pays se fait sentir, avec quelques derricks visibles à l’horizon et d’ambitieux projets immobilier annoncé sur des affiches le long de la route.

Nous arrivons sans tarder à l’hostel qui doit servir de point de rendez-vous, une petite maison aménagée avec de nombreux lits à l’intérieur. Thibault arrive à pied, il a trouvé un garagiste qui veux bien s’occuper de sa moto, et il y a suffisamment de place pour nous à l’hostel. On en profite pour vider nos motos complètement et tout installer sur le balcon. La nuit fut courte sur le bateau et une sieste s’impose avant de découvrir les environs de la ville.

Thibault s’occupe de faire les allers retours entre le garage et l’hostel. Il faut faire un diagnostic de la moto et voir si nous pouvons réparer dans les 5 jours que nous laisse nos visas. Les mécaniciens ont toutefois l’air confiant, selon eux il ne s’agirait que de la pompe à huile, après avoir fait quelques vérifications. Heureusement, nous en avons une en réserve, les soucis de perte d’huile sont peut-être moins grave que prévu.

La première nuit fut très calme, le lendemain les mécaniciens du shop Harley Davidson sont afférés sur la moto de Thibault. Ils pensent l’avoir réparée et pour fêter ça, nous proposent de faire un tour dans la ville ensemble et d’aller diner tous ensemble dans un restaurant sur la côte, en profitant pour faire un tour dans la ville avec d’autres amis motards. Nous sommes une bonne quinzaine de motos à déambuler dans Baku, faisant un bruit d’enfer sur les larges boulevards avant de quitter progressivement la ville pour arriver la côte et nous arrêter dans un restaurant.

Nos hotes du garage commandent diverses spécialités locales, et du thé. Nous mangeons et buvons avec plaisir, nous promenons un petit peu sur la plage le long de l’eau avant de rentrer en fin de soirée vers l’hostel. Encore une fois, nous passons à tombeau ouvert dans la ville, en profitant pour découvrir Baku By Night, passant par différentes parties symboliques de la ville, comme la flamme éternelle à la mémoire des soldats disparus lors de la guerre avec l’Arménie voisine, les grandes tours évoquant des flammes qui sont illuminées la ville et un panorama surplombant la baie de Baku qui est sensationnel. Cela fait longtemps que nous n’avions plus vu une ville si éclairée.

Le lendemain les nouvelles ne sont pas bonnes, la moto de Thibault a de nouveau les mêmes symptômes, la pompe à huile est à nouveau hors d’usage, la vis sans fin qui fait tourner le « spindle » a de nouveau détruit le pas de vis, la pompe ne tourne plus et le moteur n’est plus refroidi. Cela nécessitera une ouverture totale du moteur, pour comprend quel est le souci à l’intérieur même du cylindre. Après avoir enlevé la chemise du piston, les garagistes remarquent bien vite qu’il y a du jeu latéral un peu trop important avec la bielle, mais surtout vertical avec la tête du piston, alors que normalement la tolérance est de zéro. Les vibrations et secousses créé par ce jeu ont sans doute entraîné un déséquilibre qui a édenté la pompe à huile.

C’est une mauvaise nouvelle, il nous faut des pièces de rechange que nous n’avons pas. Rana peut nous les livrer par DHL mais cela prendra au moins une semaine, si pas plus. Impossible de contacter la compagnie d’aviation locale comme au Tadjikistan, nous avons essayé sans succès. Il faudra trouver une solution pour étendre nos visas, réceptionner les pièces et surtout adapter notre itinéraire. Une grande boucle en Iran était prévue, mais celle-ci semble compromise suite à notre seconde immobilisation forcée.

