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Arménie & Géorgie

23/06/2017

Nous arrivons de l’autre côté du pont et tout de suite nous remarquons la différence de physionomie des gardes, ceux-ci ont déjà l’air beaucoup plus occidentaux.  On attend quelques minutes à la cabane du poste de garde que la file devant faite de camionneurs s’amoindrisse et ensuite vient notre tour. Il ne me reste plus que 5 pages de libres dont une double page dans mon passeport et le douanier ne trouve rien de mieux que de me gâcher une double page. Voilà le genre de pensée qui traverse l’esprit quand le passeport est en train de se remplir petit à petit.

Ça c’était la partie facile, il faut à présent enregistrer les motos. Cela se passe dans un bâtiment un petit peu plus loin. C’est beaucoup plus compliqué, et cher. Il faut des permis de polluer, des licences diverses… presque 50€ par personne pour pouvoir traverser l’Arménie en quatre jours. Une vraie fortune. Heureusement on nous guide de guichet en guichet, chacun sachant ce qu’il doit faire, c’est déjà fort différent des pays précédents. Les femmes ne sont pas voilées, grand choc en sortant de deux semaines en Inde. Après 45 minutes les papiers sont finis, on paie et on peut y aller. Aux postes frontières il y a toujours un grand toit en tôle qui abrite les douaniers, où ceux-ci doivent faire des inspections plus fouillées de certains véhicules. On discute quelques minutes avec les douaniers avant que ceux-ci ne nous laissent passer, nous voici en Arménie.

La route est assez triste, il faut encore longer la rivière, de l’autre côté cette fois-ci, avant de prendre l’unique route qui traverse le massif montagneux du petit-Caucase pour rejoindre Erevan. Après quelques kilomètres de barbelés installés durant l’URSS nous tournons à gauche, pleins nord, pour entamer les routes vers les cols arméniens. On a à peu près 150 kilomètres à faire pour arriver à Goris, où nous aimerions passer la nuit, il est presque 11h, temps d’y aller. On monte tout doucement, nous arrêtons pour manger son un arbre le long du chemin et en profitons pour appeler Armen, de la fondation IDeA qui s’occupe de tellement d’aspects différents de la vie en Arménie qu’il vaut mieux aller voir directement sur leur site web.

On continue doucement la montée, les cols sont à 2.400m, rien par rapport à ce que nous avons vécu en Asie Centrale mais les motos sont en bien moins bon état. On prend notre temps et la route est formidablement belle. Progressivement les paysages rocailleux des steppes iraniennes font places à des zones plus tempérées, plus boisées. Cela bascule complètement au niveau du col de Vorotan, nous entrons à présent dans la verdure. Passé le col le spectacle est magnifique, un nuage s’étend devant nous, à nos pieds, et masque la vallée.

Nous descendons pratiquement roue libre au travers du nuage, une véritable purée de pois où nous ne voyons rien, il n’est pas facile de rester sur la route. On emprunte la M2, passant par quelques villages au style un petit peu misérables, des immeubles de béton perdus au travers des montagnes. L’atmosphère devient également de plus en plus fraiche, on rajoute quelques couches et c’est nettement plus agréable, quel changement par rapport à l’Iran. A présent la route est bordée de forêts avec un petit peu de brouillard, donnant l’impression de se promener dans les Ardennes.

Après un nouveau col une sorte de lac salant se trouve sur la gauche, c’est une sorte de carrière ou quelque chose y est produit, il y a des usines aux abords de l’étendue humide. Nos motos ont besoin d’un petit peu refroidir après le dénivelé qu’elles ont subi, nous en profitons pour faire un petit shooting sur les hauteurs du lac.

Il fait déjà noir quand nous descendons les superbes lacets qui mènent vers Vorotan, il faudra encore remonter l’autre versant de la montagne pour arriver à Goris, où nous voulons passer la nuit. Une légère pluie commence à tomber et la fraicheur fait place au froid. Il est temps d’arriver. Finalement la petite ville est en vue, nous empruntons l’artère principale à la recherche d’un hôtel ou d’un particulier qui nous accueillerait. Finalement on entre dans le premier grand hôtel que l’on voit, négocions une chambre à la baisse et nous installons. Il y a un parking à côté, on y range les motos, les déchargeons et allons-nous réfugier dans la chambre où nous allumons tous les radiateurs et prenons une douche bien chaude l’un à la suite de l’autre, cela faisait depuis Tabriz que l’on ne s’était plus douché.