Trouver le moyen de communiquer entre Rana de Delhi et nos mécaniciens de Baku ne fut pas la tâche la plus aisée. Finalement avec beaucoup de patience et de nombreux dessins et messages WhatsApp nous arrivons à faire passer les pièces dont nous avons besoin que Rana nous envoie promptement. Maintenant que les pièces sont en route, il faut penser au Visa. Il faut également faire un point sur la situation. Le voyage a été bien plus stressant que prévu, dès l’Inde nous avons chacun du faire le deuil du voyage que nous avions imaginé pour vivre celui qui nous attendais. Ce n’est pas toujours facile de faire la transition et d’abandonner des rêves que l’on a construit les mois précédents. Le fait de vivre ensemble pendant déjà plus de deux mois a mis à mal l’entente du groupe. Je pense que cette panne est l’occasion de prendre un peu de recul et m’isoler pour une semaine, peut-être déjà rejoindre l’Iran qui me tient tant à cœur et attendre Thibault et Donald qui arriveraient une fois la moto réparée. Donald n’est pas de cet avis, il pense que le groupe doit rester souder quoi qu’il arrive. Une discussion animée éclate entre Thibault et moi lorsque j’émet cette idée, beaucoup de non-dits seront évacués ce soir-là et finalement je décide de rester à Baku. Ce projet a été monter à trois, sans doute que quitter le projet avant son aboutissement serait une preuve d’échec ?

Thibault a passer ses premières journées à Baku au garage, tandis que Donald et moi sommes sur les ordinateurs. Donald prépare les photos et vidéos à publier tandis que j’écris le site web et fait des aller/retours avec Derek, qui a codé le site, quant au layout. Nous avons entrepris de faire le site en bilingue et c’est une tâche bien plus imposante que je ne l’aurais cru. Donald est également passé à l’hôpital allemand de Baku, ses genoux sont toujours très douloureux et l’inquiètent. Heureusement il obtient rapidement un rendez-vous pour une radio qui révèle de gros hématomes sur les genoux, douloureux mais heureusement pas inquiétants. Nous voilà tous rassurés.

Donald passe au scanner

Tous les soirs nous nous retrouvons avec le groupe de motards dont fait partie les mécaniciens du garage. Nous sommes invités à passer la soirée chez l’un d’eux qui a préparé un barbecue et invité quelques copains. Nous passerons la soirée à chanter autour d’une guitare, boire de la bière et manger.

Après quatre nuits passées à l’hostel, Robert nous quitte pour continuer sa route seul avant que son visa n’expire et nous changeons d’endroit où loger, Asif, un ami nous invite chez lui dans son appartement. Il a une chambre de libre et c’est avec plaisir qu’il nous la prête. Il habite un quartier un petit peu plus populaire de la ville, à l’écart des grand boulevards modernes où les appartements ne font qu’un seul étage, les rues sont majoritairement piétonnes et de nombreuses échoppes donnent sur la rue. Il habite dans l’ancien appartement de sa grand-mère, il y a deux chambres, un salon, une petite cuisine et une salle de bain. Nous dormirons d’abord à trois dans la chambre avant que je n’émigre sur le canapé du salon, bien plus confortable. Il faut monter dans un petit hall avant d’arriver sur le couloir qui est à l’extérieur. Il règne un délicieux air suranné dans ce petit quartier.

Nous resterons près d’une dizaine de jours à Baku, voici un aperçu de ce que nous y avons vécu :

Tous les soirs, le groupe de motard avait quelque chose de prévu pour nous, que ce soit une simple virée en moto suivi d’un thé ou bien des sorties en boite de nuit ou dans un simple bar. Le rythme était soutenu et nous avons même dû refuser des invitations afin de pouvoir nous reposer et continuer à travailler sur le site qui n’était toujours pas online ainsi que sur les vidéos et photos.

Les journées étaient plus calmes, entre aller/retours vers le garage, où nous restions de longues heures à discuter, regarder les motos ou essayer de réparer les nôtres, notamment nos carbus et châssis qui n’étaient plus en grande forme. Nous nous promenions dans la ville également, souvent en moto pour faire des courses, un petit peu découvrir la ville ou rencontrer des portraits potentiels.

Ainsi, nous avons rencontrés un groupe de danseurs de hip-hop, des amis de Asif, que nous avons été filmer lors de leurs répétitions. Ils étaient très sympas, concentrés et répétaient en boucle la même partie d’une chanson dans un vieux studio. Malheureusement, nous n’avons pas trouvé quelqu’un pour réaliser une interview, qui aurait un parcours suffisamment exceptionnel.

Thibault a pris en charge la demande d’une extension de visa, après d’interminables files dans des bâtiments administratifs il a réussi à les obtenir, il fallait une lettre de la directrice du garage H-D afin de garantir qu’une moto était véritablement immobilisée et également une lettre d’un hôtel qui certifie que l’on y loge. Heureusement, le propriétaire de notre précédent hostel a bien voulu écrire la lettre pour nous. Nous voilà plus serein avec une extension de visa, mais les pièces ne sont toujours pas arrivées. Parties de Delhi, elles transitent par l’Angleterre avant de revenir vers nous.

Nous cherchons également un artiste à interviewer, j’ai découvert que la fille du président a monté un musée d’art moderne à Baku, pas loin du garage. J’arrive à obtenir un rendez-vous et part rencontrer une employée de l’association qui me fait rapidement visiter l’exposition en cours et ensuite me présente le portfolio de quelques-uns de ses artistes, voir lequel serait le plus qualifié pour une interview. Certains ont un profil phénoménal mais malheureusement ne parlent pas anglais ou alors mais ne sont pas en Azerbaïdjan. Finalement, nous recevons les coordonnées d’Ali Shamsi, un artiste qui a son studio dans le vieux Baku et au parcours très intéressant. Rendez-vous est pris pour le lendemain en soirée.

 

Nous allons le rencontrer avec Asif qui nous y conduit. Son studio regorge de tableaux aux différents styles. Certains de ses tableaux sont très « conceptuelles », de nu, tandis que d’autres sont beaucoup plus classiques. Ali marche bien nus, tout le temps. Son canevas est dans un coin, avec des montagnes de peinture à l’huile séchée. Thibault et Donald installent la caméra et les micros pendant que je m’entretiens un petit peu avec l’artiste. Il ne parle très bien anglais, un ami à lui est là pour faire la traduction.

Vient le temps de l’interview. Ali se prête au jeu avec plaisir et nous explique longuement sa vie, sa philosophie, notamment la façon dont il compare le monde à une grenade, un fruit dont il raffole et qui est très populaire en Azerbaïdjan. L’interview a duré près de deux heures, nous avons traité beaucoup de sujets et vient enfin la conclusion. Nous pensions prendre congé et aller manger au restaurant, mais Ali nous propose un petit coup de Whisky pour la route et de partager une grenade ensemble. Finalement, nous resterons encore quelques heures à boire de nombreux verres de whisky ainsi que partager tout un repas, assis dans son atelier. Nous rentrons au travers de la ville vers l’appartement d’Asif.

Nous avons également rencontré l’ambassadeur belge sur place. Avant de partir nous avons envoyé des emails à toutes les ambassades belges des pays traversés. Comme ce sont des petits pays, la plupart sont regroupées au sein d’ambassade dans d’autres pays, et l’ambassade de Baku gère quelques autres pays. Nous avons rendez-vous à 14h, mais la vieille nous sommes sortis et nous nous levons tard, vers 13h. On n’a pas le temps de prendre une douche tous les trois, je me dépêche pour aller chercher le petit déjeuner sur la petite place à proximité de l’appart pendant que Donald prend sa douche, comme c’était le premier levé. Malheureusement il y a une file importante devant le magasin et cela prend plus de temps que prévu, nous, serons en retard au rendez-vous. Finalement je suis de retour vers 13h45 à l’appartement, espérant trouver Thibault et Donald prêt à partir, mais Donald venait de finir sa douche et Thibault rentrait dans la salle de bain. Donald est prêt, on attend tous les deux Thibault en bas qui sort vers 14h, nous serons définitivement en retard pour notre rencontre avec l’ambassadeur. Nous arrivons à 14h30 à l’ambassade et heureusement ce n’est pas une très grande ambassade. L’ambassadeur nous accueil avec enthousiasme et nous offre même une Leffe ! Quel plaisir après tant de temps à boire de la pils locale. Nous restons trente minutes à discuter ensemble avant de prendre congé.