Pour le diner nous avons prévu de cuisiner avec nos hôtes. Thibault s’occupe de faire des pates avec la cuisinière qui veut à tout prix l’aider. Il en résulte deux magnifiques plats de pates qui sont délicieux. On n’arrive même pas à les terminer et emportons le reste dans un sac plastique pour le déjeuner du lendemain.

Au réveil le spectacle en vaut la peine. Dans la nuit nous n’avions pas vu les montagnes qui entourent la ville. Le brouillard recouvre partiellement la montagne et on en profite pour faire un time-lapse depuis la terrasse pendant le petit-déjeuner. On se met en route relativement tôt mais il faut faire le plein et chercher une carte SIM, afin de pouvoir prévenir facilement Armen d’où on se trouve. Il nous a prévu quelques guides dans certains endroits à absolument visiter. Donald s’occupe d’aller chercher une carte SIM pendant que Thibault et moi attendons à la pompe à essence, mais le temps commence à faire long. Après 35 minutes il n’est toujours pas de retour. Je vais faire un tour dans Goris pour essayer de le retrouver mais sans succès. Finalement il arrive après presque une heure, obtenir une carte SIM était en fait très compliqué en Arménie. Le plus important c’est qu’on l’ait à présent.

On se dirige vers le monastère de Tatev, ou la télécabine qui y mène. En chemin on s’arrête pour faire quelques plans, le paysage est sublime. Arrivé au parking du téléphérique du Tatev on remarque le travail accompli par la fondation IDeA, l’endroit est moderne et l’installation bat des records. On achète les tickets et rentrons dans la cabine, serrés parmi les autres touristes. Le spectacle est fabuleux, la première partie n’est pas très haute mais longe en rase motte une vallée aux arbres pleins de nuance car l’automne arrive avant de passer une crète qui plonge dans la vallée. Le téléphérique est suspendu au-dessus du vide, très haut, avec le monastère en ligne de mire et une fabuleuse route à lacet qui y mène. Au pied de la route, dans la vallée, un autre monastère, plus large mais moins restauré, surveille l’entrée de la route.

Arrivés au monastère nous descendons vers l’entrée où des femmes surveillent leurs stands de spécialités locales pour les touristes et visiteurs. L’une d’elle a d’étranges sorte de saucisses faites de caramels et de noix, une sorte de Mars en version XXL. On en prend un comme apéritif et contournons le monastère pour suivre la route et atteindre un point de vue recommandé sur le monastère. La vue devient de plus en plus splendide, le monastère qui fait face à la vallée qui s’ouvre devant lui. Un véritable décor de carte postale. Seul souci, le brouillard se lève et s’épaissit. Lorsqu’on arrive au point de vue et que l’on installe la caméra le monastère est totalement enveloppé dans le brouillard, on ne distingue plus rien. C’est dommage mais on profite tout de même de l’endroit pour manger le reste des pates de la veille avant de redescendre dans la brume pour aller visiter le monastère de Tatev.

Il y a un imposant mur à l’entrée, servant à l’époque à repousser les attaques fréquentes dans la région. Au centre se trouve l’église, au style très dépouillé, un enregistrement de chant passe en boucle ce qui donne une ambiance éthérée à l’ensemble. Les principales salles se trouvent à l’intérieur ou contre les remparts. Il ne reste plus beaucoup de mobilier mais seulement les salles vides avec de superbes vues sur la vallée. On ne peut qu’imaginer ce à quoi servaient ces salles à l’époque.

On reprend le téléphérique, toujours dans le brouillard, pour rejoindre les motos et continuer vers le « Stonehenge » arménien, la « Zorats karer » où un guide nous attend, arrangé par Armen. Le brouillard se lève lorsque nous sommes sur la route, mais nous continuons tout de même à entrer parfois dans ce qui ressemble à un véritable nuage barrant la route.