Nous passerons la suite de l’après-midi à filmer des plans dans la vieille ville de Baku. Les maisons sont pittoresques et les rues étroites. L’échappement de nos motos font échos dans les ruelles. Nous tentons de nombreuses prises et certains habitants sortent de chez eux pour nous demander d’aller filmer plus loin, excédés par le boucan.

Notre immobilisation forcée nous permet également de faire nos lessives de façon beaucoup plus consciencieuse et de réparer mon drone, qui a souffert d’un mauvais crash au Tadjikistan et a du être démonté pour passer la frontière Ouzbek.

Un des garagistes, Royal de son prénom, possède un petit box qu’il a transformé en atelier de mécanique. Il y restaure une magnifique Honda, entourée de partie d’autres motos, de nombreuses pièces mécaniques et avec au fond quelques canapés défoncés. Un véritable repère de motard, une sorte de rêve d’ado réalisé. Nous y passerons quelques débuts de soirée, comme point de ralliement pour d’autres amis motards qui viennent nous rejoindre pour passer la soirée en ville, roulant en groupe à travers les larges boulevards.

Les pièces sont arrivées. Il y a tout ce dont on avait besoin mais réparer la moto ne sera pas immédiat. Il faut une presse pour refermer le vilebrequin des Royal Enfield, le système est quelque peu singulier. Cette tâche sera confiée à un ami soudeur, mais qui malheureusement n’a pas fait le meilleur job, il faut recommencer et la pièce est confiée à un spécialiste de la région. Tout cela prend à chaque fois quelques jours et la pression remonte doucement. En effet, les entrées de nos visas iraniens vont bientôt expirées, tout comme nos extensions de visas. Cela avance, mais doucement. Nous ne comprenons pas exactement ce qu’il se passe, tout comme nos amis du garage, mais j’ai l’impression que c’est la façon de fonctionner là-bas.

Ces retards accumulés nous permettront toutefois de faire une rencontre extraordinaire. Le Pape François sera en visite dans le Caucase la veille du jour où notre visa expire. Vu comme les choses sont parties, peu de chances que l’on lève le camp avant la veille de la date limite, c’est souvent comme ça en Asie Centrale, autant jouer avec les limites, rien ne sert de courir… Coups de chance, le Pape célèbrera une messe à Baku, dans une église à peine plus grande qu’une église de campagne. J’y vais pour me renseigner et suis accueilli par une personnification de Ned Flanders. Un père de famille totalement dévoué à la cause chrétienne, il s’est converti il y a quelques années, il était orthodoxe auparavant. Il m’explique avec beaucoup de fierté la ferveur qui existe dans la petite communauté chrétienne de Baku. Il y a moins de 400 chrétiens dans tout l’Azerbaïdjan et cette église est la seule de tout le pays. Il y aura en tout 600 personnes pour célébrer la venue du Pape car certains croyants viendront des pays voisins. Je lui demande trois tickets, mais il faut la copie de nos passeports pour « raisons de sécurité ». J’en prend déjà un et reviendrai pour les deux suivants. Le lendemain je suis de retour en fin de journée pour aller chercher les deux dernières places, munis des passeports de Thibault et Donald. Je discute encore une fois avec mon ami « Ned », lui explique notre voyage à moto, il est très impressionné. Ses fils et sa femme arrivent à l’église, c’est bientôt l’heure de l’office. Il me présente son fils ainé, qui parle parfaitement anglais, il a été éduqué « to take over the world ». Son père nous présente, mais me dit qu’il y a trois choses dont il a mis son fils en garde, les motos, la drogue et les homosexuelles. C’est dommage, je commençais à apprécier mon ami « Ned ». Je tente de nuancer ses propos, dire à son fils que l’on peut être qui on veux, mais c’est l’heure de la messe, je n’aurai pas le temps. Comme j’avais le temps, j’assiste à la messe. Je ne comprends pas grand-chose, la messe est en azéri mais Ned vient gentiment à côté de moi lors du sermon pour me le traduire.

Une fois n’est pas coutume, nous sommes restés à l’appartement. Thibault a cuisiné une délicieuse omelette que nous partageons et nous avons regardé un film, Swiss Army Man.

Nous sommes le samedi 1er octobre, à la veille de la visite du pape et nos visas expirent lundi. La moto de Thibault est toujours à cœur ouvert. Nous décidons de célébrer le départ prochain en allant dans le meilleur club de Baku, le Enerji. Il n’est pas aisé d’y rentrer mais Asif a des amis qui seront à l’intérieur et nous aideront à rentrer. Nous serons quatre grands motards barbus, sans affaires « casual chic », ce n’est pas joué d’avance. Après un petit apéro nous nous présentons devant l’entrée, pas trop tard afin de maximiser nos chances. Le physio à l’entrée se montre très critique, il n’aime pas les bottines en cuir de Donald et Thibault et refuse de les laisser rentrer, malgré les négociations faites avec les amis de Asif qui sont venu à la rescousse. Malheureusement la décision est irrévocable, ils ne pourront pas rentrer mais il me dit que moi je peux rentrer. Cruel dilemme, rester ensemble et aller de bars en bars en ville ou bien une super soirée dans un cadre magnifique ? Je craque, j’ai besoin de me détendre et demande à Donald et Thibault si cela les dérange si on se rejoint plus tard, d’ici une heure en ville, juste le temps de voir à quoi ressemble la boite ? Etait-ce vraiment une question ? Je ne pense pas mais ces quelques moments seul me paraissaient tellement bien, et est-ce que ma présence dans le bar hopping de Baku aurait fondamentalement amélioré la soirée de Donald et Thibault ? La décision est prise, je rentre dans la boite et passe une excellente soirée, la musique est chouette, les amis de Asif accueillants, il y a du gin tonic (!), de l’ambiance. Une super soirée. Je ne vois pas le temps passer et vers 5h du matin l’ambiance diminue, je dois être à 9h30 à l’église pour voir le Pape, il est temps de rentrer. Un taxi passe au loin, s’arrête devant moi et accepte de me déposer gratuitement chez Asif, comme je n’avais pas d’argent en poche. Parfaite conclusion à une super nuit passée. A l’appartement je retrouve les trois autres compères, qui sont rentrés un peu plus tôt. Leur soirée était sympa, sans plus, dans le centre de la ville. Je n’ai pas vraiment le temps de me sentir coupable, comme la visite papale est à quelques heures. Tout le monde va se coucher et je m’écroule sur le canapé du salon, que je transforme en lit tous les soirs, non sans prévoir 5 réveils pour être sûr de ne pas rater la messe du lendemain.