La Zorats Karer se trouve non loin de la route, nous y arrivons avec un petit peu de retard et le guide nous attend avec un traducteur. Il s’agit en fait du conservateur du site qui nous explique son histoire, ou ce que l’on pense savoir de l’endroit car il est entouré de mystère quant à son origine.

Par contre, il nous propose de revenir le lendemain car la nuit tombe et nous propose également de nous conduire dans un lieu isolé, où des dessins sont gravés sur des grandes pierres qui sont dispersées sur les hauts plateaux. Il faut trois heures de route pour y accéder, dans une vielle jeep soviétique. On décline gentiment, nous n’avons malheureusement pas le temps de consacrer presque une journée entière à visiter ce lieu. Nous prenons congé de nos deux amis et partons à la découverte de Zorats Karer. Les pierres sont disposées parfois de façon anarchique, parfois alignés, avec une sorte de petite cave à un endroit entourée de beaucoup de pierre. Peut-être la tombe d’un guerrier à une époque ? Le site a un charme fou, surtout avec le brouillard qui se lève et s’épaissit. Après plus d’une heure sur place nous quittons les lieux pour continuer la route, il fait déjà presque noir, l’atmosphère est brumeuse et humide et nous devons encore chercher un endroit où dormir.

Nous roulons un petit temps avant d’arriver dans le village de Sarnakunk   où nous arrêtons dans une petite contre-allée et allons toquer à une maison où il y a de la lumière. Un jeune homme nous ouvre, nous parle en Arménien mais nous ne comprenons rien. On essaye de faire quelques signes, il nous invite directement à rentrer chez lui et nous fait asseoir dans le salon. La maison est grande mais les pièces intérieures sont peut décorées, les murs sont bruts. Sous l’escalier il y a un lit où dors la grand-mère, sourde et presque aveugle. On se comprend difficilement. Soudain il prend son téléphone, parle en arménien et me tend l’appareil. Il s’agit de sa sœur qui étudie à Erevan et qui parle anglais parfaitement. Elle traduit notre demande à son frère, qui discute un petit peu avec sa maman avant de nous faire un grand sourire et de nous faire signe qu’il nous accueil avec grand plaisir, ce que sa sœur confirme au téléphone.

Donald et moi allons chercher Thibault qui attendait dehors, accompagné de notre hôte. Il nous dit de faire le tour et de rentrer les motos dans la cour par l’autre côté. Il y a même un garage pour qu’elles dorment au chaud. Il nous accueil chez lui, nous assigne une pièce à l’étage pour dormir, avec un grand lit. Ensuite nous sommes conviés pour le diner. Sa maman nous prépare du pain, du fromage, de la charcuterie, du miel avec encore des morceaux de ruche qui est délicieux. On essaye de discuter, se comprendre. Il appelle souvent sa sœur pour traduire des phrases plus complexes. On apprend que son papa était le « chef » du village et que maintenant c’est lui depuis son père est décédé. Bien évidemment nous recevons quelques shots de vodka et des amis débarquent pour venir à notre rencontre. Un oncle, un bon ami de son âge. Demain il nous reste une longue route à faire jusqu’à Erevan, on prend congé de notre hôte après quelques heures pour aller dormir.

Le lendemain au réveil notre hôte profite de la clarté du jour pour nous présenter sa ferme. Il a des cochons, des vaches, des moutons… un véritable élevage. Son jardin ainsi que le garage est jonché de pièces mécaniques et de vieux engins agricole. Nous prenons un solide petit déjeuner ensemble avant de prendre la route vers la capitale, à 185 kilomètres plus au nord. Heureusement plus on se rapproche de Erevan, plus la route est en bon état.

Les premières heures de route sont marquées par un magnifique lac sur notre gauche, le réservoir Spandaryan, qui nous obligea à nous arrêter pour prendre des photos pendant quelques dizaines de minutes. On se remet en route et la prochaine destination est le monastère de Noravank, au fond du canyon du même nom. La route jusque-là est très jolie, dans une petite vallée qui rappelle les paysages de la route Bishkek-Osh. Des arbres qui poussent le long de la rivière avec des montagnes arides et rocailleuses sur les hauteurs.