Au troisième réveil j’arrive à sortir de ma torpeur, la tête comme un ballon et encore fatigué à cause d’une nuit trop courte. Je m’habille directement et réveil Thibault et Donald qui choisissent de ne pas venir, il est trop tôt. Je m’en vais alors seul sur ma moto jusqu’à l’église où barrages de police sont déjà en place. Je gare la moto et continue à pied, le pape arrivera dans deux heures mais Ned m’a bien prévenu d’arriver à temps, il prévoyait une marée de monde. Ce n’est pas vraiment le cas, je passe les portiques de sécurité sans grand encombre, reçoit une écharpe imprimée avec la photo du pape et la date du 2 octobre. Je prends place sur les chaises prévues à l’extérieur et attend. Il y a à côté de moi des américains, ils enseignent à l’école international de Baku et ne sont pas là parce qu’ils sont particulièrement chrétien mais plutôt « parce qu’ils viennent d’un petit village des USA et qu’ils n’ont jamais vu quelqu’un d’important ». Il faut attendre à présent, heureusement il fait bon et il y a de l’eau qui est distribué, parfait pour essayer de curer mon mal de tête qui ne veux pas passer, qui s’intensifie même. Bientôt l’écran géant retransmet l’atterrissage de l’avion papale, il ne saurait tarder ! L’agitation est à son comble. Une heure plus tard le voilà qui arrive dans une petite papamobile noire, il s’avance sur le tapis rouge au milieu des flash qui crépitent et des fidèles qui lui tente la main de part et d’autre des barrières. Il arrive vers moi et l’appareil dans la main gauche je lui tend la droite qu’il sert. J’aurais aimé dire un mot, mais abruti par la sortie de la veille et bouche bée par le moment, je ne dis mot. D’un mouvement très naturel il se défait de ma poignée de main que j’en avais presque oublié et s’en vas serrer les prochaines. Le moment aura duré quelques secondes mais en a paru beaucoup plus. Il se retourne devant la porte pour bénir les fidèles avec de l’eau et rentre dans l’église.

 

La messe est célébrée en italien, latin, russe et azéri, je ne comprends pas grand-chose mais les rites sont les mêmes qu’en Europe, j’arrive donc à suivre. Mes voisins américains sont un peu perdus. La messe est retransmise en direct sur l’écran géant, on ne rate pas grand-chose. Le Pape ne ressort pas mais partage un repas avec les moines locaux, tout le monde s’en va et je pars rejoindre les autres à l’appartement pour une bonne petite sieste.

Thibault part s’occuper de sa moto, il faut être à tout prix partis demain matin, il y a 350 kms jusqu’à la frontière iranienne, une bonne trotte pour nous. Ils y travailleront une bonne partie de la nuit, nous garantissant que tout sera prêt pour lundi matin. Le garage a fermé ses portes en début de soirée, ils ont continué à travailler à l’extérieur, à la lumière de l’éclairage publique. Nous rangeons l’appartement, faisant nos bagages après une longue pause.

Au réveil, la moto de Thibault a rejoint les nôtres en face de l’appartement de Asif. Elle roule, et plutôt bien, il y a un peu de fumée blanche mais on nous assure que c’est normal, ça disparaitra après une petite période de « rodage ». Il y a du monde chez Asif pour nous dire au revoir, on fait nos adieux après avoir passé près de 10 jours avec nos nouveaux amis. Certains nous accompagnent jusqu’à garage pour quelques derniers réglages sur la moto de Thibault. Là, quelques tests sont faits sur la moto, Royal la conduit à fond autour du bloc pour la tester, ça a l’air d’aller. Il y a toujours le même petit cliquetis métallique qui est là depuis le début. Il s’affaire encore un petit peu sur la moto.

Pendant ce temps-là nous croisons un large bonhomme et un plus fin qui ont l’air de touristes sortant du shop Harley-Davidson. J’en reconnais un qui faisait partie de la sécurité du Pape la veille. Il s’agit bien de deux italiens, d’anciens « forces spéciales » qui se sont reconvertis dans la police et on discute un petit peu. Ils connaissent bien les régions que l’on a traversés, ont fait de « belles missions en Afghanistan et au Pakistan ».

Finalement la moto est prête et on peut se mettre en route, il est 11h30, on a une longue route à faire et la frontière ferme aux alentours de 18h, ça va être sport, surtout avec une moto juste remise à neuf.  On refait nos adieux encore une fois et nous mettons en route, guidés par un de nos amis qui nous accompagne pour le début de la route et la sortie de Baku.

Les premiers kilomètres sont faciles, on roule à un bon rythme sur de bonnes routes, on devrait pouvoir y arriver à temps. Pas trop de pause, pas de photos ni de vidéo, we are on a mission.