Arrivée à Noravank une petite route quitte la grande route vers la gauche, on s’engage dans le canyon et directement le spectacle est superbe. La route serpente entre les hautes parois abruptes, le dénivelé est faible en son centre mais le défilé est en forme de U. On s’arrête au milieu du canyon pour déjeuner sur les hauteurs ainsi que pour faire quelques plans vidéo et photo. Après deux heures de tournage nous continuons vers le monastère. Au fond du défilé la route monte de façon abrupte jusqu’au monastère. La vue est splendide depuis l’endroit, sur le canyon et les montagnes alentours. On a de la chance, il y a un mariage qui est en train d’être célébré devant le monastère et des jeunes arméniens font une danse traditionnelle habillés tout en orange. La danse ressemble au Sirtaki grec, avec quelques nuances.

On en profite pour filmer la cérémonie sous toutes ses coutures, le spectacle et son environnement sont grandioses. On fait quelques remarques en français pendant la cérémonie et à notre grande surprise on nous répond en français. Le marié est français, il épouse la guide qu’il a rencontré trois ans auparavant lors d’une visite en Arménie. Tout d’un coups l’histoire prend une tournure encore plus romantique. Pendant que Thibault et Donald filment aux alentours du monastère, notamment derrière la corniche rocheuse pour avoir une meilleure vue sur la vallée je discute avec la famille du marié. C’est le deuxième mariage, le premier aillant eu lieu en France, ils sont plus intéressés par le voyage en moto que par les multiples photos qu’exigent la tradition arménienne. On discute pas mal, le papa du marié avait un poste de directeur d’université et avait beaucoup de contacts avec la Chine. C’est amusant de se remémorer Pékin au milieu du trajets avec des français à Noravank. La conversation est très intéressante, c’est agréable de pouvoir discuter en français de temps en temps. Ils ont même été plusieurs années dans un hôtel où j’allais tous les ans en Crête, quelle coïncidence ! Des gens bien surement. Ils retournent sur Erevan pour le diner, j’attends Thibault et Donald qui sont toujours en train de filmer de l’autre côté de la falaise.

J’en profite pour visiter l’église qui est sur deux niveaux. Le niveau supérieur n’est accessible que par deux petits escaliers très étroits, l’équilibre est précaire. Thibault et Donald sont de retour, on continue à prendre quelques photos dans le monastère avant de reprendre les motos et nous diriger nous aussi vers Erevan, à un rythme bien plus calme. Sur la selle de nos motos des petits cadeaux laissés pas les français : des bouts d’un délicieux gâteau, c’est une belle surprise !

La descente est bien plus facile que la montée et nous nous dépêchons de faire la centaine de kilomètres qui restent avant Erevan. La route est bonne, presque plate si ce n’est une petite côte, il fait noir rapidement. Au fur et à mesure que l’on se rapproche de la ville le nombre de magasin le long de la route augmente. Nous nous arrêtons dans un petit restaurant pour dîner, prenons quelques pains fourrés locaux ainsi qu’une soupe, il ne fait pas très chaud. On prend une bonne heure de pause, on n’est pas trop pressés par le temps et la route est bonne, plus de surprises d’ici le centre-ville.

En rentrant dans Erevan ma boite de vitesse me joue des tours, c’est un vrai cauchemar pour passer les rapports. On s’arrête dans un petit magasin de pièce auto pour acheter de la graisse, je profiterai de la matinée demain pour changer et nettoyer tout ça.

On arrive dans Erevan et nous dirigeons vers un petit hostel recommandé par Booking.com. En nous dirigeant vers l’ouest, nos vieux réflexes de voyageurs connectés peuvent doucement reprendre forme. Le réceptionniste est accueillant, nous aide à garer les motos dans un petit box avant de nous désigner une chambre dortoir pour 8 de l’autre côté de la rue, au sous-sol. Il y a déjà une personne qui occupe les lieux, homme d’une cinquantaine d’année assez sympathique. On pose nos affaires et tentons de nous endormir assez rapidement, demain on rencontre Armen qui va nous faire un tour de la ville. L’homme sympathique de tout à l’heure ronfle très fort et les lits sont trop petits, ils doivent faire 1m90. Dormir chez l’habitant ou sous tente était en fait bien plus confortable qu’un hostel.

Le lendemain on rencontre les quelques chinois qui logent dans l’auberge, je tente un peu de mandarin avec eux mais je crois l’avoir perdu complètement en route. On a rendez-vous avez Armen vers midi, il vient nous chercher à l’auberge. On a droit à un super petit déjeuner offert. On profite de la matinée pour faire nos lessives et un petit peu trier les photos, l’internet est bon dans l’auberge. Lorsque vient Armen nous le rencontrons avec enthousiasme, le remercions pour l’itinéraire très détaillé qu’il a taillé pour nous et le suivons jusque dans les bureaux de IDeA où il nous présente les différents projets de la fondation, allant de la reconstruction de monastère à la création d’une école internationale.

Nous quittons les locaux pour faire un tour dans la ville. Armen était chirurgien à San Francisco avant de rentrer en Arménie à l’appel d’un de ses amis pour s’occuper de la fondation. Il a la fibre profondément patriotique et aime son pays. Cela se voit par la ferveur avec laquelle il explique l’histoire de son pays, de son peuple et des souffrances endurées. Nous allons déjeuner ensemble et il nous amène dans un restaurant réputé de la ville où le décor est entièrement tiré d’un film, il y a des statues grandeurs natures, des affiches, des objets et tous les serveurs sont en habits traditionnels. Armen s’occupe de la commande et les plats arrivent les uns après les autres. La cuisine arménienne est succulente, mais cela fait surtout longtemps que nous n’avons pas été dans un bon restaurant où les morceaux de viande ne sont pas coupés en morceaux et où la majeure partie de nos plats n’est pas composée de riz ou de pâtes. Nous continuons à nous promener dans la ville après le déjeuner. L’ambiance est presque parisienne, de nombreux cafés bordent les avenues, il y a des arbres qui donnent de l’ombre sur les trottoirs et de nombreux magasins de luxe ouvrent boutique. Nous nous rendons à la « cascade », un majestueux escalier qui fait la jonction entre le haut et le bas de la ville. Commencé sous l’ère soviétique, il n’a pas été complété avant la chute de l’URSS et fut laissé à l’abandon jusqu’à ce qu’un riche arménien vivant à New-York ne finance les travaux pour le terminer et en faire un musée qui abrite sa collection personnelle ainsi que des expositions temporaires. C’est bien plus qu’un simple escalier, il y a de nombreuses salles sous les marches ainsi que des œuvres d’art partout sur les marches.

Arrivés en haut nous sommes à côté de la maison de Charles Aznavour, qui a une vue magnifique sur tout le bas de Erevan. Armen nous explique qu’avant le terrible tremblement de terre de 1988 les collines alentours étaient fort boisées. Suite au tremblement de terre il n’y avait plus moyen de se chauffer et les habitants de Erevan ont dû utiliser les arbres pour se chauffer.

Nous redescendons l’escalier pour aller boire un café sur une des terrasses de l’esplanade d’en bas. De nombreuses œuvre d’art y sont exposées, notamment un double du célèbre lapin de Knokke. La vie a l’air très agréable à Erevan, nous continuons à marcher pour aller boire un verre de vin dans une petite vinothèque spécialisée. C’est la nouvelle mode à Erevan et la rue entière respire bon l’ambiance que l’on pourrait trouver dans une ville de méditerranée. On hésitait à quitter la ville dans la soirée pour se rendre à la frontière géorgienne mais ce sera pour demain, il fait si bon ici. Nous terminons la visite par le mémorial Tsitsernakaberd qui commémore les victimes du génocide arménien. Symbole hautement politique et politisé, il fut construit sous le régime soviétique, vendu comme un monument à la gloire du parti il fut finalement érigé et le régime n’a vu son réel but que trop tard, une fois le fait accompli. Le bâtiment est imposant, une flamme éternelle brule au milieu, comme à Baku.