Feliz nous quitte après une centaine de kilomètres et nous continuons de plus belle. On s’arrête pour déjeuner un court instant, nous sommes tous fatigués des derniers jours et nous dépêchons. L’heure avance et il est bientôt 18h, nous allons arriver en retard. La police nous arrête en plus, ça sent la fin, est ce que l’on a dépassé les limites de vitesse ? Non, ils veulent seulement discuter avec nous… Ce n’est pas le moment, il reste 20 kilomètres. Comme la moto de Thibault fume de plus en plus et recommence à faire des bruits de plus en plus étranges, il faut qu’il ralentisse un petit peu. On m’envoi en éclaireur pour essayer d’arriver juste à temps et convaincre les douaniers de ne pas fermer tout de suite.

C’est parti, aussi vite que ma moto me le permet je fonce vers la petite ville d’Astara à la frontière, y arriver juste avant 18h mais me perd dans les différentes rues et finalement arrive vers 18h15 dans une grande plaine bordée de large entrepôts et bâtiments administratifs et peuplée de quelques camions. Ça doit être le bon endroit. J’essaye de trouver un responsable, j’explique à quelqu’un que je dois traverser et ils me disent que c’est trop tard, la frontière est fermée. J’insiste et explique que mon visa est valide jusqu’à ce soir, il faut m’aider. Quelques coups de téléphone plus tard on m’indique la barrière du fond et m’y engouffre, j’arrive aux portes du No Man’s Land et il reste un douanier pour les papiers. Il veut bien encore me recevoir, me demande de me dépêcher et n’est pas très heureux quand je lui dis que j’ai encore deux amis qui arrivent, je ne sais pas quand. Il faut jouer la montre à présent, chaque seconde compte. Il y a plusieurs papiers reçus à l’entrée du pays qui sont nécessaires pour en sortir, je ne les retrouve pas tous mais heureusement mon ami le douanier est patient. Pendant que je cherche Thibault et Donald arrivent, dans un bruit caverneux de moteur, c’est mauvais signe, mais ils sont là, c’est le principal. Finalement tous les papiers sont retrouvés et nous sommes autorisés à quitter l’Azerbaïdjan sans amende.

Donald traverse rapidement le No Man’s Land pour retenir les douaniers iraniens pendant que Thibault essaye de démarrer sa moto. Il y a un bruit très étrange, comme si des pièces métalliques étaient en train de danser dans le moteur. La moto ne démarre pas. On décide de pousser la moto jusqu’à la frontière iranienne, ce serait dommage de se retrouver bloquer entre les deux frontières faute de visa valide. Heureusement il y a encore une file de camions qui attend devant la frontière Iranienne, nous entrerons dans le pays à temps.

Nous venons de quitter l’Azerbaïdjan, un pays que nous ne connaissions que vaguement et où nous n’avions pas pour ambition de passer du temps. Notre arrêt forcé de deux semaines nous a permis de connaitre le pays plus en profondeur, de rencontrer quelques jeunes azéris qui nous ont partagé leur ressenti vis-à-vis d’un pays immensément riche mais sclérosé par la corruption. Les jeunes que nous avons rencontrés ont fait de bonnes études mais ne trouvent pas de travail car les institutions publiques sont toutes puissantes et le secteur privé est peu développé, la richesse émanant du pétrole. Ces jeunes rêvent de s’expatrier et d’aller mettre leurs compétences à profit dans un pays disposant d’un véritable secteur privé.

L’opulence du pétrole se ressent partout dans le centre, d’imposant bâtiments publics qui donnent la réplique à de larges immeubles à appartement. De nombreuses marques de luxe ont pignon sur rue et croiser une Porsche ou Bentley n’est pas rare. La république se rêve européenne, organisant un grand prix de F1 dans la ville qui s’appelle « le grand prix d’Europe », les stands restant toute l’année durant sur une des grandes places de la ville.

Malgré le pétrole, les affaires ne vont pas bien, le plan quinquennal du gouvernement planchait sur un baril de pétrole à 100$, limitant dès lors de nombreux investissement public. Les jeunes sont circonspects quant à l’avenir, disant que le président est au pouvoir depuis leur naissance et le sera encore surement à leur mort.

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