Nous continuons à déambuler avant de rentrer doucement à l’hostel. Le moment est venu de quitter Armen, on le remercie encore une fois. Nous sommes juste à temps pour aller filmer les jeux d’eau des fontaines de la place principale de Erevan. Un spectacle comme à Las Vegas fait de centaines de jets à la chorégraphie étudiée. Une fois le spectacle terminé nous allons manger dans un fast food local et terminons par une glace sur une grande avenue de la ville. On va essayer de dormir pas trop tard, pour éviter les ronflements de notre voisin de chambre et être en forme demain pour arriver jusqu’en Turquie. Par manque de temps, il faudra faire l’impasse sur les visites prévues en Géorgie et seulement traverser le pays pour quelques kilomètres. Cette fois j’ai mis mon matelas sur le sol, le lit était définitivement trop étroit.

Nous quittons la ville de bon matin et prenons la M1 jusqu’au poste frontière de Bavra. La route n’est pas incroyable, le relief est plane et les villages se succèdent. Nous arrivons à Gyurmi où nous nous arrêtons pour ressouder les fixations sur les motos qui en ont bien besoin. On trouve un petit garage, une sorte d’atelier avec toutes sortes de pièces mécaniques et quelques autos à moitié ouvertes. Le gérant est âgé, il a un air de vieux savant fou et s’occupe de ressouder les fixations avec un poste à l’argon cette fois-ci. Jusqu’ici toutes les soudures étaient faites à l’arc. Il s’applique bien et son travail a l’air très sérieux. Il y a du monde qui travaille autour du garage, nos motos sont garées dans une petite cour et son travail prend du temps. On reçoit un café « à la grec », je trouve un coleçon en fer pour définitivement fixer les soutiens du garde boue qui sautent de façon intempestive maintenant que la vis a sauté et le pas de vis est lisse et lessivé.

Thibault va faire un tour avec un des mécaniciens qu’il laisse conduire sa moto, il a l’air fou de joie de pouvoir conduire. Tout se passait bien jusqu’à ce que le mécano annonce son prix, c’est un petit peu prohibitif, quelques dizaines d’euros pour quelque chose qui nous coutait à peine 5€ dans des pays précédents. Voilà sans doute ce qui nous attend une fois effectivement en Europe.

On négocie le prix légèrement à la baisse et on continue la route, vers la frontière. Arrivés au poste on doit passer par une « agence de douane » pour faire nos papiers. C’est à nouveau 45€ par personne. Déjà que c’était cher pour rentrer, c’est cher pour sortir. On était pas prévenu et on essaye toutes les solutions pour ne pas payer, on téléphone, regarde sur internet mais rien n’y fait, il faudra se plier à ces règles absurdes. Ça nous aura tout de même pris une heure, on peut enfin sortir d’Arménie.

Le no-man’s land n’est pas très long, le poste de douane géorgien est énorme, très moderne, tranchant avec le paysage et les autres bâtiments alentours, presque en ruine. Ils s’attendent à beaucoup plus de trafic dans les années qui viennent et commencent par rénover le bâtiment.

Les douaniers posent à peine les yeux sur nos documents, stampent nos passeports et on peut y aller. Il y a seulement les cornes d’ibex que Thibault a sur ses caisses qui attirent leur attention. Ils suggèrent de les cacher, cela pourrait attirer des ennuis une fois dans le pays.

De la Géorgie nous ne verrons pas grand-chose, si ce n’est que les routes juste après la frontière sont en triste état, totalement délabrées. La nuit tombe rapidement et nous roulons les 80 kms géorgiens pour arriver au poste de Kartsakhi. Le seul événement notable fut la tentative de faire le pleins dans une station-service avec de l’argent arménien en Géorgie. Nous pensions que ce serait facile, le pompiste nous dit okay mais nous fait un prix très mauvais pour la conversion. On essaye de discuter, il refuse. Pour finir nous irons changer l’argent dans le petit magasin en face, qui nous fait un prix correct.

Malgré que la route y accédant soit très petite, le poste frontière est gigantesque, deux énormes bâtiments se font face de part et d’autre de la frontière. On passe encore une fois rapidement les contrôles géorgiens et nous voilà arrivés en Turquie.

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